Coronavirus : un confinement strict est-il inefficace, comme l’affirme une étude de l’université de Stanford ?

Certains pays d’Europe ont récemment durci les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Une étude universitaire au sujet de l’effet que peut avoir un confinement strict sur la réduction du nombre de contaminations a été utilisée par certains militants anti-confinement, comme par exemple le député français Nicolas Dupont-Aignan, ou dans une tribune publiée aux Pays-Bas par l’immunologue Carla Peeters.

Que dit l’étude de l’université de Stanford ?

Cette étude a été publiée le 5 janvier 2021 dans l’European Journal of Clinical Investigation. Elle tente d’évaluer l’effet de deux mesures prises dans certains pays dans le but de limiter l’épidémie de Covid-19 : l’obligation de rester chez soi et la fermeture des commerces. Les chercheurs ont d’abord estimé la hausse des contaminations en rapport avec les mesures de confinement, qu’ils groupent sous l’appellation "interventions non-pharmaceutiques" (nonpharmaceutical interventions, NPI), dans 10 pays. Ils ont ensuite comparé l’évolution des courbes de progression de l’épidémie entre les pays avec un confinement très restrictif et ceux qui étaient moins stricts.

La méthode utilisée a consisté à considérer que deux de ces pays avaient un confinement moins strict, puisqu’ils n’avaient pas obligé la population à rester chez elle, ni imposé la fermeture des commerces. Les chercheurs ont conclu de ce travail que, dans les pays qui avaient imposé un confinement strict, cela n’avait pas d'"effet bénéfique significatif" sur la courbe des cas.


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Qui sont les auteurs de cette étude ?

Quatre chercheurs et/ou professeurs au département de médecine de l’université de Stanford : Eran Bendavid, Jay Bhattacharya, Christopher Oh et John P.A. Ioannidis. Le projet de recherche a été conçu par Eran Bendavid, Christopher Oh a plutôt un profil d’analyste de données et ce sont eux qui ont préparé les données et les ont analysées. Jay Bhattacharya et John P.A. Ioannidis ont été associés pour l’interprétation des résultats et la rédaction de l’étude. Le rapport final a été approuvé par les quatre chercheurs.

Sur quelles données est basée l’étude ?

Les chercheurs ont choisi les 10 pays (Angleterre, France, Allemagne, Iran, Italie, Pays-Bas, Espagne, Corée du Sud, Suède et Etats-Unis) parce que les données pour ces pays et leurs subdivisions territoriales, étaient disponibles. Ces données concernent la première vague de l’épidémie, entre début mars et mi-avril 2020. Pour évaluer l’évolution de l’épidémie dans ces pays et pour la période choisie, c’est le nombre de cas de Covid-19 recensés dans chaque pays ou subdivision territoriale qui a été utilisé.

Il fallait ensuite tenter de mesurer l’impact sur la courbe des cas qu’ont eu des mesures de confinement dur (appelés par les chercheurs mrNPIs, "more restrictive nonpharmaceutical interventions" ou interventions non-pharmaceutiques plus restrictives) par rapport à des mesures moins sévères (appelées par les chercheurs lrNPIs, "less restrictive nonpharmaceutical interventions" ou interventions non-pharmaceutiques moins restrictives).

Parmi toutes les mesures mises en place dans les pays étudiés, ce sont l’obligation de rester à domicile et la fermeture obligatoire des commerces qui ont été choisis comme critères pour déterminer si un pays devait être classé à confinement dur. Les chercheurs ont choisi la Suède et la Corée du Sud comme groupe de contrôle, avec un confinement moins restrictif.


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La mise en œuvre des mesures de confinement a été accompagnée d’une diminution significative du nombre de contaminations dans 9 des 10 pays étudiés, y compris en Corée du Sud et en Suède, ces deux Etats qui avaient mis en œuvre des restrictions moins strictes, conclut l’étude. Qui précise que, lorsque l’on retire du nombre de cas rapportés les effets des mesures peu restrictives, on n’observe aucun "effet bénéfique clair et significatif" des mesures strictes. Le même résultat aurait donc pu être obtenu avec un confinement moins strict, selon les chercheurs.

Une méthode biaisée ?

Plusieurs scientifiques ont mis en cause la méthode utilisée par l’étude de Stanford, principalement le fait d’avoir choisi la Suède et la Corée du Sud comme groupe de contrôle "à confinement moins strict". Ce choix ne tient pas compte des spécificités de ces pays.

En Corée du Sud par exemple, l’implication civique et une forte adhésion de la population aux mesures sanitaire ont joué un rôle-clé dans la réduction des courbes. Dans ce pays, s’il n’y a jamais eu de confinement strict généralisé à tout le territoire, les mesures concernant la quarantaine obligatoire, la façon très invasive dont les données des citoyens étaient utilisées et un certain nombre d’innovations technologiques font que la comparaison avec d’autres pays est peu pertinente. La fermeture des commerces a été imposée dans certains lieux et à certains moments.

En Suède, les tests ont été beaucoup moins nombreux que dans les autres pays, ce qui a eu pour conséquence un nombre plus petit de cas déclarés. Par ailleurs, il est difficile de comparer la Suède, qui a une faible densité de population, avec les autres pays de l’échantillon. Les chercheurs reconnaissent volontiers que les comparaisons entre pays sont difficiles si l’on doit se pencher sur les différences culturelles, les habitudes et les relations entre l’Etat et les citoyens. Mais ils ont choisi de limiter leur recherche aux pays pour lesquels suffisament de données étaient disponibles.

Les chercheurs s’intéressent également aux effets négatifs que peuvent avoir un confinement strict. Ils précisent ainsi qu’il est "possible" que l’obligation de rester chez soi ait pu faciliter la transmission du virus de personne à personne dans un endroit clos. Et, même s’ils disent que leurs données n’ont pas pu mettre en évidence des effets positifs d’un confinement strict, ils invitent à les mettre en balance avec les "nombreux maux" causés par des mesures restrictives. Ces "maux" ne sont pas précisés par les chercheurs.

L’étude publiée par l’université de Stanford ne permet pas de conclure qu’un confinement strict est inefficace, elle ne se penche que sur deux mesures précises (l’obligation de rester chez soi et la fermeture obligatoire des commerces), et seulement dans une dizaine de pays. De plus elle ne tient pas compte de la façon dont ces mesures ont été appliquées dans les pays, ni des spécificités et habitudes culturelles des citoyens de ces pays.

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