CQFD : Faut-il dépister massivement le cancer du sein ?

Débat très contradictoire ce soir dans CQFD. En ce mois de sensibilisation pour le dépistage du cancer du sein, le débat ressurgit : le dépistage généralisé et organisé par les autorités publiques permet-il vraiment de faire diminuer le taux de mortalité ? Présente-t-il plus de bénéfices que de risques ? Atour de la table deux médecins : Cécile Bour, radiologue et présidente de Cancer Rose en France et Veronica Mendez, sénologue à la Clinique du sein du Chirec.

Cécile Bour est résolument contre le dépistage tel qu’il est organisé et recommandé aujourd’hui : "On n’a pas réglé le problème du cancer depuis qu’on dépiste. Le taux des cancers graves reste désespérément le même. […] On ne voit pas non plus d’impact sur le taux de mortalité. Il y a bien une diminution de la mortalité mais qui n’est pas attribuable au dépistage". Pour Cécile Bour, la diminution de la mortalité spécifique au cancer du sein est plutôt imputable à l’amélioration des traitements et la diminution du tabagisme qui est un gros facteur de risque.

On n’a pas réglé le problème du cancer depuis qu’on dépiste. Le taux des cancers graves reste désespérément le même.

En face, Veronica Mendez, ne partage pas du tout cet avis. "Le dépistage présente de gros avantages : oui, il y a une réduction de la mortalité de 20%, oui, les traitements sont moins lourds, oui il y a un impact sur la survie". Elle lui reconnaît quand même un inconvénient pointé aussi par Cécile Bour : le sur diagnostic. "Dans certains cas, explique la Dr. Mendez, on va trouver à l’examen des lésions éventuellement cancéreuses et pour lesquelles, on n’est pas sûrs qu’elles vont avoir un impact pour la patiente. Elle pourrait très bien les avoir toute sa vie sans jamais en développer les symptômes. Mais on les identifie de mieux en mieux, on sait quel genre d’images prédispose au sur diagnostic. On ne se rue plus sur une minuscule lésion qui pourrait peut-être mener au sur diagnostic". Le principal inconvénient du dépistage massif tendrait donc à disparaître pour le Veronica Mendez.

Ce n’est absolument pas le cas pour la Dr Bour : "Chez les femmes qui se font régulièrement dépister, on constate une inflation du nombre de petites tumeurs qu’on pourrait ignorer. Ce sont des diagnostics inutiles pour les femmes qui vont être soignées avec des traitements aussi agressifs que les autres tumeurs plus graves. En fait quand on constate un cancer lors d’une mammographie, le cancer il est là ! La mammographie n’est ni préventive, ni prédictive, ni protectrice". Objection du Dr. Mendez : les sur diagnostics ne sont plus aussi nombreux qu’avant "et dans la balance bénéfices-risques, je continue de croire que dépister un cancer du sein sauve des vies".

Sur la question du taux de mortalité, Cécile Bour remet la diminution en perspective. Elle ne conteste pas les 20% de diminution mais rappelle qu’e ça une femme sur cinq dans une population de 1000 "Ça fait bien une diminution de 20% mais ça veut dire qu’il faut dépister d’immenses cohortes de femmes pour éviter un décès. Et pour ce décès évité, en contrepartie, on a les effets délétères des traitements et des sur traitements, on a 200 fausses alertes et on a 20 à 30 sur diagnostics".

Que faire ? Pistes d’amélioration

A défaut de pouvoir demander l’arrêt pur et simple du dépistage généralisé, Cécile Bour voudrait au moins que les femmes bénéficient d’une information claire, loyale, complète avant de subir une mammographie pour choisir en connaissance de cause : "Aujourd’hui ce n’est pas le cas. Ces femmes ne savent pas qu’elles encourent un sur risque en se faisant dépister. Il faut redonner aux femmes l’autonomie pour pouvoir prendre une décision éclairée et d’avoir le droit de dire non. Au lieu de ça, aujourd’hui, elles sont encouragées continuellement par des campagnes roses infantilisantes, coercitives, incitatives qui n’expliquent rien du tout. On incite les femmes à aller se faire dépister alors que le dépistage n’a pas prouvé son efficacité et qui en plus est délétère parce qu’il peut renvoyer ces femmes dans le drame d’une maladie qu’elles n’auraient pas eue sans le dépistage".

Dans la balance bénéfices-risques, je continue de croire que dépister un cancer du sein sauve des vies

De son côté la Dr. Mendez insiste dur les avantages plutôt que les risques : "on pense toujours aux femmes sur diagnostiquées. Pensons plutôt à celles chez qui on a trouvé un cancer agressif duquel elle aurait pu mourir, pour lequel elles vont bénéficier d’un meilleur traitement qui leur sauvera la vie.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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