Covid-19 : plus on ajoute de lits en soins intensifs, plus le risque de mortalité est élevé, par manque de personnel qualifié

Covid-19 : créer des lits de soins intensifs ne permet pas de sauver plus de vies, au contraire.
Covid-19 : créer des lits de soins intensifs ne permet pas de sauver plus de vies, au contraire. - © DIRK WAEM - BELGA

C’est une étude aux conclusions surprenantes. Une étude belge menée par des chercheurs associés à la Société Belge de Médecine Intensive et le Groupe Collaboratif Belge sur la Surveillance Hospitalière du COVID-19.

Elle révèle que plus on ajoute de lits de soins intensifs, plus le risque de mortalité est élevé chez les patients atteints de Covid-19.

36% de décès chez les patients aux soins intensifs

Les chercheurs ont analysé rétrospectivement la mortalité hospitalière chez les patients Covid-19 en soins intensifs. Sur un total de 13.612 patients hospitalisés entre de 1er mars et le 9 août 2020, 1903, soit 14% d’entre eux ont dû être hospitalisés en unité de soins intensifs ( USI ).  Parmi eux, 156 ont été transférés dans un autre hôpital, ils ont été exclus de l’étude.

1747 cas ont été étudiés pour les analyses finales.  Sur ces 1747 patients, 632 sont décédés, soit 36,2%. C’étaient les malades les plus âgés, en majorité des hommes (68%), et ils souffraient plus souvent de comorbidités, telles que l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et le diabète sucré.

En moyenne, le temps entre l’apparition des symptômes et l’admission à l’hôpital était de 7 jours et de 1 jour entre l’admission à l’hôpital et l’admission en soins intensifs. 68,1% des patients étaient de sexe masculin, l’âge moyen était de 66 ans. 37,5% des patients avaient plus de 71 ans, 76% avaient au moins une comorbidité. Les plus fréquentes étaient l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et le diabète sucré. Les symptômes les plus fréquents à l’admission étaient la fièvre, la dyspnée (essoufflement)  et la toux.

Plus d’un patient sur deux a été mis sous ventilation mécanique. La moitié des patients a développé des infections secondaires. A cette période de la pandémie, la plupart des patients ont été traités par l’hydroxychloroquine. Les patients sous respirateur restaient en moyenne 16 jours à l’USI. En moyenne ceux qui ne s’en sortaient pas mouraient 13 jours après leur admission à l’hôpital.

Les lits supplémentaires de soins intensifs : un facteur de risque

Sans surprise, l’étude constate que quand les Unités de soins intensifs débordent, c’est-à-dire lorsqu’il y a plus de patients Covid que de lits dédiés au Covid-19, la mortalité augmente. Sans débordement, la probabilité de mortalité à l’hôpital est de 21%. Quand il y a débordement, elle est de 27%.

Mais ce qui est étonnant, et c’est ce que l’étude révèle, c’est que la proportion de lits supplémentaires spécifiquement Covid-19 en unités de soins intensifs est un facteur de risque de mortalité chez les patients. Autrement dit, il y a plus de patients décédés dans les hôpitaux qui ont créé des lits supplémentaires. Et cela parce que le personnel venu en renfort n'était pas toujours qualifié. 

Aucune étude ne le quantifie, mais il y a eu des erreurs dans les actes posés

La gravité des cas et la charge de travail écrasante pendant la propagation de la pandémie ont fait souffrir les unités de soins intensifs dans le monde entier. Avec un épuisement aussi bien physique, que matériel et émotionnel. Il y avait trop de patients en détresse pour pas assez de lits et de respirateurs.

Partout, les interventions non urgentes ont été réduites ou annulées pour préserver les capacités en soins intensifs, mais aussi pour pouvoir transformer des unités hospitalières, des salles de réveil, des blocs opératoires ou encore des salles d’urgence en nouvelles unités de soins intensifs.

Il y avait donc de la place, mais il y avait un hic : le manque de personnel formé aux soins intensifs.

