CQFD: Faut-il plafonner la rémunération des médecins?

La Mutualité chrétienne veut plafonner les revenus des médecins à 290 000 euros bruts par an. Objectif: réduire les fortes inégalités salariales actuelles entre médecins et rendre les soins de santé plus accessibles. Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Elisabeth Degryse, vice-présidente de la Mutualité Chrétienne, et Jacques De Toeuf, président honoraire de l’Association belge des syndicats médicaux (Absym).

Plus de 600 000 euros bruts annuels

La réflexion sur la rémunération des médecins ne date pas d'hier. La proposition faite aujourd'hui par la Mutualité chrétienne se base sur ce constat: il y a actuellement de fortes inégalités salariales entre médecins. Selon l'INAMI, leurs honoraires représentent environ 30% des dépenses de soins de santé. Des honoraires qui manquent de transparence, notamment dans la part versée par les médecins hospitaliers à l'hôpital, selon la Mutualité Chrétienne qui propose ce principe: un médecin pourra gagner maximum deux fois plus qu'un autre médecin. 

Concrètement, si on considère que le revenu standard d'un médecin spécialiste s'élève à 145 000 euros, le revenu maximal à ne pas dépasser serait donc de 290 000 euros bruts par an. Or, cette rémunération est très variable selon les spécialités mais aussi les régions du pays. Ainsi, les derniers chiffres du KCE avancent près de 636 300 euros annuels pour un néphrologue en Flandre. Alors qu'un néphrologue wallon gagnera lui près de 228 000 euros par an en moyenne. Le salaire le plus bas étant à chercher du côté des médecins urgentistes en Wallonie, avec un peu plus de 125 000 euros.

Il faut redonner leurs lettres de noblesse à toutes les médecines

"Parmi les enjeux de ce débat, il y a la revalorisation de la profession de médecin", explique Elisabeth Degryse, "il faut redonner leurs lettres de noblesse à toutes les médecines, or il faut reconnaître que certaines spécialités sont bien moins rémunérées que d'autres. Et pour nous, il est important de trouver un système de financement qui permette de reconnaître l'ensemble des actes et pas uniquement des actes techniques", les spécialisations les plus rémunératrices étant celles comportant le plus d’actes techniques.

"Deuxième élément, on est cogestionnaire d'une sécurité sociale qui n'a pas un budget sans limites et aujourd'hui on est arrivé à la limite de ce système. On doit trouver une manière de protéger l'accessibilité des soins pour l'ensemble des citoyens et de rendre le système tenable pour les hôpitaux aussi , la crise sanitaire illustrant que le financement des hôpitaux à l'acte, ça ne fonctionne plus", poursuit la vice-présidente de la Mutualité Chrétienne qui plaide pour un système en partie forfaitaire tenant compte des trajets de soin dont le patient a besoin et de certains critères de pénibilité.

A la base, c'est une profession libérale

"Ce travail de réflexion est en cours et devrait être terminé d'ici la fin de l'année", assure Jacques De Toeuf. Quid de l'idée de plafonner les rémunérations des médecins? Le président honoraire de l’Absym estime qu'"on ne peut pas reprocher à quelqu'un qui veut travailler plus de gagner plus, il n'y a donc pas de possibilité de mettre de plafond". 

Jacques De Toeuf rappelle aussi que la profession de médecin est libérale: "il y a des tarifs fixés par l'INAMI qui s'imposent aux médecins conventionnés mais à la base, c'est une profession libre reconnue comme telle par la jurisprudence européenne, avec une liberté de pratique inhérente".

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

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