Coronavirus : confusion de l'OMS à propos de la contagiosité des personnes asymptomatiques

Coronavirus : sans symptômes, la contamination est rare, selon l'OMS. Faut-il le croire ?
Coronavirus : sans symptômes, la contamination est rare, selon l'OMS. Faut-il le croire ? - © THIERRY ROGE - BELGA

L’Organisation mondiale de la Santé a fait une déclaration à contre-courant, ce lundi, qui a provoqué un grand émoi. Lors d’une conférence de presse, à Genève, Maria Van Kerkhove, la responsable technique de l’OMS pour la réponse aux coronavirus et cheffe de l’unité des maladies émergentes et des zoonoses, a déclaré que la propagation du Covid-19 par une personne qui ne présente pas de symptômes semblait rare : "D’après les données dont nous disposons, il semble toujours rare qu’une personne asymptomatique transmette effectivement à un individu secondaire", a-t-elle déclaré.

Elle a fait référence à un certain nombre de rapports de pays qui effectuent un suivi des contacts "très détaillé": "Ils suivent des cas asymptomatiques, ils suivent des contacts et ils ne trouvent pas de transmission secondaire. C’est très rare – et une grande partie de cela n’est pas publiée dans la littérature".

 

A quel saint se vouer ?

Cette déclaration de l'OMS peut surprendre, alors que la transmission par les porteurs sains est un élément répété durant des mois d'épidémie. Il y a à peine 8 jours, Time relatait justement le contraire. Comme le fait remarquer la newsletter "Covering COVID-19" à destination des journalistes, une étude du 3 juin publiée dans les Annales de Médecine interne concluait que 40 à 45 % des personnes infectées par le SARS-COV 2 pouvaient rester asymptomatiques. 

De même, une publication récente du New England Journal of Medecine affirmait qu'il était "clair" que des personnes sans symptômes pouvaient transmettre le virus. 

Gilbert Deray, spécialiste, médecin à l'hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, estime qu'il n'est pas possible d'affirmer scientifiquement que les porteurs sans symptômes de SARS-COV-2 contaminent peu les autres. 

 

L'OMS s'est rendue compte du grand émoi autour de sa déclaration. Au lendemain de sa conférence de presse, l'organisation a tenu un nouveau point en direct. Elle est revenue sur la différence entre "pré-symptomatique" (çad avant de développer des symptômes) et asymptomatique (sans symptômes). A propos des termes "très rares", utilisés la veille pour parler de la contagion par des personnes asymptomatiques, il fallait, d'après les intervenants, comprendre qu'ils se référaient à une petite série de données non soumises à révision. Une explication aux allures de rétropédalage. 

Asymptomatiques : combien de temps sont-ils contagieux ? (JT du 13/04/2020)

Un rétropédalage d’autant plus manifeste puisque l’Organisation mondiale de la santé a parlé ce mardi le "malentendu" à propos des asymptomatiques. Selon l’épidémiologiste Van Kerkhove elle-même, les études sur les patients dits asymptomatiques (personnes qui ne sont pas tombées malades) sont très limitées et les résultats diffèrent, raison pour laquelle ce "malentendu" se serait produit. Il semble en effet que ces patients asymptomatiques transmettent moins le virus que ceux qui tombent malades. L’explication résiderait dans le fait que le virus augmente dans le corps juste avant de tomber malade., ce qui rendrait les personnes très contagieuses deux à trois jours avant l’apparition des symptômes.

 

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