CQFD : A quel point les robots vont-ils transformer nos emplois ?

Les robots ne vont pas remplacer les travailleurs ou voler nos emplois. En revanche, ils sont déjà en train de profondément les transformer et vont continuer de le faire à l’avenir. Marie-Hélène Ska Secrétaire générale de la CSC (syndicat chrétien) et Nicolas van Zeebroek, professeur d’économie numérique à la Solvay Business School partagent ce diagnostic autour de la table de CQFD, et ils insistent : la robotisation aura des conséquences pour le travail même si ce n’est pas celles qu’on a longtemps imaginées.

"On a craint, il y a quelques années, un remplacement des travailleurs par les robots et des pertes massives d’emplois se rappelle Nicolas van Zeebroek. On a d’abord été effrayé parce qu’on regardait les jobs dans leur ensemble. On voyait qu’une grande partie était automatisables. On a fait des projections assez catastrophistes, on parlait de 50% des emplois qui allaient passer à la trappe. Puis on a affiné l’analyse et on s’est rendu compte que dans un métier, il y a des tâches. Certaines sont automatisables, d’autres pas". Le remplacement imaginé n’était donc pas si évident. D’autant qu’implémenter des robots dans une usine, une entreprise, une ferme, un hôpital, ça coûte cher, il faut adapter l’environnement et les processus de travail, il faut se former. Ça ne se fait pas du jour au lendemain et la décision d’investissement n’est pas si évidente à prendre.

On va voir des migrations sur le marché du travail mais par forcement moins d’emplois qu’aujourd’hui

Pour le professeur d’économie on a surestimé à court terme les effets de la robotisation, "par contre, on la sous-estime à long terme. Si on regarde demain, il ne faut pas paniquer. Si on regarde à 10 ans, 15 ans, c’est autre chose […] Le contenu des métiers va changer radicalement, ils vont avoir des volumes différents. On va voir des migrations sur le marché du travail mais par forcement moins d’emplois qu’aujourd’hui".

Pour Marie-Hélène Ska, c’est bien de ça qu’il faut se préoccuper : pas de la disparition de l’emploi mais de ce qu’il va devenir. Elle craint que si on confie aux robots les tâches les plus monotones, les travailleurs héritent des tâches les plus exigeantes et stressantes. "Certes, les robots peuvent soulager les travailleurs dans certaines tâches mais ils induisent une déshumanisation dans la relation de travail. (...) Ça concentre une forme d’attention beaucoup plus soutenue et en permanence pour le personnel restant. Ils n’ont plus ces moments ou les tâches étaient un peu routinières mais permettaient de se poser et de ne pas tout le temps être sur la brèche". Il y aurait donc un transfert de la charge physique de travail (désormais prise en charge dans certains cas par un robot) vers une charge mentale plus forte pour le travailleur.

Autre conséquence de la robotisation pour Marie-Hélène Ska, c’est que le travailleur perd son savoir-faire : "Avant le travailleur connaissait sa machine. Aujourd’hui il a un écran devant lui. En cas de panne, il connaît une procédure mais ne maîtrise plus le processus. Il y a une forme de désincarnation du travail. Il perd une partie de son attractivité". L’effet de la robotisation est donc positif à certains égards mais nous connaissons encore trop mal les conséquences à long terme sur l’humain et son travail pour la syndicaliste.

Le travailleur n’a plus ces moments routiniers reposants. Il faut tout le temps être sur la brèche

Cette reconfiguration du périmètre des tâches dévolues à l’humain soulève une question fondamentale pour le Nicolas van Zeebroeck, celle de l’interaction entre l’Homme et la Machine. Cette relation est par exemple étudiée dans l’aviation où le pilotage automatique vient depuis longtemps en support du pilote, on en étudie l’impact : "On réalise qu’il y a des retours de manivelle. Certaines catastrophes aériennes pointent le rôle de ce pilotage automatique. Le pilote est désengagé de son vol et quand survient une situation de crise, il lui faut du temps pour comprendre ce qu’il est en train de se passer".

Les métiers intellectuels aussi sont touchés

Sur les genres de métier qui vont être le plus touchés, le professeur d’université bat en brèche l’idée que les taches manuelles sont les plus exposées. D’abord parce qu’il y a certaines tâches manuelles très difficiles à automatiser et puis parce que l’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’automatiser des tâches intellectuelles : "Qu’ils soient intellectuels ou manuels, les métiers les plus touchés sont dans lesquels il y a un certain degré de répétition dans le travail. La machine reste malgré tout moins adaptable que l’humain et va le rester longtemps. Quand il s’agit de résoudre des situations imprévues, s’adapter à du nouveau, diagnostiquer un problème qui n’a pas été documenté, on a largement besoin de l’humain".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK