Coronavirus: "Toutes ces mesures sont des perturbations à la vie normale, il faut avoir une proportionnalité"

L’émission "CQFD" ce lundi soir sur La Première était en mode "spéciale Coronavirus", mardi soir, afin de répondre à toutes les questions que se posent les citoyens sur la maladie. Plusieurs invités en plateau, en radio et en télé. Et une question posée à Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB. Pourquoi des taux de mortalité différents en fonction des pays : aucun décès Belgique sur plus de 260 cas, 10.000 cas en Italie et plus de 600 décès.

"En Italie, je pense qu’il y a trois éléments qui se superposent", a développé Marius Gilbert ce mardi soir. "Le premier, c’est lié à la saturation des systèmes de soins, donc la structuration des structures hospitalières au niveau des foyers les plus importants, qui se trouvent en Lombardie. Les témoignages abondent de situations assez dramatiques où des médecins sont amenés à faire des choix extrêmement sensibles. On se retrouve dans une situation un peu extrême, assez analogue à celle qu’on avait retrouvée à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, au tout début. Et justement, dans cette ville de Wuhan, le taux de décès observé dans cette ville-là était légèrement supérieur à 4%, donc on se rapproche de celui d’Italie. Ça, c’est le premier facteur, c’est cette saturation. Le deuxième facteur, c’est qu’il est vraisemblable qu’il y ait un grand nombre de cas qui ne soient simplement pas détectés et qui constituent le dénominateur par lequel on va diviser le nombre de cas fatals. Ce dénominateur est donc susceptible de diminuer le taux de décès. Lorsqu’on a un système de surveillance qui est vraiment sur la balle, qui domine la situation, on peut avoir une idée assez complète de ce dénominateur. Visiblement, l’Italie court un peu derrière son épidémie depuis le début et il est vraisemblable que ce dénominateur soit plus grand que le nombre de cas recensés."

On peut probablement admettre plus de patients dans un état modéré, mais quant aux patients les plus graves…

Emmanuel Bottieau, de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, soigne en ce moment des patients atteints du coronavirus. La situation en Belgique a changé ces derniers jours, malgré un nombre de nouveaux cas mois élevé. "On collabore avec l’hôpital universitaire d’Anvers et c’est vrai que depuis un jour ou deux, on a davantage de patients qui sont admis. Donc, on peut probablement admettre plus de patients dans un état modéré, mais quant aux patients les plus graves, on peut en effet très vite être à une certaine saturation", explique Emmanuel Bottieau au sujet de la manière dont les soins intensifs des hôpitaux peuvent absorber les admissions. "Si le nombre de cas augmente, forcément le nombre de cas sévères augmente également, et donc on aura en effet besoin de davantage de lits à un moment donné."

La Belgique a pris mesures. Mardi après-midi, l’Etat fédéral, les Régions et les Communautés ont recommandé la fin des rassemblements fermés de plus de 1000 personnes, la fin des sorties scolaires… Des mesures utiles ? "On ne peut pas dire du point de vue scientifique que ça ne servirait à rien, non", avance Marius Gilbert. "Prendre des mesures plus drastiques aurait un effet plus fort, mais il serait sans doute disproportionné par rapport à la situation. L’importance est la proportionnalité des mesures par rapport à la situation. Parce qu’il faut bien se rendre compte que toutes ces mesures sont des perturbations à la vie normale de nos sociétés, donc il faut avoir une proportionnalité et il faut rester attentif et extrêmement réactif au cas où ces mesures s’avéreraient insuffisantes pour infléchir cette tendance épidémique. Je pense donc que commencer par un certain nombre de dispositifs est important, mais qu’il faut maintenir cette réactivité."

Des spots avec des personnalités connues

Sensibiliser, informer… Le personnel politique tente de rassurer la population au travers des moyens de communication traditionnels et plus récents comme les réseaux sociaux. "Toutes les écoles ont des affiches, tous les hôpitaux et toutes les maisons de repos aussi", a expliqué Maggie De Block (Open VLD), ministre fédérale de la Santé, également invitée dans ce CQFD. "Moi j’ai écrit à la VRT, mais aussi à la RTBF, et là ils ont des spots qui ont été faits par des Flamands connus, et on va aussi le faire côté francophone. Cela va arriver. J’ai demandé de le faire pour sensibiliser les gens et j’ai aussi fait un petit film pour Facebook, pour les enfants. Mais pour les gens qui sont âgés et qui ne sont pas sur les réseaux sociaux, j’ai pensé : 'Quand on est plus âgé, qu’est-ce qu’on fait' On voit la télévision."

L’économie ralentit, les bourses plongent. Mais la Belgique, l’Europe, le monde va-t-il faire face à nouvelle crise économique d’une ampleur de celle de 2008 ? L’économiste Etienne de Callataÿ ne le pense pas, pour plusieurs raisons. "Je pense que ce qu’on risque de connaître, c’est un phénomène plus violent parce qu’il y a des activités économiques qui sont interrompues, ce qu’on n’a pas eu à proprement parler en 2008. Mais en même temps, c’est un phénomène qui a toutes les chances d’être temporaire. On ne détruit pas de la capacité de production. Avec la grande crise financière, c’était instiller le mal de la méfiance et c’était l’ensemble du système sanguin qu’est le système financier qui s’est mis à ne plus tourner comme il devait. Aujourd’hui, c’est très différent. Une bonne partie de ce que nous ne consommons pas parce que nous n’allons pas au restaurant ou ailleurs, nous allons le consommer autrement ou plus tard. Mais ce n’est pas de l’argent qui va s’évanouir. Certaines entreprises, certains secteurs - le tourisme, etc. – vont certainement être affectés, mais ce n’est pas de nature à altérer la capacité productive de nos économies."

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