Covid-19 : les chercheurs d’Erasme reviennent sur un an de pandémie

Le personnel soignant s’est mobilisé depuis le début de la pandémie, mais la recherche n’est pas en reste. Lors d’un webinaire organisé par l’hôpital Erasme, différents chercheurs ont présenté leurs études menées depuis le début de la pandémie dans des domaines comme la radiologie, les soins intensifs ou la santé mentale.

20% des patients hospitalisés sont décédés

Le professeur Jean-Charles Preiser, directeur médical à la recherche et à l’enseignement, a analysé les caractéristiques cliniques des patients hospitalisés à Erasme en 2020 :

  • 848 personnes ont été admises à l’hôpital lors des deux premières vagues.
  • Environ 40% étaient des femmes, 60% étaient des hommes.
  • 1 personne hospitalisée sur 5 est décédée.
  • Les décès étaient pour la plupart précoces (pendant les 14 premiers jours d’hospitalisation).
  • 5% des patients hospitalisés étaient des travailleurs de la santé.
  • Les personnes les plus à risque de décès étaient les hommes de plus de 60 ans.

Le soutien indispensable des familles aux soins intensifs

Dans une étude qui concerne le service des soins intensifs, le professeur Fabio Taccone montre l’importance d’un contact du patient avec sa famille.

Il s’est intéressé au delirium, aussi appelé syndrome confusionnel, fréquemment observé chez les malades en réanimation. Selon la Société de réanimation de langue française, ces troubles associent "fluctuation de vigilance, troubles attentionnels et du jugement, désorientation temporelle et spatiale, troubles du cycle veille sommeil, ralentissement et/ou agitation psychomotrice". Un évènement qui peut avoir "des complications à court terme, une surmortalité à six mois et à des séquelles cognitives sévères chez plus de 30% des survivants".

Pendant la pandémie, de nombreux patients en soins intensifs ont développé un delirium. Pour le professeur Taccone, l’étude démontre que la visite de la famille auprès du patient est un facteur protecteur. Or on sait que les restrictions de visites ont été nombreuses pendant la crise. Pour diminuer les risques, le chercheur recommande d’impliquer dès que possible les familles dans les unités de soins intensifs.

Santé mentale des soignants

De son côté, Julien Tiete, du service de psychologie, s’est intéressé à la santé mentale du personnel soignant (médecins, infirmiers et kiné). Son étude a été réalisée pendant la première vague, précisément entre le 25 avril et le 25 mai 2020, auprès de 647 personnes dans 5 hôpitaux.

L’idée était de déterminer les risques pour la santé mentale entre ceux qui travaillaient en unités Covid, et ceux qui travaillaient dans des unités normales.

  • 50% du personnel en unité Covid présentait des symptômes de burn-out contre 40% du personnel en unité normale.
  • Pour les symptômes de dépression, le chiffre est le même quelle que soit l’unité : 54% du personnel.
  • Plus de 50% du personnel présentait des symptômes d’anxiété en unité Covid ou non.
  • Enfin, 74% du personnel en unité Covid présentait des symptômes d’insomnie contre 63% du personnel en unité non-Covid.

Contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, le fait de travailler en unité Covid n’était pas un facteur aggravant en termes de santé mentale. Par contre, quelle que soit l’unité où travaillaient les soignants, ils étaient très nombreux à présenter des troubles de santé mentale, que ce soit le burn-out, la dépression, l’anxiété ou les troubles du sommeil.

Pour le chercheur, le soutien formel et informel auprès des soignants doit être renforcé. Il faudrait aussi évaluer l’impact à long terme de cette crise sanitaire qui s’est poursuivie bien au-delà de la période étudiée.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK