Coronavirus : un vaccin développé en trois mois est testé pour la première fois sur l'être humain en Europe

Coronavirus : un vaccin développé en trois mois est testé pour la première fois sur l'être humain en Europe Source : BBC https://www.bbc.com/news/health-52394485
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Coronavirus : un vaccin développé en trois mois est testé pour la première fois sur l'être humain en Europe Source : BBC https://www.bbc.com/news/health-52394485 - © Tous droits réservés

Deux volontaires jusqu’à présent se sont vus administrer un vaccin potentiel contre le coronavirus en Grande-Bretagne, rapporte vendredi la BBC. Il s’agit du premier essai sur l’être humain en Europe. L’expérience s’inscrit dans le cadre d’une étude menée sur plus de 800 personnes.

Une moitié recevra le vaccin potentiel contre le Covid-19 tandis que l’autre moitié se verra injecter un vaccin contrôle qui protège contre la méningite mais pas contre le coronavirus. Les volontaires ignorent lequel des deux ils recevront. Le vaccin potentiel a été développé en trois mois par l’université d’Oxford.

Une scientifique italienne volontaire pour tester le vaccin

Deux premiers volontaires ont reçu des injections afin de tester un vaccin contre le Covid-19, ils sont les premiers parmi plus de 800 personnes recrutées dans le cadre de l’étude. Parmi ces deux volontaires, il y a Elisa Granato, une scientifique italienne qui croit beaucoup dans l’efficacité du vaccin.

Elisa Granato, a déclaré à la BBC : "Je suis une scientifique, donc je voulais essayer de soutenir le processus scientifique partout où je le pouvais."

Comment ce vaccin est-il né ?

Le vaccin a été développé en moins de trois mois par une équipe de l’université d’Oxford. Sarah Gilbert, professeur de vaccinologie à l’Institut Jenner, a dirigé la recherche préclinique.


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"Personnellement, j’ai une grande confiance dans ce vaccin", a-t-elle déclaré à la BBC. "Bien sûr, nous devons le tester et obtenir des données sur les humains. Nous devons démontrer qu’il fonctionne réellement et empêche les gens d’être infectés par le coronavirus avant d’utiliser le vaccin dans la population en général".

Le professeur Gilbert a déclaré précédemment qu’elle était "sûre à 80%" que le vaccin fonctionnerait, mais elle préfère maintenant ne pas mettre de chiffre dessus, disant simplement qu’elle est "très optimiste" quant à ses chances.

Comment fonctionne le vaccin ?

Le vaccin est fabriqué à partir d’une version affaiblie d’un virus du rhume commun (connu sous le nom d’adénovirus) provenant de chimpanzés, qui a été modifié de manière à ce qu’il ne puisse pas se développer chez l’homme.

L’équipe d’Oxford a déjà mis au point un vaccin contre le Mers, un autre type de coronavirus, en utilisant la même approche et qui a donné des résultats prometteurs lors d’essais cliniques.

Mais comment sauront-ils si cela fonctionne ? La seule façon pour l’équipe de savoir si le vaccin pour protéger du Covid-19 fonctionne est de comparer le nombre de personnes qui seront infectées par le coronavirus dans les mois à venir dans les deux volets de l’essai (ceux qui ont reçu le vaccin test et ceux qui ont reçu le vaccin contre la méningite).

Cependant cette méthodologie pourrait cependant poser problème si les cas de contaminations au coronavirus diminuent rapidement au Royaume-Uni, car il n’y aura peut-être pas assez de données disponibles pour effectuer ces tests.

Le professeur Andrew Pollard, directeur de l’Oxford Vaccine Group, qui dirige l’essai en est bien conscient, il a d’ailleurs déclaré : "Nous courons après la fin de cette vague épidémique actuelle. Si nous ne l’attrapons pas (avant la fin), nous ne serons pas en mesure de dire si le vaccin fonctionne dans les prochains mois. Mais nous nous attendons à ce qu’il y ait plus de cas à l’avenir parce que ce virus n’a pas disparu".

Les chercheurs en charge du développement de ce vaccin recrutent en priorité de travailleurs de la santé au niveau local pour l’essai, car ils sont plus susceptibles que d’autres d’être exposés au virus.

Bientôt un test élargi à 5000 volontaires

Ces volontaires pourront participer à un essai plus large, portant sur environ 5000 volontaires, qui débutera dans les prochains mois et ne sera assorti d’aucune limite d’âge. C’est un point important car les personnes âgées ont tendance à avoir des réponses immunitaires plus faibles aux vaccins. Les chercheurs tentent d’évaluer s’ils pourraient avoir besoin de deux doses du vaccin.

L’équipe d’Oxford envisage également un essai de vaccin en Afrique, peut-être au Kenya, où les taux de transmission augmentent à partir d’une base plus faible.

Des personnes infectées volontairement pour tester ce vaccin ?

On le sait, le risque d’avoir un nombre de personnes infectées limité en raison d’une chute du taux de contamination pourrait poser problème pour continuer les observations scientifiques sur ce vaccin test. Pourquoi, dès lors, ne pas infecter délibérément des volontaires avec un coronavirus ?

Ce serait un moyen rapide et sûr de savoir si le vaccin est efficace, mais ce serait éthiquement discutable car il n’existe aucun traitement éprouvé pour le Covid-19.

Cela pourrait néanmoins être possible à l’avenir a déclaré le professeur Pollard : "Si nous arrivons au point où nous disposons de certains traitements pour la maladie et que nous pouvons garantir la sécurité des volontaires, ce serait un très bon moyen de tester un vaccin".

On présume évidemment ici qu’il s’agirait de personnes volontaires pour se faire inoculer le virus, tout comme c’est le cas pour ceux qui ont accepté de participer au test actuel.

Est-ce que ce test est sûr ?

Une question se pose également, quelles sont les garanties pour la santé de ces cobayes ?

Les volontaires de l’essai seront soigneusement surveillés dans les mois à venir, affirment les scientifiques qui encadrent le test. Mais il y a des conséquences qui sont déjà connues comme de potentielles douleurs au bras, des maux de tête ou de la fièvre dans les deux premiers jours suivant la vaccination.

Les testeurs ont également été avertis qu’il y a un risque théorique que le virus puisse induire une réaction grave au coronavirus, ce qui est apparu dans certaines des premières études sur le vaccin animal du Sras. Mais l’équipe d’Oxford affirme que ses données suggèrent que le risque que le vaccin produise une maladie plus grave est minime.

Les scientifiques espèrent que le million de doses sera prêt d’ici septembre et que la production sera ensuite considérablement augmentée, si le vaccin s’avère efficace.

Qui l’obtiendrait en premier ?

Selon le professeur Gilbert, cela n’a pas encore été décidé : "Ce n’est pas vraiment notre rôle de dicter ce qui va se passer, nous devons juste essayer d’obtenir un vaccin qui fonctionne et en avoir suffisamment, et ensuite ce sera à d’autres de décider".

Le professeur Pollard a ajouté : "Nous devons nous assurer que nous avons suffisamment de doses pour répondre aux besoins les plus importants, non seulement au Royaume-Uni mais aussi dans les pays en développement".

Une autre équipe de l’Imperial College de Londres espère commencer les essais sur l’homme de son vaccin contre le coronavirus en juin.

Les équipes d’Oxford et de l’Imperial College ont reçu plus de 40 millions de livres sterling de fonds publics.

Le ministre de la santé Matt Hancock a fait l’éloge des deux équipes et a déclaré que le Royaume-Uni "fera tout son possible" pour le développer.

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