Coronavirus: toutes les réponses aux questions que vous vous posez sur le vaccin d’AstraZeneca

En Belgique, on continue à administrer le vaccin développé par le groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca, suivant ainsi les recommandations du Conseil supérieur de la Santé. De nombreux autres pays ont préféré suspendre son utilisation suite au signalement de possibles effets secondaires graves. À l’heure actuelle, rien ne prouve le lien entre la vaccination et ces effets secondaires. L’Agence Européenne des médicaments (EMA) rendra un rapport le 18 mars sur les cas rapportés, mais en attendant, elle recommande toujours l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. Alors de quoi parle-t-on exactement ? Tentons d’y voir plus clair.

Combien de doses ont été livrées en Belgique ?

En date du 14 mars 2021, nous avons reçu en Belgique 475.200 doses du vaccin d’AstraZeneca. C’est plus que le nombre de doses livrées par le laboratoire Moderna (158.400), mais beaucoup moins que les doses livrées pour le vaccin développé par Pfizer/BioNTech (1.099.605).

Combien de doses ont été administrées en Belgique ?

À la date du 16 mars 2021, 150.565 doses du vaccin d’AstraZeneca ont été administrées en Belgique. En comparaison, 58.610 doses du vaccin de Moderna ont été administrées contre 878.233 doses du vaccin de Pfizer/BioNtech.

Quels sont les "effets secondaires graves" suspectés et combien de personnes concernent-ils ?

À ce jour, sur 5 millions de personnes vaccinées avec une dose d’AstraZeneca dans l’espace économique européen, on dénombre une trentaine de cas de thromboses. Il s’agit de la formation de caillot sanguin dans le système veineux qui peut provoquer des phlébites, voire des embolies pulmonaires potentiellement mortelles. Dans certains cas, les patients présentaient également un nombre faible de plaquettes sanguines.

Chez nous, l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a précisé qu'à ce jour, six cas d'événements thromboemboliques et d'autres affections liées à des caillots sanguins ont été signalés en Belgique, après une injection du vaccin d'AstraZeneca.

Une trentaine de cas sur 5 millions de personnes, c’est très peu. Mais cela correspond surtout à des chiffres normaux dans une population non-vaccinée. Pour l’Agence européenne des médicaments, "le nombre d’évènements thromboemboliques chez les personnes vaccinées n’est pas supérieur à celui observé dans la population générale".

Pour être précis, on ne peut pas d’ailleurs pas encore parler d’effet secondaire, étant donné qu’il n’a pas été démontré que ces thromboses aient été causées par la vaccination. Des experts de l’Agence européenne des Médicaments sont en train d’analyser les données scientifiques et rendront leur rapport le jeudi 18 mars. En attendant, l’EMA encourage à poursuivre la vaccination avec AstraZeneca.

Les cas en Allemagne sont-ils plus inquiétants qu’ailleurs ?

L’Allemagne a également suspendu par précaution l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. Une décision qui aurait d’ailleurs précipité celle prise par son voisin français. En Allemagne, on a repéré 7 cas "liés à des thromboses de veines cérébrales" chez des personnes vaccinées sur plus de 1,6 million d’injections pratiquées dans le pays, a précisé le ministre de la santé Jens Spahn.

"Le risque est très faible", a souligné le ministre. "Mais si ces cas devaient être en lien avec la vaccination, il s’agirait d’un risque supérieur à la moyenne".

L’Allemagne attend donc les résultats de l’enquête scientifique menée par les experts de l’Agence européenne des Médicaments avant de reprendre la vaccination avec AstraZeneca.

Quels sont les chiffres au Royaume-Uni, où le vaccin a été massivement administré ?

Au Royaume-Uni, où le vaccin d’AstraZeneca a été développé par l'Université d'Oxford, il a aussi été massivement administré à la population. Actuellement, 9,7 millions de Britanniques ont été vaccinés par AstraZeneca et l’agence du médicament du Royaume-Uni dénombre 35 cas de caillots sanguins rapportés sur son territoire. Un chiffre qui, selon l’agence, n’est pas plus élevé que celui dans la population normale.

