Galileo: que deviendront les satellites envoyés sur la mauvaise orbite?

Le lanceur Soyuz décolle de Guyane, le vendredi 22 août
Le lanceur Soyuz décolle de Guyane, le vendredi 22 août - © P BAUDON

Galileo, c'est ce futur système européen de navigation par satellite destiné à concurrencer le GPS américain... et dont les opérations risquent de prendre du retard après l'arrivée, samedi, de deux satellites sur la mauvaise orbite. L'analyse des données du vol se poursuit au Centre spatial guyanais où a été opéré le lancement, mais on annonce déjà qu'il sera "compliqué" de les remettre sur la bonne trajectoire.

"Ce sera compliqué. Nous sommes en train de voir si on peut rattraper la situation dans les prochaines heures", a déclaré à l'AFP Jean-Yves Le Gall, le coordinateur interministériel pour la France du programme Galileo.

Selon les premières analyses effectuées, "une anomalie se serait produite pendant la phase de vol de l’étage supérieur Fregat, conduisant à une injection des satellites sur une orbite non conforme", a précisé Arianespace, la société responsable du lancement, dans un communiqué diffusé samedi soir.

Les deux satellites Galileo Sat-5 et Sat-6 "sont stables et ne présentent aucun risque pour la population", a toutefois précisé Arianespace.

Interrogé sur la présence en quantité suffisante de carburant à bord des satellites pour leur permettre de regagner la bonne orbite, Jean-Yves Le Gall, par ailleurs président du Centre National d'Études Spatiales (CNES), a répondu: "c'est la bonne question, c'est la question que nous nous posons".

"On devait être sur une orbite circulaire de 23 000 km d'altitude, et l'orbite n'est pas circulaire, elle est elliptique et plus basse, aux alentours de 17 000 km, ce qui veut dire qu'on a du mal à remplir la mission", a poursuivi l'ancien patron d'Arianespace.

"Les deux satellites seront inutilisables"

Le spécialiste belge de l'espace Théo Pirard est quant à lui plus catégorique. Selon lui, les deux satellites seront "inutilisables""Je ne pense pas qu'ils pourront pallier le demi-kilomètre/seconde qui leur manque avec leurs propres propulseurs", dit-il.

Le coût de ces deux satellites dépasse les 100 millions d'euros. Il s'agit d'une perte sèche pour Galileo, car comme l'explique Théo Pirard, "contrairement aux satellites commerciaux, les satellites gouvernementaux ne prennent généralement pas d'assurance". On joue donc, ajoute-t-il, plutôt sur la quantité de satellites commandés, 22 en l'occurrence: "Il y aura simplement un retard de quelques mois dans les premières opérations de Galileo".

Il appartient à présent à l'ESA (Agence spatiale européenne), qui commande les satellites, de voir comment elle peut essayer de corriger cette erreur de trajectoire.

Arianespace mandatera lundi, en association avec l’ESA et la Commission européenne, une commission d’enquête indépendante pour définir les causes précises de l'anomalie et "en tirer les conséquences et actions correctrices permettant un retour en vol en toute sécurité et dans les meilleurs délais du lanceur Soyouz depuis le Centre Spatial Guyanais (CSG)".

Cette commission travaillera en coordination avec les partenaires russes du programme Soyouz en Guyane.

Nouveau lancement de satellites en décembre

Un nouveau lancement de satellites Galileo par un Soyouz est prévu en décembre. Mais il faut attendre les conclusions de la commission d'enquête pour savoir si la date peut être maintenue.

Prévus pour être opérationnels à l'automne, après leurs premiers essais dans l'espace, les deux nouveaux satellites Galileo arrivés sur la mauvaise orbite devaient s'ajouter aux quatre satellites déjà lancés pour valider le système de navigation voulu par Bruxelles.

Avant le problème technique de vendredi, il était prévu que les services initiaux de Galileo débutent fin 2014, avant que le système devienne pleinement opérationnel en 2018.

Les Européens ont voulu disposer de leur propre technologie, indépendante du système militaire américain GPS. D'un coût de plus de 5 milliards d'euros, le programme est financé à 100% par la Commission européenne et mis en oeuvre par l'ESA.

Opérant à plus haute altitude que le GPS, les satellites Galileo bénéficient d'un angle d'inclinaison plus élevé, très utile en ville, car plus le signal est élevé, plus il est visible par les utilisateurs au sol.

Les satellites Galileo sont aussi dotés des meilleures horloges atomiques jamais utilisées dans la navigation, d'une précision d'une seconde sur trois millions d'années.

RTBF avec AFP

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