Coronavirus : vers des "cocktails" de vaccins ? Quel impact mélanger les doses de vaccins différents peut avoir sur la vaccination

L'idée de mélanger un vaccin avec un autre lors de la première et la seconde dose est à l'étude au Royaume-Uni
L'idée de mélanger un vaccin avec un autre lors de la première et la seconde dose est à l'étude au Royaume-Uni - © Daniel Karmann - Daniel Karmann/dpa

On connaît tous les cocktails à commander dans les bars, ces mixtures alcoolisées – ou non – servies dans de grands verres avec une tranche de citron posée sur le rebord. Mais à défaut de pouvoir aller boire un verre en terrasse, mesures anti-Covid oblige, ce sont des mélanges d’un autre genre qui font parler ces derniers jours. Les cocktails de vaccin, en d’autres termes, administrer une dose d’un vaccin développé par un laboratoire puis, lors de la seconde injection, utiliser un autre vaccin. Peu évoquée lors du lancement de la campagne de vaccination au Covid-19, cette idée pourrait booster la course à l’immunité et peut-être même augmenter l’efficacité globale des vaccins.

Avec l’interruption de l’administration du vaccin AstraZeneca aux personnes sous l’âge de 56 ans en Belgique, c’est un grand point d’interrogation qui s’impose quant à la poursuite de la campagne vaccinale made in Belgium. Que va-t-il advenir des personnes les plus jeunes ayant déjà reçu leur première dose de ce vaccin qui inquiète suite à de rares cas de thromboses observés après son administration ? L’injection d’une seconde dose d’un autre vaccin, à savoir celui de Moderna ou de Pfizer, pourrait être la solution toute trouvée, d’autant que c’est déjà l’option choisie et officialisée par la France ce 9 avril.


►►► À lire aussi Coronavirus en Belgique : ce qu'il faut savoir sur la limitation de l'administration du vaccin AstraZeneca


L’impact sur l’efficacité des mix de vaccins à l’étude

Mais la pratique pose question et semble sortie du chapeau des autorités sanitaires. Pourtant, s’il n’avait jamais été évoqué qu’un vacciné pourrait se voir administrer une seconde dose d’un vaccin différent de la première l’idée n’est pas neuve. Une étude clinique a d’ailleurs été lancée en Grande-Bretagne en février 2021 afin d’analyser les effets potentiels d’une vaccination combinée avec différents vaccins. Cette recherche qui s’étale sur treize mois au total permettra de savoir si généraliser le "mix and match" – mixer et assembler, pour les francophiles – des vaccins anti-Covid augmente les effets de ces mêmes vaccins.

Mais alors qu’il faudra attendre mars 2022 pour connaître les résultats de cette étude, est-il nécessaire de s’inquiéter que certains pays optent déjà pour cette option comme alternative à la seconde dose du vaccin d’AstraZeneca pour les personnes les plus jeunes ? Non, répond d’emblée Benoît Van den Eynde, immunologue à l’UCLouvain. "On pourrait même potentiellement y gagner", poursuit-il.

Une position partagée par sa collègue, Sophie Lucas, elle aussi immunologue et professeure à l’UCLouvain. "C’est une solution qui fait beaucoup de sens", confie-t-elle. Car si la décision, belge comme française, a été de limiter le vaccin AstraZeneca aux personnes de 56 ans et plus, une seconde dose, dite "boost", reste un passage obligé pour que la réponse immunitaire soit meilleure. Côté belge, aucune décision n’a encore été prise quant à la seconde dose pour les patients désormais exclus de la vaccination avec ce vaccin qui a causé une centaine de cas de thromboses en Europe.


►►► À lire aussi : Vaccin anti-coronavirus : mélanger des vaccins différents, une solution pour pallier les pénuries et booster l’immunité ?


Un procédé qui n’est pas neuf

"Aujourd’hui si on doit arrêter d’administrer l’AstraZeneca pour les personnes de moins de 56 ans, si c’est la décision qu’on prend, il faudra leur administrer une seconde dose. Et immunologiquement, il n’y a aucune question sur un risque éventuel accordé à une telle combinaison. La question qui mérite d’être posée est-ce que ce sera aussi efficace, plus efficace ou moins efficace que de faire deux doses avec le même vaccin. Mais avec en même temps une grande probabilité que ce soit en fait un peu plus efficace", ajoute la spécialiste.

D’autant que multiplier les vaccins injectés à une seule personne contre une même maladie est un procédé déjà utilisé, notamment dans le cadre de la vaccination contre le VIH ou encore Ebola. "Cela permet en quelque sorte d’attaquer le virus par des chemins différents et donc de maximiser la protection de la personne vaccinée", précise Benoît Van den Eynde. Mais dans le cas de la vaccination contre le SARS-CoV-2, tous les vaccins permettent de garantir la lutte contre le même antigène, à savoir la protéine Spike du virus. Mixer les vaccins est donc possible "mais n’a pas encore été rigoureusement testé" dans le cadre de ceux qui protègent du coronavirus. C'est d'ailleurs ce qu'a aussi estimé l'OMS ce jeudi 8 avril et c’est pour palier à ce manque que l’étude anglaise est en cours.

Quel impact sur la campagne globale ?

Enfin, quel impact pourrait avoir une telle pratique si elle était généralisée à l’ensemble des personnes qui se font vacciner en Belgique ? Par exemple, on pourrait systématiser cette alternance des vaccins lors de la première et de la deuxième injection. Selon Benoît Van den Eynde, cela permettrait une "plus grande souplesse dans l’application de la campagne". Ainsi, le problème des délais et surtout des retards de livraison serait plus facile à contourner en ce qui concerne les secondes injections. Fini donc le goulot d’étranglement de la livraison.


►►► À lire aussi Bisous, câlins et retrait du masque : les grands-parents vaccinés peuvent-ils abandonner les gestes barrière ?


Il est à noter que le laboratoire AstraZeneca, qui a développé son vaccin au Covid-19 en partenariat avec l’université d’Oxford, a toujours été très demandeur de tester l’utilisation combinée de ses doses avec celles d’autres laboratoires. En revanche, Pfizer/BioNTech n’était pas favorable, c’est pour cette raison que les chercheurs ont dû attendre la mise sur le marché du vaccin pour entamer leurs analyses.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK