CQFD sur le football et les débats de société :"Depuis ce qui s'est passé aux Etats-Unis, une digue a lâché"

Un euro 2020-2021 hors norme va débuter dans quelques jours, avec une crise sanitaire en toile de fond. Qu’est-ce qui changera dans la compétition ? Quel est aujourd’hui le symbole que représentent les joueurs de foot ? Le football reste-t-il synonyme de gros sous ?

Pour en parler sur le plateau de CQFD, Jean-Michel De Waele, sociologue du sport et professeur en sciences politiques à l’ULB, et Patrick Stein, journaliste sportif, auteur de plusieurs livres sur le football, et notamment "We are back" paru le mois dernier aux Editions Kennes.

Tout d’abord, qu’espérer de la future prestation des Diables Rouges pendant cet Euro ? Les inconnues sont nombreuses, estiment Patrick Stein : "On peut toujours beaucoup espérer, mais les Diables sont baignés dans l’incertitude, à l’image de la société actuelle. Il y a beaucoup de nos joueurs qui ont été touchés par les blessures, Eden Hazard, Axel Witsel, récemment Kevin De Bruyne." Et par rapport à 2018, "on a de nouveaux jeunes avec beaucoup de talents qui arrivent" pour compenser certains départs, mais, ajoute Patrick Stein, "un tournoi, ça reste un tournoi, et ça peut se jouer sur un corner, comme contre la France par exemple."

"Pour le moment, on voit surtout une ferveur publicitaire", regrette Jean-Michel De Waele, la ferveur populaire, "elle va dépendre d’abord des victoires et de la qualité du spectacle".

Le foot, roi des sports dans le cœur de la population ? Oui, car "c’est un sport où l’incertitude est particulièrement grande", estime Jean-Michel De Waele. "Et le football touche notre identité : se dire 'nous', quand peut-on le faire ? Heureusement plus pendant les guerres. Mais là, on a la possibilité en un moment de se réjouir en tant que Belges".

"Je lie le foot aussi à l’enfance, explique Patrick Stein, car pour beaucoup de petits garçons et de plus en plus de petites filles, c’est le sport le plus facile à pratiquer, il faut juste un ballon, ou une canette ou autre chose."

Des footballeurs engagés : un tournant ?

Le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis a récemment été le déclencheur d’un mouvement inattendu dans le football professionnel, essentiellement dans le championnat anglais. En juin de l’année dernière, des gestes forts ont été posés par les footballeurs de plusieurs équipes anglaises, genou à terre avant le match, pour rendre hommage au mouvement Black Lives Matter.

Depuis, la Premier League soutient le geste, qui est devenu systématique avant chaque match, et cela malgré les protestations de certains groupes de supporters.

Ce geste va se répéter ailleurs, et des joueurs belges vont également l’effectuer. Il y a aussi des footballeurs qui se sont engagés personnellement ces derniers mois, comme Marcus Rashford ou Antoine Griezmann.

Les footballeurs s’engagent dans les débats de société ? On est dans une nouvelle étape dans le sport, estime Jean-Michel De Waele, "l"apolitisme était la règle générale, mais depuis ce qui s’est passé aux Etats-Unis, une digue a lâché":

"Les footballeurs actuels sont des jeunes de leur époque", ajoute aussi Patrick Stein.

Football business

Mais le football ce sont aussi des scandales, et beaucoup d’argent. On se souviendra du projet de Superligue, lancé par des grands clubs, qui a capoté en trois jours en avril dernier.

"Ces clubs sont dans une crise financière, même avant la crise du Covid, réagit Jean-Michel De Waele. Un club comme le Real de Madrid connaît des difficultés financières gigantesques. Mais j’ai été agréablement surpris par la force des réactions : pour une fois le peuple du football s’est révolté. Là de nouveau il s’est passé quelque chose d’assez spectaculaire."

Pour sa part, Patrick Stein précise : "Il ne faut pas oublier que dans la Superligue, c’étaient peut-être des 'très méchants', mais que l’UEFA ce ne sont pas des 'gentils' non plus : au niveau business au niveau du format de la Ligue des Champions, on n’est plus sur de l’équité sportive non plus, on ne récompense pas les champions des petits pays".

Mais conclut Jean-Michel De Waele, "il faut rappeler que le football peut être régulé comme n’importe quel secteur économique", et pour lui, ce serait souhaitable pour éviter les dérives financières.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK