Coupe du monde: un court moment de liberté pour la communauté LGBT de Russie 

La ville de Saint-Pétersbourg est considérée comme le San Francisco russe pour la communauté LGBT. C’est la ville la plus ouverte et progressive du pays et pourtant, c’est aussi la première ville où une loi antigay a été promulguée.

Dans une petite rue se niche l’association Coming Out Saint-Pétersbourg. C’est le seul bureau qui n’est pas affiché sur le tableau à l’entrée de l’immeuble. Cette discrétion n’est pas un hasard. Il y a trois ans, leurs locaux ont été vandalisés.

Agressions violentes

Dix personnes travaillent ici. Cette équipe est complétée par près de 200 bénévoles. Des psychologues, des avocats, des activistes sont là pour encourager les victimes à porter plainte lorsqu’elles subissent une agression. En 2017, 51 agressions violentes ont été rapportées. Il s’agit d’agressions physiques, de violence parentale ou encore de faux rendez-vous organisés dans le seul but d’agresser et de soutirer de l’argent aux personnes qui fréquentent les applications de rencontres gays. Pour l’association, ces chiffres ne représentent que la partie visible de l’iceberg.

Jonny Dzhibladze travaille chez Coming Out Saint-Pétersbourg depuis trois ans et demi. Il fait un triste constat : "La police ne s’intéresse pas à ces dossiers. Il y a même parfois des abus qui viennent de la police elle-même !". Il remarque cependant que les policiers sont exemplaires depuis le début de la Coupe du Monde. "Ils veulent montrer une belle image du pays, mais on sait qu’après ce sera de nouveau comme avant" regrette-t-il.

L’association a d’ailleurs mis en place un numéro vert. "Les supporters étrangers pourraient être la cible d’insultes ou d’agressions homophobes. Ici, on peut les informer et être un point de contact s’il leur arrive quelque chose" explique Jonny Dzhibladze.

Coming Out Saint-Petersbourg a reçu peu d’appels, mais est intervenu pour aider un supporter français qui s’est fait gravement agresser. L’homme a passé deux semaines à l’hôpital avec une commotion cérébrale et une fracture de la mâchoire. L’association va lui fournir une aide juridique.

Cette ville, Thomas ne l’a pas encore visitée. Ce supporter belge est en Russie depuis deux semaines. Sa famille avait quelque inquiétude quant à son voyage. Le jeune homme se décrit lui-même comme distrait, tête en l’air et maladroit. Il est aussi homosexuel, une orientation qu’il n’a pas cachée. "Quand il y a un lien qui commence à se tisser, une confiance s’installe. On commence à partager des choses plus personnelles et quand j’ai abordé le fait d’être homosexuel, je n’ai eu aucune réaction négative. Je suis peut-être tombé sur les bonnes personnes."

Lors de son séjour, il a même passé une soirée en boite de nuit. "J’ai vu un de mes 'confrères', il dansait d’une manière complètement sensationnelle et très libérée. Il n’a eu aucun souci", se rappelle-t-il.

Thomas visitera peut-être la "Diversity House" à Saint-Pétersbourg. Cet espace a été ouvert pour les supporters étrangers et russes. Pavel Klymenko est le responsable développement pour l’Europe de l’Est du Fare Network. Il a participé à la mise en place de ce lieu, un projet semé d’embûches. "La veille de l’inauguration, le propriétaire de l’immeuble nous a jetés dehors. On était là depuis une semaine, on préparait l’ouverture, tout le monde savait ce qu’on faisait et ça ne dérangeait personne. Et puis finalement, il nous a mis à la rue et il a dit aux autres propriétaires de l’immeuble de ne pas nous louer leurs locaux !", regrette-t-il.

La Diversity House ne sera ouverte que pendant la Coupe du monde. Cette association, comme d’autres, profite de l’assouplissement des règles pendant le Mondial pour être présente et occuper le terrain. Mais tous savent que cette parenthèse se refermera lorsque tous les supporters étrangers auront rejoint leur pays.  

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