Très vite, le personnel soignant d’autres unités a été affecté aux soins intensifs Covid-19. C’était la seule solution. Mais le problème, c’est que ces infirmier.ère.s et médecins n’étaient pas toujours formés aux soins intensifs.

Il y a donc eu plus que probablement des erreurs, même si aucune étude ne l’atteste. Erreurs sur les préparations médicamenteuses, les protocoles de sevrage, la réponse aux alarmes critiques. C’est d’autant plus vrai dans les plus petites structures où l’on a dû créer plus de lits et où l’on disposait de moins de personnel expérimenté. La Pandémie de Covid-19 a donc révélé la vulnérabilité de l’organisation de notre système de soins de santé.

On aurait sauvé plus de vie en transférant les patients

Avec la propagation rapide du SRAS-CoV-2, les médecins ont été confrontés à un nombre croissant de patients souffrant d’une insuffisance respiratoire aiguë. Beaucoup ont eu besoin d’une ventilation mécanique invasive. Dans ce cas, le taux de mortalité est compris entre 40 et 65%.

Selon l’étude, si les hôpitaux débordés avaient transféré les patients gravement malades dans d’autres USI spécialisées, en Belgique ou dans des pays voisins, plutôt que de créer de nouveaux lits USI, cela aurait été plus bénéfique aux patients, autrement dit, plus de malades auraient survécu. Conclusion : quand les soins intensifs débordent et qu’on crée des lits supplémentaires Covid-19, les patients meurent plus.

Des résultats à prendre avec précaution

De l’aveu même des auteurs de l’étude, ces résultats sont à prendre avec précaution. A côté de la surcharge de travail, du manque de lits dédiés au Covid-19 et du manque de formation d’une partie du personnel venu en renfort,  peu de traitements ont montré leur efficacité chez les patients Covid-19 sévères.

Certains médicaments comme le Remdesivir ou le Tocilizumab pourraient avoir des effets sur la guérison des symptômes viraux ou réduire l’inflammation chez les patients hospitalisés, mais ces traitements étaient rarement utilisés en Belgique. Seule l’utilisation de corticostéroïdes a permis de réduire la mortalité. Leur utilisation n’a été recommandée qu’à partir de la mi-juin 2020.

Autre limite à l’étude, il était impossible de comparer les patients admis dans des lits de " soins intensifs reconnus " à ceux admis dans des " centres de soins intensifs nouvellement créés ". Ces données étaient manquantes d’autant que la nouvelle unité de soins intensifs pouvait aussi bien être créée en soins intensifs ou ailleurs dans l’hôpital. La recherche a porté sur des données globales par hôpital, fournies par Sciensano. Les chercheurs ont également manqué de données réelles sur le ratio infirmie.ère.s/ patients.

De quoi débattre de l’organisation des soins intensifs pour l’avenir

On savait que la mortalité des patients gravement malades du Covid-19 et admis en unité de soins intensifs varie d’un pays à l’autre. Plusieurs études ont également démontré le lien entre la mortalité des patients hospitalisés et l’âge, l’immunodépression, les lésions rénales, ou encore l’utilisation de ventilation mécanique. Mais il n’y avait encore aucune donnée sur le facteur de risque associé aux caractéristiques organisationnelles des hôpitaux.

Cette étude donne donc à réfléchir sur l’organisation de notre système de santé et en sur le secteur des soins intensifs en particulier. Notre pays est l’un des pays qui dispose du plus grand nombre de lits de soins intensifs par habitants. Avant la pandémie, il y avait 2000 lits de soins intensifs disponibles en Belgique. 1200 étaient réservés aux patients COVID-19. 800 lits supplémentaires ont été créés pendant la poussée, ce qui faisait un total de 2000 lits Covid en USI. La question reste : à quoi servent les lits supplémentaires si l’on ne dispose pas d’un personnel soignant formé et habitué à venir renforcer les services de soins intensifs ?

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