Coronavirus: vers la vaccination obligatoire pour le personnel soignant? "Il faut y réfléchir" estime Leila Belkhir

Leila Belkhir, infectiologue, était la première des quatre grandes personnalités de l’année à être interrogées dans le cadre des interviews "Les 4 saisons" de Matin Première, afin de faire le point sur les points positifs et négatifs des quatre saisons écoulées.

Elle est notamment revenue sur les moments difficiles et la grogne du secteur ? "Oui, il faut reconnaître la pénibilité des métiers. Le système hospitalier est en souffrance : on a trinqué, il y a eu des dégâts il y a des membres du personnel qui ne sont toujours pas revenus travailler, il y a des traumatismes, on a dû faire face à beaucoup de décès et tout le monde n’était pas prêt à ça".

Des contaminations à cause du personnel médical qui refuse le vaccin

L’été, le point positif, c’est pour elle clairement le grand succès de la vaccination : "C’est quand même assez exceptionnel de se dire qu’un an après le début de cette pandémie, nous ayons des vaccins".

Avec un bémol, c’est qu’elle reste pour l’instant un privilège de pays riche : "C’est le paradoxe, de se dire que ça va mieux en Belgique, et dans pas mal de pays, on peut s’en réjouir, mais ça reste une pandémie, et si ça dérape à l’autre bout de la planète ça risque d’avoir un retentissement aussi chez nous, et il faut donc effectivement faire en sorte que tous les pays aient accès aux traitements et à la vaccination".


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Mais surtout, même chez nous, il reste des hésitants, et ce même dans le monde médical : "Oui, il reste quelques personnes partout, et on a vécu notamment à Saint-Luc des contaminations au sein de l’hôpital, où la porte d’entrée était une personne qui refuse de se faire vacciner et qui était positive avec quelques symptômes. Je pense qu’à partir du moment où on soigne les autres, on doit tout faire pour faire son métier en étant le plus sécurisant possible".

La faute aux fake news ?

Une posture difficilement acceptable pour elle : "C’est sain de se poser des questions, ça a été vite, c’est logique. Maintenant quand on est soignant, et qu’on a été confrontés aux drames, alors qu’on doit protéger ceux qu’on soigne et qui sont des personnes fragiles, plus vulnérables, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse hésiter à se faire vacciner ".


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Faut-il dès lors rendre cette vaccination obligatoire parmi le personnel soignant, comme certains le réclament : "Je pense qu’il faut y réfléchir, oui. Je ne dis pas qu’il faut l’imposer du jour au lendemain. On a maintenant du recul par rapport à la vaccination, les premières grosses études ont démarré il y a un an en juillet 2020, donc il y a un certain recul. Ça existe déjà pour l’hépatite B, car il y a un risque pour le soignant lui-même. Il faut continuer à expliquer et essayer de comprendre car on a du mal à comprendre pourquoi certains refusent, mais je pense qu’il faut en discuter démocratiquement".

Comment expliquer cette hésitation ? Leila Belkhir pointe clairement la désinformation : "Certaines fake news ont vraiment pris trop d’ampleur, notamment au sujet de la vaccination et la stérilité".

A ce sujet, l’infectiologue rappelle qu'"il y a eu des grossesses pendant les études ou de femmes ayant eu le Covid, et il n’y a jamais eu ce genre d’effet pendant les études animales. Quand on est dans le médical, on doit pouvoir dire 'je ne sais pas', mais pas inventer, comme certaines les font avec ces théories farfelues".

Garder le masque dans certaines circonstances

Malgré des bémols, Leila Belkhir voit l’avenir en bleu : "J’espère que c’est derrière nous, et qu’on a retenu les leçons, et donc qu’on va anticiper, qu’on va continuer au niveau de la vaccination et qu’on ne va pas avoir de mauvaise surprise au niveau d’un variant. Oui, j’espère que c’est du passé et qu’on va arriver à une gestion du risque qui est tout à fait différente".

Avec une inquiétude malgré tout : "J’ai un peu peur que comme la pression se relâche, on ne prépare pas l’automne et l’hiver", notamment au niveau des protocoles pour garder des endroits sûrs.


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Car on n’en a sans doute pas tout à fait fini avec cette pandémie et les gestes de prévention : "Probablement qu’il y aura des moments où il faudra remettre les masques et il faudra garder certains réflexes, comme l’hygiène des mains. Et même s’il y a un moment où il n’y a plus du tout de masque, peut-être que si on a un rhume, qu’on ne sait pas très bien ce que c’est, on pourrait porter un masque et se faire tester, un peu comme on le fait dans certains pays asiatiques où quand on est malades, on essaie de protéger les autres".

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