#covidrationnel : portrait d’un groupe qui veut proposer "une vision ouverte et alternative"

C’est vraiment le moins que l’on puisse dire, la crise du coronavirus divise complètement la population. Certains ne supportent plus un discours qui, il est vrai, peut parfois s’avérer alarmiste. Comme le prouve cette recherche menée par le SPF Santé publique, l’inquiétude est à son paroxysme quant à la santé mentale des Belges.

C’est dans cette optique que le groupe #covidrationnel s’est formé. Leur but "apporter des éclairages, réflexions, questionnements ou solutions transversales et complémentaires sur la crise de la Covid en Belgique." C’est en tout cas ce qu’on peut lire sur leur blog.

Sur ce site, on peut lire plusieurs sortes d’articles, des analyses de chiffres sémais également des cartes blanches signées par l’un des nombreux membres.

En parlant de membres, qui sont les personnes derrière ce groupe ?

Eh bien l’on retrouve des hommes et des femmes issus des grandes universités belges. Entre autres : Raphaël Jungers, expert en modélisation à l’UCL – Bernard Rentier, virologue à l’ULiège – Yves Moreau, bio statisticien à la KUL - Erik Van den Haute, professeur de droit à l’ULB ou encore Vincent Laborderie, politologue à l’UCL. Au total, ce sont près de 25 universitaires qui composent ce groupe.

Anticipant la critique, les membres de ce collectif se décrivent comme "ni rassuristes, ni alarmistes, simplement mobilisés par la nécessité d’un débat scientifique contradictoire" sur leur blog. Tour d'horizon des arguments.

"La gestion actuelle se fait par la peur"

"La gestion actuelle de la crise est questionnable" regrette Vincent Laborderie, politologue et Maître de conférences à l’UCL. "Il y a d’autres approches possibles. C’est comme ça que des universitaires se sont rassemblés pour partager leurs doutes."

Il ajoute : "En tant qu’universitaires, on côtoie les jeunes et on se rend compte de ce que ces étudiants vivent. On trouve que la gestion actuelle se fait par la peur, aussi bien en termes de message qu’en termes de gestion. On a parfois pensé que la gestion était réfléchie, mais finalement on a l’impression que même les décideurs sont pris par la peur et prennent des décisions qui ne sont pas optimales."

Et toujours selon Vincent Laborderie, "depuis le premier confinement, ce n’est plus qu’une crise sanitaire, c’est aussi une crise économique, sociétale. Nous voulons donc lancer un appel pour obtenir un débat ouvert sur la gestion de cette crise. Depuis le début, il y a eu toute une série de task force. On a l’impression que les dirigeants n’écoutent que ces organismes. Pourquoi pas. Mais ces organismes n’acceptent pas des visions autres que les leurs. On pense que la pire crise que notre pays ait connue depuis la guerre mérite mieux."

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Le groupe #covidrationnel s’est présenté lors d’une conférence de presse © Tous droits réservés

Pour ce collectif que l’on peut qualifier de "think tank", à savoir un groupe de réflexion, il est important de prendre en compte l’entièreté des effets, et pas seulement ceux directement liés à la maladie.

"Chaque mesure prise a des effets directs sur la propagation de l’épidémie" explique Elisabeth Paul, spécialisée dans l’évaluation des politiques publiques. "Mais il y a aussi des coûts et des impacts à long terme. Nous nous considérons comme des alarmistes sur les effets indirects. Il y a des effets sur la santé physique, sur la santé mentale, sur l’économie,… Nous devons absolument penser plus loin que le clivage binaire : sauver des vies / sauver l’économie."

Nous ne plaidons pas pour un arrêt des mesures. On veut juste mettre en balance les effets positifs et négatifs des mesures

Et la professeure à l’ULB ajoute "Nous ne plaidons pas pour un arrêt des mesures. Nous sommes tout à fait conscients de ce qu’il se passe. On veut juste mettre en balance les effets positifs et négatifs des mesures. On a un exemple merveilleux depuis quelques jours. On ferme les frontières, du coup tout le monde se retrouve dans les trains vers la côte belge. C’est un effet négatif des mesures."

Autre problématique sur laquelle se penche le groupe : la publication des chiffres. Selon Raphael Jungers, professeur de mathématiques appliquées à l’UCLouvain, "la manière dont les courbes sont agitées sans remise en question, c’est néfaste. Était-il utile de décréter un lockdown le mercredi sans analyser la nécessité des mesures ni même leur impact ? Nous en doutions vu les chiffres. Ça se confirme cette semaine. Nous déplorons le caractère lacunaire des chiffres donnés qui ont été biaisés. Cela trompe le citoyen et ça pèse sur le moral. Pour un bien, le citoyen doit être au courant des critères qui mènent aux mesures."

#covidrationnel regrette également que toutes les données que possède Sciensano ne soient pas en open data comme l’explique Pierre Schaus : "Nous demandons sans cesse des données à Sciensano mais nous essuyons refus après refus."

"On peut préserver le sport qui est très important pour la santé"

Ce groupe qui prétend n’avoir aucun intérêt personnel, aucun conflit d’intérêts, aucun agenda caché ou politique, comporté également des médecins. C’est le cas de Mélanie Dechamps, Médecin soins intensifs des Cliniques Universitaires Saint-Luc. Mélanie Dechamps avait déjà créé un autre collectif qui interrogeait les mesures, Belgium Beyond Covid. 

Le risque 0 est intenable. Il faut viser un risque acceptable

"Le risque 0 est intenable. Il faut viser un risque acceptable, soit ce qu’on fait toujours en gestion du risque. Il faut tenir compte de la balance bénéfice-risque. Les mesures ont des dommages collatéraux très graves. Il faut donc qu’elles soient temporaires. Nous devons pouvoir reprendre des activités sécurisées en attendant que toutes les personnes qui le désirent soient vaccinées."

Retrouver une vie sociale en extérieur, c’est également ce que prône le professeur Bernard Rentier, virologue ULiège.

"On nous a proposé un plan plein air qui a été reporté. Pourtant nous savons que le risque de transmission à l’extérieur est quasi nul si les distanciations sont respectées. Nous voulons assumer un risque contrôlé. On peut préserver le sport qui est très important pour la santé et ce pour tout le monde. Il n’y a pas de raison scientifique pour interdire les activités en extérieur."

Comité de concertation du 24/03/2021: nouvelles mesures

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