Lors des essais cliniques du vaccin, on a dénombré quelques thromboses, mais leur nombre n’était pas plus élevé auprès des candidats vaccinés qu’auprès des candidats qui avaient reçu un placebo. Il était même le double (8) dans le groupe contrôle n'ayant pas reçu le vaccin AstraZeneca, sur plus de 20.000 participants. 

Des cas de thromboses après d’autres vaccins ?

Le vaccin développé par Pfizer/BioNTech continue à être administré dans de nombreux pays. Pas d’interruption le concernant, pourtant, dans son rapport rendu début de semaine chez nous, le Conseil supérieur de la Santé précise qu’une "suspension même provisoire de cette vaccination (avec AstraZeneca, ndlr) ne pourrait qu’avoir des effets néfastes sur la vaccination Covid-19 en général, les phénomènes thromboemboliques post-vaccinaux étant présents dans le même ordre de fréquence qu’avec le vaccin Pfizer selon les informations actuellement disponibles."

Ici non plus, aucun lien de cause à effet n’a pu être démontré entre l’administration du vaccin et la thrombose. Il s’agit plus que vraisemblablement de caillots sanguins qui se sont développés "naturellement", comme cela arrive à plusieurs personnes chaque année, sans avoir été vaccinées.

Y a-t-il un lien de cause à effet entre la vaccination et une thrombose ?

C’est précisément ce que l’Agence européenne des Médicaments doit déterminer d’ici jeudi, mais il est très peu probable que ce soit le cas. Une étude néerlandaise tend d’ailleurs à montrer qu’il n’y a aucun lien entre les caillots de sang et le vaccin AstraZeneca.

Chez nous, plusieurs experts se disent aussi très sceptiques. "Par quel mécanisme ce vaccin pourrait-il susciter des thromboses ?", s’interroge Cédric Hermans, chef du service d'hématologie aux cliniques universitaires Saint-Luc. C’est difficile à comprendre et c’est un peu ce qui nous rassure, surtout quand on voit que ces thromboses sont survenues chez des personnes qui étaient sous pilule contraceptive ou qui avaient déjà des antécédents de thromboses. Il est très difficile dès lors d’impliquer le rôle du vaccin dans ce type de scénario".

La pilule contraceptive est-elle plus susceptible de provoquer des thromboses ?

De nombreux médecins le rappellent : la thrombose est un phénomène imprévisible et relativement répandu. D’après Luc Herry, vice-président de l’Absym (Association Belge des Syndicats Médicaux) et responsable d’un centre de vaccination, on compte environ 500.000 thromboses par an en Europe. Les principaux facteurs de risque sont l’hypertension ou encore… la pilule contraceptive.

"La pilule favorise la thrombose, affirme Luc Herry. Et la pilule plus le tabac, on multiplie les facteurs de risques par 10. Si on est une femme et qu’on fume, on a un risque de thrombose qui est bien plus élevé que de se faire vacciner, d’autant qu’il n’y a pas de lien de corrélation entre le vaccin et la thrombose".

Si on est sujet à la thrombose, faut-il se faire vacciner ?

Cédric Hermans, chef du service d'hématologie aux cliniques universitaires Saint-Luc, est très clair sur ce point : "Tous les experts dans le domaine de la thrombose et de la coagulation se sont mis d’accord la semaine dernière et ont émis des recommandations très claires qui nous incitent à continuer à recommander la vaccination dont les bénéfices l’emportent très largement sur ces risques très hypothétiques et extrêmement limités de thrombose", précise-t-il.

Et si vous avez déjà fait une thrombose et risquez d’en faire à nouveau, il serait d’autant plus important de vous faire vacciner. "Justement, pour ces personnes-là, il y a tout intérêt à ne pas contracter le virus et à ne pas développer de COVID sévère, c’est certainement un argument de plus pour se faire vacciner", insiste Cédric Hermans.

Les bénéfices sont-ils plus importants que les risques ?

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé, pour l’Agence européenne des Médicaments, même en attente du rapport des experts, pour le Conseil supérieur de la Santé en Belgique, la réponse est unanime : oui.

Pour Luc Herry, vice-président de l’Absym, la décision de la Belgique de ne pas interrompre la vaccination avec AstraZeneca est salutaire. "Nos ministres ont été courageux et ils ont été responsables. Je les félicite. La vaccination, c’est notre seule porte de sortie de cette épidémie, il n’y en a pas d’autre", insiste le médecin.

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