COVID-19 : pourquoi garder les écoles maternelles ouvertes est-il si important ?

Malgré les chiffres alarmants de l’épidémie, les différents ministres de l'enseignement du pays ont rappelé ces derniers jours, toute l’importance de garder les écoles ouvertes. Caroline Désir disait encore ce mardi 13 octobre qu’aucun scénario préparé avec les experts ne prévoyait à ce stade la fermeture des écoles. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'école maternelle est aussi importante que le primaire et le secondaire.

Qu'apporte l'école maternelle au quotidien?

Nous nous sommes rendus dans la classe de Madame Jessica(3ème maternelle), à l’école Tivoli de Laeken. Jessica Gilquin est l’institutrice de ces enfants dont la moyenne d’âge est de 5 ans.  La première impression que nous avons en entrant dans la classe, c’est l’ambiance positive qui y règne. Nous sommes frappés par l’enthousiasme des enfants. Comme chaque matin depuis huit ans, Jessica commence la journée par des rituels, par exemple le rituel du calendrier, en demandant aux enfants quel jour nous sommes. Le but recherché est de les aider à mieux se repérer dans le temps. 

Viennent ensuite les exercices, en groupe, de reconnaissance des lettres, puis des chiffres, en leur proposant ce matin-là, de compter les filles et les garçons de la classe. 

Quand on demande aux enfants s’ils apprécient l'école, un "oui" spontané fait l’unanimité. Ils sont nombreux à vouloir prendre la parole pour nous dire ce qu’ils aiment : "Moi j’aime trop travailler !" nous dit un petit garçon. Une fillette elle, aime particulièrement écrire, puis tous en cœur ajoutent "qu’ils aiment Madame", décrochant un sourire attendri de l’institutrice.

Pas si simple cette rentrée de septembre

Après ces mois de confinement cumulés aux vacances scolaires, les jeunes enfants ont oublié leur statut d’élève, mais aussi des acquis : "Ils ont dû redevenir élèves ", explique Jessica Gilquin. "Ils ont dû aussi retrouver leurs acquis qui étaient déjà bien enfouis. Certains enfants ont perdu énormément parce qu’ils ont vécu dans un "bain de langue" qui n’était pas le français. C’est revenu mais il a fallu du temps".

A l’école Tivoli, on tente tant bien que mal de réduire les inégalités

"Durant le confinement, de nombreux enfants manquaient de matériel chez eux : pas de marqueurs, pas de feuilles, pas de colle, pas de ciseaux, autant d’objets qui sont la base pour que l’enfant puisse créer librement".

La cour de récréation représente aussi une véritable plus-value de l’école : "En ce qui concerne l’espace, tous les enfants ne disposent pas d’une maison avec un grand jardin pour se dépenser et relâcher leurs émotions. Certaines familles vivent en nombre dans de petits espaces", ajoute l’institutrice. 

A l’école maternelle l’enfant apprend tout, même si ça ne se voit pas 

Laurence Paulet est responsable de l'asbl FRAJE, centre de Formation permanente et de Recherche dans les milieux d'Accueil de l’enfant de 0 à 12 ans

"On pourrait croire qu’un enfant ne fait que jouer. Pourtant, lorsqu’il est à l’école maternelle, il apprend tout, mais ça ne se voit pas forcément ", explique-t-elle.  Car fréquenter l’école dès le plus jeune âge, permet aux enfants d’intégrer plus facilement six acquisitions de base.

  • La socialisation

"A cet âge, l’enfant aura la curiosité de l’autre. Il apprendra à se connaître lui-même mais aussi à vivre avec l’autre. Au travers de ses expériences répétées, il va apprendre à attendre, faire un pas de côté, à tisser des liens. Il va aussi se disputer puis négocier et se réconcilier. La socialisation à l’école maternelle pose les jalons de la vie future de l’enfant qui en grandissant, s’intégrera dans la société, en ayant reçu les codes de la vie scolaire, mais aussi les codes de la vie en société.  Il va apprendre à intégrer des règles et des limites, qui lui permettront de poser ses propres limites ".

  • Comprendre ce qu’est un nombre

"L'enfant sait parfois déjà compter en sortant de la crèche. Mais la représentation de la notion du nombre s’apprend par contre à l’école maternelle. Elle propose des jeux et des activités faites de situations et d’expériences, qui permettent à l’enfant d’intégrer une représentation mentale et cérébrale du nombre. Il comprendra par exemple que 1 est plus petit que 3, et qu’il peut compter dans l’ordre croissant ou décroissant. Voilà comment on pose les bases du calcul". 

  • Les bases de la lecture et le passage de la motricité globale à l’écriture

Qu’est-ce que l’organisation spatiale en 3D ?  "Via le mouvement, l’enfant expérimente l’horizontalité, la verticalité et la latéralité à travers son corps.  On observe souvent que les enfants se cachent derrière une armoire, se mettent sous une table, grimpent sur une chaise ou se cachent derrière les tentures. Voilà comment ils apprennent à intégrer une vision en trois dimensions qui leur apportera les bases de la lecture. C’est comme ça qu’ils pourront distinguer un B d’un D et un P d’un Q, par exemple".

Quant aux bases de l’écriture, l’enfant les intégrera via la motricité fine, qui découle de la motricité globale. C’est grâce à la motricité fine qu’il réussira à tenir un crayon entre ses doigts et ensuite à écrire.

  • Le langage : comment raconter une histoire

"L’enfant apprendra à structurer le langage et cela lui permettra de se rapprocher de la langue du récit, c’est-à-dire la langue scolaire; celle qui est parlée par les professeurs et que l’on retrouve aussi dans les livres. Cette langue diffère de celle utilisée à la maison (la langue factuelle). On sait aujourd’hui que les enfants issus de familles qui cumulent des difficultés socio-économiques sont à priori plus éloignés des codes de l’école, mais aussi de la langue du récit (…) que l’on retrouve dans les comptines, les chansons, la lecture de livres illustrés sans texte, etc… " . 

Le langage arrive à un tournant crucial dès 3 ans. Fréquenter l’école maternelle à cet âge permet à l’enfant de développer cette "acquisition de base" à l’âge adéquat. "Si ce n’est pas le cas, il sera plus difficile de le récupérer par après. C’est possible mais cela sera plus ardu à récupérer".

  • Se situer dans le temps 

Il reste une acquisition de base : l’organisation temporelle. Les instituteurs et institutrices organisent des rituels et des routines pour que l’enfant se repère dans le temps. Cela permettra à l’enfant par la suite d’écrire son propre récit avec un début, un milieu et une fin.

Vers une meilleure réussite scolaire

"Les trois années de maternelles, ce sont les fondations de la maison, résume Laurence Paulet, car elles posent les jalons de la vie future de l’enfant au niveau social et scolaire. Tout cela ne vaut évidemment que si l’accueil de l’enfant est pensé en fonction de ses besoins fondamentaux. Si l’enseignement n’est pas de qualité, on aura évidemment un effet inverse".

L’expérience de l’enfant en maternelles aura en tout cas un impact direct sur la scolarité future de l’enfant.

"Plusieurs études ont montré que si l’expérience pour l’enfant dès son arrivée en maternelles à l’âge de 2 ans et demi ou 3 ans est positive, il y a fort à parier qu’il aura un parcours scolaire plus harmonieux qui engendrera une meilleure réussite scolaire", conclut Laurence Paulet, "de cette manière, l’école maternelle remplit son rôle dans l’abaissement des inégalités scolaires mais aussi sociales".   

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK