Coronavirus : une pub imagine un vétéran du confinement devenu un "héros" en restant sur son canapé

"Tous les yeux du pays étaient tournés vers nous. Je venais d’avoir 22 ans, je faisais des études d’ingénieur quand la seconde vague est arrivée. A cet age-là, vous voulez faire la fête, rencontrer des gens, boire un verre avec des amis. Mais le destin avait des plans différents pour nous. Soudain, l’avenir du pays était entre nos mains…"

Le clip reprend tous les codes du témoignage de vétéran de la Seconde Guerre mondiale : un homme âgé qui parle d’une voix lente et appliquée, une musique qui fait la part belle aux violons…

Et puis ce twist : "On a rassemblé notre courage et on a fait ce qu’on attendait de nous… rien. Absolument rien. Juste être aussi paresseux que des ratons." S’ensuivent des images d’un jeune homme couché sur son canapé, ouvrant une canette, les yeux rivés sur son écran.

Campagne humoristique virale

Regard des personnages droit dans la caméra. Musique qui part dans les airs. Un slogan : "Devenez vous aussi un héros et restez à la maison."

C’est toute la subtilité de cette pub devenue virale en ce mois de novembre en Allemagne : jouer sur l’humour et l’autodérision pour présenter la lutte contre le coronavirus comme une guerre nouvelle génération.

L’idée n’est pas neuve, déjà pendant le premier confinement de mars-avril, une blague faisait ce parallèle entre, d’une part, nos aînés qui avaient combattu l’oppression sur le champ de bataille ; et d’autre part, les jeunes adultes des années 2020, auxquels on demande d’être des citoyens responsables et de rester sur leur canapé ou dans leur lit à regarder des séries.

Avec des milliers de partages sur les réseaux sociaux, le buzz est réussi. On est loin des campagnes de sensibilisations pratiquées ailleurs.

Depuis plusieurs mois en effet, chaque pays cherche le meilleur moyen de s’adresser aux jeunes. Pas évident cependant de trouver le bon canal… et le bon message.

En France, entre peur et légèreté

Résultat, en fonction de la gravité de l’épidémie, le message prend parfois des allures de campagne de sécurité routière aux accents dramatiques. Comme en France, dans un clip du ministère des Solidarité et de la Santé publié le 6 novembre sur YouTube et diffusé en télévision. Objectif : montrer comment le virus se transmet si on ne respecte pas les gestes barrière.

Une étudiante serre un camarade dans ses bras. Celui-ci va fêter l’anniversaire de sa grand-mère. Sourires, photos de famille, câlins… Presque sans transition, voilà mamy qui finit en réanimation sur fond. "On peut tous être touchés alors on doit tous se protéger", conclut une voix grave.

Quelques mois plus tôt, le même ministère de la Santé tentait une autre approche. Plus légère. On était alors en plein été, bien loin des mauvais souvenirs de la première vague, à quelques semaines de la deuxième. Une série de spots télé imagine alors des manières d’éviter la propagation du virus à la plage.

Trouver le ton juste

Et en Belgique ? Entre les différents niveaux de pouvoir, les différents canaux de communication, ou encore les moments de l’épidémie entre peurs et sentiment d’insouciance de la population, trouver le ton juste relève parfois du travail d’équilibriste. D’autant que, confirme Antoine Iseux, porte-parole du centre de crise, "les jeunes constituent un public cible important qu’il faut pouvoir sensibiliser".

Chez nous, les autorités ont entre autres fait appel aux influenceurs sur les réseaux sociaux. "On a travaillé avec des sportifs de haut niveau, des DJ, des Youtubeurs… qui peuvent dire avec leurs mots le fait que c’est important de ne pas faire des fêtes, de respecter les règles par respect pour les aînés", explique Antoine Iseux.

Doser le message

La campagne officielle "11 millions de raisons de tenir bon" a notamment choisi de toucher ce public en jouant sur une corde sensible pour beaucoup. "Je [respecte les règles] parce qu’un deuxième été sans festival, c’est pas possible. Un seul été, c’est plus qu’assez", lance ainsi une jeune fille dans le clip ci-dessous.

Malgré tout, poursuit le porte-parole, "les meilleurs influenceurs, ce sont ceux qui sont proches des jeunes eux-mêmes : un ami, le président de cercle, l’éducateur de rue…"

Et pourquoi pas miser, en Belgique aussi, sur l’humour et l’autodérision ? Pour Antoine Iseux, c’est à utiliser avec précaution. "On parle quand même d’une crise avec plus de 14.000 morts. L’utilisation de l’humour est parfois difficile, en tout cas pour l’autorité." Même si cela peut fonctionner quand ce sont d’autres voix qui le font, tels l’humoriste GuiHome ou Pablo Andres avec son personnage de l’agent Verhaegen.

Pour l’heure, en Belgique, l’appel est à la solidarité dans une crise qui dure. "Le mieux c’est de montrer que les gens peuvent être acteurs de cette gestion de crise, qu’ils peuvent faire quelque chose. C’est ce côté citoyen acteur qu’on préfère mettre en avant", conclut le porte-parole du centre de crise.

 

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