Coronavirus : visons ? Chauves-souris ? L'origine de la pandémie en cours d'investigation

Docteurs au Vénézuela, élevage de visons au Danemark et vues de Chine (images d'illustration)
Docteurs au Vénézuela, élevage de visons au Danemark et vues de Chine (images d'illustration) - © AFP/BELGA

Ils sont arrivés en Chine ce matin. Les experts internationaux de l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé, sont en ce moment à Wuhan, dans le centre de la Chine, le berceau présumé du Covid-19. Ces experts devraient rester en quarantaine pendant deux semaines et passer au total environ un mois en Chine pour enquêter sur l’origine du coronavirus, qui paralyse le monde depuis un an et qui a fait près de deux millions de morts.


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Extrait de "Matin Première" en vidéo

Éric Muraille est immunologiste à l’ULB. Et le scientifique du FNRS de répondre à quelques questions sur l’origine du virus et les recherches en cours.

Pouvez-vous peut-être d’abord nous rappeler brièvement le but de cette équipe de chercheurs ? C’est finalement de trouver ce chaînon manquant entre la chauve-souris et l’homme, de préciser l’origine animale de ce virus ?

Oui, tout à fait. On sait que le virus, dont la séquence génétique est la plus proche d’une SARS-CoV-2, le RaTG13, provient de la chauve-souris. Ça, c’est certain. Mais ce virus est trop éloigné du SARS-CoV-2 pour lui avoir donné naissance. Et c’est la même chose pour le coronavirus trouvé chez le pangolin. Donc, on cherche toujours des virus intermédiaires entre le RaTG13 et le SARS-CoV-2, et surtout un autre animal intermédiaire entre la chauve-souris et l’humain.

Vous l’avez dit, on a écarté la thèse du pangolin, mais on évoque aujourd’hui celle des visons. La Chine est le premier producteur mondial de fourrure de vison. Il y a aussi beaucoup d’élevages de visons en Italie, qui a été la porte d’entrée du virus en Europe. C’est une piste sérieuse ?

Oui, c’est une piste qui semble sérieuse, mais il faut bien mentionner qu’à ce stade, c’est vraiment une simple hypothèse. Les chercheurs pensent de plus en plus à des animaux élevés pour leur fourrure. Il y a le vison, mais il y a également le chien viverrin et le renard, qui auraient pu être contaminés par des chauves-souris. Donc, ce sont des animaux qui sont élevés pour leur fourrure en Chine, qui est le premier producteur mondial de fourrure, comme vous venez de le dire. Et ces animaux sont aussi très susceptibles au SARS-CoV-2, et ils sont peu malades. Et les chauves-souris nichent souvent dans les hangars où ils sont élevés en Chine. Donc, ils auraient pu être contaminés sans que ce soit détectable par les éleveurs, puis avoir contaminé les humains qui travaillent dans ces élevages. Le virus aurait donc circulé pendant un certain temps entre humains et animaux, puis ce sera adapté progressivement à l’humain et aurait causé la pandémie. C’est un scénario plausible à l’heure actuelle.

Sujet sur les visons éliminés au Danemark, dans notre JT du 6 novembre :

Alors, pangolins, visons ou encore d’autres animaux à fourrure comme le renard. Pourquoi est-ce si important de comprendre l’origine du coronavirus ?

