Coronavirus, restrictions et dénonciations: "On reçoit même des courriers anonymes réalisés avec lettres découpées dans les journaux"

Covid-19 et restrictions : le Belge dénonce ses voisins
Covid-19 et restrictions : le Belge dénonce ses voisins - © Paul Curso / EyeEm - Getty Images/EyeEm

"C’est une horreur, on en reçoit des dizaines par jour". Au bout du téléphone, David Quinaux, porte-parole de la zone de police de Charleroi confie son étonnement et son désarroi. Depuis le premier confinement et les premières mesures sanitaires liées au coronavirus, au printemps 2020, le commissariat doit gérer une quantité invraisemblable de dénonciations : "Depuis le mois de mars, cela n’arrête pas. Les gens dénoncent tout et n’importe quoi. On reçoit même des courriers anonymes réalisés avec lettres découpées dans les journaux et collées sur une feuille de papier. C’est du genre : dans le studio du troisième étage, à côté de l’appartement d’une cousine, il y a une dame qui coiffe. Si en 40, on avait dénoncé comme ça, il ne resterait plus beaucoup de coiffeurs aujourd’hui !".

A Waterloo, dénonciation d’un voisin

Manifestement, la police de Charleroi n’est pas la seule à recevoir cet afflux de coups de téléphone ou de courriers dénonçant un voisin, une connaissance. Petit tour non exhaustif de quelques commissariats de Bruxelles et de Wallonie. L’intervention de police du vendredi 18 décembre au soir, dans une maison de Waterloo, où une dizaine de personnes faisaient la fête, intervention qui a mal tourné, a été déclenchée suite à la dénonciation d’un voisin.

A Waterloo comme dans la plupart des zones de police, la délation va bon train. "On a beaucoup plus d’appels que d’habitude, nous dit Ludo Corvilain, porte-parole de la zone de police de Waterloo, et ce ne sont pas pour les incivilités habituelles. Les gens ont peur du Covid, donc, quand ils constatent que leurs voisins ne respectent pas les consignes, ils nous préviennent. La jalousie peut être un moteur aussi. Ils se disent : moi je respecte les mesures sanitaires à la lettre, alors pourquoi lui, il aurait le droit de faire la fête ? Il y a aussi ceux qui appellent par sens civique. Le contrôle social est plus fort en cette période de pandémie".


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Il n’y aura pas de chasse aux sorcières à Waterloo, précise Ludo Corvilain. "On ne va pas s’amuser à faire des rondes pour surveiller les habitants".

Dénonciations suite au tapage nocturne

Dans la zone de police Bruxelles-Capitale – Ixelles, même constat. "Nous n’avons pas de statistiques sur les dénonciations, explique Olivier Slosse, son porte-parole, mais avec le Covid, les gens sont sous pression. Il y a plus de réactions émotionnelles. Quand il y a du bruit la nuit chez les voisins, ils appellent la police, même en temps normal. Mais en période de pandémie, les gens attendent plus de la police".

Et c’est bien souvent le tapage nocturne qui est à l’origine des signalements. Le 27 novembre, à deux pas de la Grand-Place, excédés par le bruit, des habitants appellent la centrale. Au premier étage d’un petit immeuble, au-dessus d’un bar gay, une vingtaine d’hommes participent à une partie fine, une "lockdown partouze", titreront les journaux. L’un des invités est le député européen hongrois Jozsef Szajer. Il tentera de s’enfuir. "Ce qui est le plus étrange, c’est la façon dont les gens, pris en infraction, essayent de se cacher, dans un placard, dans une baignoire, sur le toit, dans un appartement voisin…", raconte Olivier Slosse.


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A Bruxelles, la plupart des descentes de police dans les lockdown parties font suite à une dénonciation. Idem pour les plus petits regroupements. " Nous intervenons aussi pour des rassemblements de cinq personnes. Avec la consommation d’alcool et le bruit qui en découle, ces réunions festives se remarquent ".

Comme toujours, mais peut-être un peu plus souvent ces temps-ci, la police de Bruxelles-Capitale reçoit des courriers du genre : "Vous devriez aller voir à cette adresse… ". Les dénonciations pour des métiers de contact exercés dans la clandestinité ? Ce n’est pas le fait le plus marquant. Mais ce qui est certain, c’est que ce deuxième confinement est beaucoup moins calme que le premier. "Pendant les mois de mars et avril, les gens étaient un peu tétanisés, explique Olivier Slosse. Ils avaient très peur de contracter le virus. Cette fois-ci c’est différent. Je ne sais pas si c’est par habitude ou par lassitude, mais la population est moins prête à respecter les mesures sanitaires. A la rue Neuve ou à la Grand-Place, si nos stewards n’intervenaient pas, les gens seraient les uns contre les autres".

Toutes les dénonciations ne donnent pas suite à intervention policière. "Nous faisons un tri. Nous agissons selon le principe de proportionnalité, nous dit David Quinaux, de la police de Charleroi, quand il y a des nuisances, on vérifie. Quand dans un petit studio prévu pour une personne, on entend les voix d’une dizaine de personnes, alors on verbalise. Pas plus tard que ce week-end, nous avons constaté une fête de six personnes, six jeunes dans un appartement. Ils ont eu chacun une amende de 250 euros".

A la campagne aussi, on dénonce

Dans la zone rurale de Libramont, la police est habituée aux conflits de voisinage. Mais depuis que le virus est entré chez nous, avec ses deux confinements, il y a plus d’appels. Combien ? "C’est difficile à quantifier, nous dit un inspecteur de police qui préfère rester anonyme, ça dépend des jours. Ce week-end, nous avons quatre appels. Ce sont souvent des voisins qui nous disent qu’il y a une fête de famille avec trop de monde, ou des personnes qui habitent près d’un gîte, où là aussi il y a du monde. Avec la fin de l’année, cela ne va pas s’arrêter, je pense que nous allons avoir de plus en plus d’appels".

A la police de Libramont, il y a du travail, beaucoup de travail depuis le Covid. "On n’arrête pas, ajoute cet inspecteur, on a trois patrouilles en permanence par jour et elles ne chôment pas. Beaucoup de gens dénoncent parce qu’ils sont frustrés quand ils voient ce que les autres se permettent. Les relations avec les citoyens sont aussi beaucoup plus tendues. D’un côté, il y a les gens qui dénoncent, de l’autre, il y a ceux qui nous disent lors des contrôles : vous n’avez rien d’autre à faire ?".


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Qu’est-ce qui pousse les délateurs à agir ? Selon les quelques témoignages reçus dans les commissariats, cela va de l’envie d’emm… son voisin à l’inquiétude face à cette seconde vague que l’on a du mal à maîtriser. Il y a les dénonciateurs et les dénoncés. En général, quand ils sont verbalisés, ils le prennent avec fatalisme. Ils connaissent les risques, alors, ils acceptent de payer l’amende. Quand la police intervient dans des fêtes plus importantes, c’est plus délicat. La plupart du temps, les fêtards sont alcoolisés ou ils ont pris des drogues. Dans ce cas de figure, cela peut très rapidement mal tourner. Un mot, un geste déplacé. Avec à la clé le risque que cela dérape.

Journal télévisé de 19h30 le 21/12 :

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