CQFD: la justice protège-t-elle suffisamment les femmes?

Le mot "féminicide" est tristement revenu au devant de l'actualité, après qu'une jeune femme ait été violemment tuée par son ex-conjoint vendredi à Bouffioulx. L'homme avait été arrêté en septembre, suite à une plainte pour coups et blessures, et remis en liberté sous conditions. C'est le 20ème féminicide depuis le début de cette année en Belgique, selon le blog StopFéminicides. Alors, notre système judiciaire protège-t-il suffisamment les femmes? Pour répondre à la question, deux invités ce mardi soir sur le plateau de CQFD: Sahra Datoussaid, juriste et fondatrice de l'asbl Fem & L.A.W. (dont l'objectif est de faire évoluer le droit vers l’égalité entre les femmes et les hommes) et Thierry Marchandise, ancien procureur du Roi de Charleroi.

Des violences systémiques et structurelles

"La justice pénale ne peut pas régler tous les problèmes de société", avance Thierry Marchandise qui précise que le juge d'instruction avait, dans le cas présent, pris le maximum de précautions avant de libérer l'homme, en lui fixant des conditions [interdiction d'approcher la victime, suivi psychologique, formation, Ndlr]. "Se pose tout de suite la question de l'efficacité de la surveillance des conditions imposées", poursuit le magistrat, "et on en vient à la question du financement".

"Les violences faites aux femmes sont systémiques et structurelles", commente Sahra Datoussaid. "Elles interviennent dans le contexte d'une société qui est sexiste: statistiquement, les femmes sont beaucoup plus victimes de violences que les hommes, et les hommes sont majoritairement des auteurs. Si les acteurs de la justice ne comprennent pas ça, la justice ne sera pas efficace", assure la juriste.

"Faut-il une justice féministe?"

Un bracelet anti-rapprochement?

Parmi les pistes à l'étude chez nous: le bracelet d’éloignement. Il a fait ses preuves en Espagne et s'apprête à être implémenté en France. Le cdH a déposé une proposition de loi en ce sens à la chambre, qui sera d'ailleurs discutée ce jeudi. Selon la proposition du cdH, le juge pourrait déjà imposer ce bracelet avant qu'il n'y ait condamnation, comme alternative à une détention ou comme condition à la sortie de prison. 

"Une mesure qui n'est pas inutile mais qui n'est pas suffisante", pour Sahra Datoussaid. "Si on la pense de manière isolée, on va passer à côté", prévient-elle en préférant, dans l'exemple espagnol, la combinaison de la mesure avec des juridictions spécialisées: "les praticiens de première ligne y sont formés de manière spécifique. En Belgique, les associations de terrain le dénoncent depuis des années: les policiers n'ont aucune formation initiale, ils ne comprennent pas toujours la mécanique complexe des violences faites aux femmes, qui souvent ne portent pas plainte", rappelle-t-elle.

Thierry Marchandise approuve: "comme on spécialise les magistrats et policiers pour les infractions financières, la matière des infractions de ce type justifie aussi une formation particulière [...] Combien de magistrats ne siègent pas dans ces affaires sans très bien savoir de quoi il s'agit et en ayant le seul regard de leur expérience de couple", observe l'ancien procureur pour qui la Belgique devrait s'inspirer du modèle espagnol. Un modèle qui a fait ses preuves ces 10 dernières années: il y a eu 71 féminicides en 2008 en Espagne, contre 46 dix plus tard.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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