Il faut bien comprendre que le but n’est pas d’invalider les théories complotistes. Ceux qui pensent que Bill Gates est responsable de la pandémie continueront à le penser. Le but n’est pas non plus de trouver des coupables à punir, mais c’est vraiment de comprendre d’où vient l’épidémie, principalement pour pouvoir lutter contre l’émergence des suivantes. Je vais prendre brièvement deux exemples. L’épidémie du HIV, par exemple, a été détectée en 1980. Il y a de très nombreuses hypothèses qui ont été émises à l’époque : on a parlé d’accidents de labos, d’armes biologiques, de campagnes de vaccination en Afrique. En fait, il a fallu plus de 30 ans pour déterminer que le HIV était déjà présent en Afrique, en République démocratique du Congo pour être précis, dans les années 1920-1930, soit bien avant toutes les campagnes de vaccination et toutes les possibilités de manipulation génétique du virus. Et donc, son émergence est vraisemblablement due à une augmentation de la chasse et de la consommation de viande de chimpanzés suite à la construction des grandes métropoles en Afrique. Cette découverte a par exemple bien mis en évidence le lien entre l’envahissement des écosystèmes et l’émergence d’agents pathogènes.

Un deuxième exemple assez court : suite aux épidémies de virus influenza, le virus de la grippe, et surtout de l’épidémie de H1N1 de 2009, on s’est vraiment beaucoup intéressé aux liens entre élevages intensifs et émergence de nouveaux pathogènes. Et si l’origine du H1N1 reste controversée, il est fort probable qu’il ait émergé d’un élevage industriel de porcs américain. Ces deux découvertes ont mené au concept d’une santé, ce qu’on appelle le " One Health " en anglais. Actuellement, c’est le cadre conceptuel de référence des agences de santé. Ce concept lie la santé humaine, la santé animale et l’état des écosystèmes. On ignore toujours comment le SARS-CoV-2 est apparu, s’il provient d’animaux sauvages ou d’animaux d’élevages industriels, mais il est vraiment très important de le savoir, parce que ça va nous permettre de développer des politiques de prévention efficaces, que ce soit en régulant les élevages industriels ou le commerce d’animaux sauvages.

Parce que ce que la crise du Covid a ici bien démontré, c’est qu’on a une capacité de réponse à la pandémie très faible. Même si on dispose, en moins d’une année, d’un vaccin, il va encore nous falloir une bonne année pour sortir de cette crise et elle aura coûté extrêmement cher, économiquement et en vies humaines.

Le but de cette mission d’enquête en Chine de l’OMS, c’est finalement de dire qu’il vaut mieux prévenir que guérir, parce qu’on voit aujourd’hui combien il est difficile de guérir avec l’apparition de nouveaux virus. Ça permettrait d’empêcher l’apparition de nouveaux virus de type Covid-19 ?

Eric Muraille : Tout à fait, oui. Peut-être pas de les empêcher, mais en tout cas déjà de les détecter beaucoup plus rapidement et de les anticiper. C’est déjà un peu ce qu’on fait avec influenza à l’heure actuelle.

Un mot aussi sur les variants qui inquiètent beaucoup l’OMS, qui se réunit d’ailleurs en urgence aujourd’hui pour parler de ces variants. On a détecté en Belgique un cas de variant sud-africain, plus toxique encore que le variant britannique. On parle aussi d’un variant amazonien détecté au Japon. Est-ce que ces variants ont aussi une origine animale ? Est-ce qu’on sait dans quelles conditions le virus effectue ces mutations au cours desquelles il devient plus dangereux ?


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Il y a de très nombreux variants du SARS-CoV-2 et, au final, très peu ont été liés à des infections animales. On a trouvé des variants spécifiques dans les élevages de visons, mais il faut bien prendre en considération que la majorité des mutations sont neutres. Elles ne semblent pas rendre le virus plus agressif ou plus susceptible de causer des cas sévères. Seulement, certains variants deviennent dominants et ça suggère qu’ils sont plus contagieux. C’est pour ça qu’on se focalise sur quelques variants à l’heure actuelle, parce qu’il y a toujours un risque qu’ils échappent aux vaccins. Il faut donc souligner que la seule manière de lutter contre ce taux de mutation élevé et ces variants est de réduire la circulation du virus, et donc de maintenir la distanciation sociale et d’accélérer la vaccination.

Plus le virus circule entre humains, plus il a de chances de muter. On peut conclure comme ça ?

Tout à fait.

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