Coronavirus : selon une étude de l’UCLouvain, une personne sur deux renonce à se soigner

Si la tant redoutée deuxième vague du coronavirus semble pouvoir être évitée un peu partout en Europe, c’est une autre deuxième vague qui pourrait toucher les hôpitaux belges dans les mois à venir. Celle-ci concernerait les milliers de rendez-vous médicaux annulés pendant la crise sanitaire du covid-19. Cette inquiétude, une médecin cheffe de clinique liégeoise l’avait exprimée au mois d’avril. Début mai, l’UCLouvain lançait une étude sur les annulations et reports de soins dus au coronavirus. Aujourd’hui, les premiers résultats sont disponibles. Et ils sont préoccupants.

Selon l’enquête dirigée par la professeure d’économie de la santé de l’UCLouvain Sandy Tubeuf, une personne sur deux affirme avoir renoncé, pendant la pandémie, à des soins délivrés par des spécialistes, pour des rendez-vous datant d’avant le confinement. Parmi ces rendez-vous manqués, il y a des soins dentaires (38,7%), des soins paramédicaux de type kinésithérapie, logopédie, pédicure (33,6%) et des visites aux médecins généralistes (19%). Près de 9 personnes sur 10 ont renoncé à un examen médical (test de dépistage, imagerie médicale, prise de sang). Les rendez-vous ont été annulés, les cabinets médicaux se fermant pendant la phase aiguë de la crise sanitaire. Mais selon l’étude de l’UCL, 10% des sondés ont renoncé par peur d’attraper le coronavirus, un chiffre "énorme" pour l’auteure de l’étude.

Il n’y a pas que les rendez-vous pris avant la crise qui sont concernés : quasi 4 sondés sur 10 (38,6%) se sont abstenus de consulter un professionnel malgré l’apparition d’un nouveau problème de santé. Un comportement interpellant pour Sandy Tubeuf, qui propose un début d’explication : "Il y a eu une réflexion individuelle : soit la condition médicale était jugée sévère, soit on pouvait estimer que ça passerait tout seul, soit c’était direction l’hôpital. Les gens ont, en fait, réajusté leurs besoins de soins. La situation sanitaire nous force à regarder note besoin de soins de façon différente. Tous les travaux qui ont été faits sur le renoncement, précédemment, s’intéressaient aux raisons financières du renoncement, ‘serais-je capable ou pas de payer’. Ici, avant même de se poser la question financière, on se posait la question ‘devrais-je y aller ou pas ?’"

"Deuxième vague"

Ce renoncement aux soins de santé pendant la pandémie risque d’avoir des conséquences : "On s’est concentré pour soigner des gens qui avaient un besoin pressant et qu’il fallait sauver. Mais d’autres personnes qui avaient un besoin régulier de soins n’ont pas pu être satisfaites. Et ça a détérioré leur état de santé. Et alors même qu’on a vécu une première vague liée au coronavirus, il est possible qu’on ait une seconde vague dans notre système de soins qui va être lié à tous ces problèmes de santé chroniques qui n’ont pas été géré à temps et qui se sont accrus. Des tas de rendez-vous n’ont pas eu lieu, et pour les mois à venir il y a déjà d’autres rendez-vous qui sont pris. Si on essaie d’honorer les rendez-vous pris et d’ajouter les rendez-vous manqués, je pense qu’on va peut-être faire face, globalement, à une réduction de la bonne santé en Belgique, au cours de cette année et pour les 18 prochains mois."

Appréhension pour l’avenir

Autres chiffres marquants : en cas de souci de santé dans les semaines à venir, il n’y a que 34,8% des sondés qui annoncent vouloir consulter un médecin. Quasi une personne sur deux (48,9%) n’irait voir un docteur que si le problème de santé est jugé "sévère". 10% ne consulteraient que par téléphone et le reste (6,2%) s’abstiendrait du moindre contact. "Ces chiffres vont-ils diminuer maintenant que nous sommes dans une phase de déconfinement ?" demande Sandy Tubeuf. Selon la chercheuse, parmi les raisons qui expliquent le recours moins importants aux pros de la santé, il y a la crainte d’être infecté par le coronavirus mais aussi un certain "altruisme" : "Les gens continuent de se dire ‘qu’il y a peut-être quelqu’un avec des problèmes de santé plus importants que les miens’. Il y a des comportements altruistes mais qui peuvent être assez délétères au final."

Et quid du reste de la population ?

Près de 2000 personnes ont répondu aux questions de l’UCL. L’échantillon est majoritairement féminin (74,2%) et très éduqué (80,3% des répondants ont un diplômé de l’enseignement supérieur). Il y a tout lieu de penser que pour le reste de la population, la situation est plus critique : "Le renoncement aux soins est déjà plus présent dans les parties de la population les moins éduquées. Ce qui signifie que les résultats de l’étude donneraient plutôt une borne inférieure de cet état des lieux assez dramatique" conclut Sandy Tuboeuf. Il est toujours possible de participer à l’enquête. Elle est disponible, jusqu’à la fin du mois de juin, ici.

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