Votre test PCR est positif ? Cela ne signifie pas nécessairement que vous êtes porteur du Covid-19, ni contagieux

Votre test PCR est positif, vous ne l'êtes peut-être pas
Votre test PCR est positif, vous ne l'êtes peut-être pas - © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Les tests PCR de dépistage du coronavirus, ceux où l’on fait un prélèvement dans la gorge et le nez, seraient-ils trop sensibles. Un peu partout dans le monde comme aux Etats-Unis, des voix s’élèvent parmi des experts de santé publique et des virologues, pour remettre en question cette méthode.

Ces tests PCR sont à l’origine, selon eux, de l’énorme quantité de personnes diagnostiquées, à tort alors que celles-ci ne transporteraient parfois qu’une infime quantité de virus tellement insignifiante que des patients positifs ne seraient au final, pas ou très peu contagieuses.

Tests rapides au lieu de tests PCR

Ces experts ne disent pas qu’il faut renoncer aux tests chez les asymptomatiques comme le suggère le centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), mais plutôt utiliser à plus large échelle des tests rapides même s’ils sont moins sensibles.

"Ne plus tester les asymptomatiques, ce serait faire marche arrière": dit à nos confrères du New-York Times, l’épidémiologiste de l’école de santé publique 'Chan' de Harvard, Michaël Mina" On devrait augmenter le nombre de dépistages de toutes les différentes personnes, mais avec d’autres méthodes." Le Président américain a décidé d’acheter près de 150 millions de ces tests rapides.

Tests PCR trop sensibles

Frédéric Cotton, est le responsable du service biochimie clinique au laboratoire universitaire de Bruxelles, un des 5 plus grands labos belges. Pour lui, tout s’explique : "Au départ de l’épidémie, le test PCR, c’était pour le diagnostic, pour mettre à tout prix en évidence, le virus. On avait besoin de la plus grande sensibilité possible. Aujourd’hui, on est davantage dans une démarche préventive pour limiter les contaminations. Et il semblerait qu’en détectant des faibles quantités de virus, on peut considérer comme positif un patient qui a peu de chance de transmettre la charge virale dont il est porteur à son entourage."

On amplifie 30 à 35 fois des fragments du virus pour pouvoir le détecter

Comment fonctionne ce test PCR (pour Polymerase Chain Reaction), il y a une amplification à partir de quelques molécules, on en obtient une grande quantité par cycles successifs. "Aujourd’hui, on n’a peut-être pas intérêt à autant amplifier le virus parce que le risque est d’en détecter parfois des traces d’un virus qui n’est plus infectieux, d’un virus entre guillemet mort" : admet le scientifique.

Chez nous, en Belgique, pour un test PCR Sars-Cov2, on fait entre 30 et 35 cycles d’amplification. Cela dépend de l’équipement et de la méthode utilisée par le laboratoire. Tout n’est pas encore standardisé. Et Frédéric Cotton, d’ajouter : "On estime qu’à partir de 30 à 35 cycles où on a amplifié le virus, on considère que la charge virale (la quantité de virus) est non significative et négligeable."

Au moins, il faut de cycles pour le débusquer, au plus la quantité de virus est grande

"Cela dit, on devrait pouvoir donner au médecin un résultat de dépistage où le nombre de cycles seraient mentionnés, ce qui lui donnerait une meilleure idée de la contagiosité de son patient Covid. Mais pour le moment, dans notre pays, cela n’aurait pas vraiment d’intérêt, car le nombre de cycles dépend de l’équipement et de la méthode du laboratoire, et il est variable. N’empêche en attendant, une standardisation, les labos pourraient commencer à donner une évaluation de la quantité de virus (faible, moyenne ou forte), ce serait un progrès."

Des cas de patients qui restent plusieurs mois positifs existent. On se souvient tous de cette fillette de la région liégeoise qui avait été testée à plusieurs reprises positive sans que l’on connaisse sa charge virale. Elle avait donc été obligée de prolonger sa quarantaine.

Le futur se déclinera avec les tests salivaires et les techniques géniques

Selon notre expert, à l’avenir, on devrait davantage tenir compte, dans les tests PCR, de la quantité de virus en fonction du nombre de cycle. Mais on pourrait aussi utiliser plus massivement, des tests rapides de salive. La salive est un vecteur de transmission du virus par les postillons.

Détecter le virus dans la salive d’une personne est plus un indicateur de sa contagiosité potentielle. Enfin, dernière alternative, on pourrait déterminer si le virus est bien "vivant" (actif) en recherchant des antigènes (protéines) du virus, indiquant qu’il est bien intact. Des techniques antigéniques existent déjà, plusieurs firmes travaillent sur de nouveaux développements. L’avantage de ces méthodes, c’est la rapidité de résultat.

En résumé, la PCR reste la méthode de dépistage de choix pour diagnostiquer un patient qui a des symptômes mais pour l’épidémiologie, le confinement ou l’isolement des personnes en contact, il faudrait selon Frédéric Cotton, affiner le mode de réponse et l’interprétation des résultats.

 

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