CQFD: Faut-il se réjouir ou s'inquiéter du retour du loup? 

Le loup fait son retour en Belgique, avec 5 signalements confirmés au sud du pays ces deux dernières années. En Flandre, c'est la louve Naya, identifiée début 2018, qui a marqué le retour d'une espère disparue de nos contrées depuis bien longtemps. L'annonce de sa mise à mort délibérée par l'agence flamande Natuur en Bos, pose la question: faut-il craindre le retour du loup? Trois invités dans Soir Première pour en débattre: Christel Daniaux, responsable élevages moutons et chèvres au collège des producteurs agricoles de Wallonie, Jean-Marie Giffroy, membre du club de chasse Royal Saint-Hubert et Alain Licoppe, coordinateur du Réseau Loup au Service public de Wallonie.

Pourquoi le loup est-il de retour?

Alain Licoppe tient tout d'abord à préciser que le retour du loup est tout à fait naturel: "On parle parfois de réintroduction, c'est archi faux! Ce qui se passe, c'est que dans le courant des années 70/80, on a pris conscience que le loup était complètement en train de disparaître et dans certains pays comme en Italie par exemple, il y a eu de grands programmes de protection du loup. S'en sont suivis toute une série d'outils: la Convention de Berne et la Directive Natura 2000, qui ont donné un statut de protection à cette espèce qui était sur le point de s'éteindre en Europe. Tous ces programmes de protection, lié au potentiel de dispersion du loup, ont fait que ces populations se sont redéveloppées et ont recolonisé une bonne partie de l'Europe". 

Si le retour du loup dans nos régions est vu positivement du point de vue de la biodiversité, il entraîne aussi toute une série de conflits avec le monde agricole. Les éleveurs, dont les troupeaux sont de plus en plus exposés aux attaques de loups, souhaitent limiter leur progression. "On ne peut pas cacher l'inquiétude des éleveurs, affirme Christel Daniaux qui confirme la multiplication des attaques, les chèvres et les moutons étant des proies relativement faciles". "Mais cette crainte ne veut pas dire que les éleveurs soient totalement opposés au loup", précise-t-elle.

Un nouveau plan de gestion 

Pour la responsable élevages moutons et chèvres au collège des producteurs agricoles de Wallonie, la procédure d'indemnisation prévue par la Région wallonne est loin d'être parfaite: "les mesures ne sont accessibles que lors d'une première attaque. Lors d'une seconde attaque, il faut avoir mis en place des mesures de protection, qui elles ne sont pas subventionnées, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays européens".

"Par exemple, poursuit-elle, une clôture adaptée aux attaques de loups, ça coûte 10 euros le mètre, et vues les superficies, le coût peut vite être énorme (...) Avec des parcelles agricoles beaucoup plus réduites en Wallonie que dans d'autres régions européennes, nos éleveurs ont des élevages plutôt organisés en lots d'animaux dispersés dans différentes prairies, ce qui implique une multiplication des chiens de troupeaux inenvisageable pour une protection efficace".

"On planche actuellement sur un plan de gestion s'inspirant d'autres à l'étranger et pouvant s'adapter aux réalités wallonnes", répond Alain Licoppe, qui souhaite faciliter la cohabitation entre les éleveurs et les loups. 

Ca va modifier le comportement du gibier 

Du côté des chasseurs, on s'inquiète surtout de la modification du comportement du gibier. "Les animaux proies qui sont essentiellement les chevreuils, les sangliers et les faons vont probablement se rassembler, pour mieux se protéger du prédateur loup", explique Jean-Marie Giffroy, craignant des conséquences sur leurs plans de tir. Des animaux plus mobiles, qui se rapprocheront probablement davantage des habitations, prédit membre du club de chasse Royal Saint-Hubert.

Quant aux conséquences pour l'homme, Alain Licoppe le rappelle: le loup n'est absolument pas dangereux pour l'être humain. "Depuis plus d'un siècle, on n'a pas eu une seule attaque recensée envers un être humain en Europe occidentale, il ne faut pas craindre le loup, ça n'a aucun sens", conclut le coordinateur du Réseau Loup en Wallonie. 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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