Coronavirus : quelle protection après la première dose de vaccin? Il faut être prudent

A quel point sommes-nous protégés après une première dose de vaccin?
A quel point sommes-nous protégés après une première dose de vaccin? - © JOSEPH PREZIOSO - AFP

Un quart de la population belge a reçu sa première dose de vaccin contre le Covid-19, selon les derniers chiffres de Sciensano. Dans l’attente d’une seconde dose (pour l’instant injectée à 6,7% de la population), à quel point est-on protégé contre le virus ? Il faut se montrer (très) prudent.

Au moins deux semaines avant de fabriquer des anticorps

Première chose : les vaccins ne sont pas instantanément efficaces et cela est dû à la façon dont ils fonctionnent. Rappelons-le : le vaccin introduit dans le corps une partie modifiée de microbe (virus ou bactérie). Il n'est pas capable de causer la maladie, mais il va permettre à notre système immunitaire d’identifier le virus/ bactérie et de produire des anticorps. De cette façon, notre organisme se retrouve mieux armé s’il doit s’attaquer un jour le véritable virus/bactérie.

Ce processus prend un certain temps et l’organisme n’est pas directement protégé. Après une première dose, "il n’y a aucune protection avant un minimum de deux semaines. C'est la durée avant de commencer à fabriquer des anticorps", souligne Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l’institut de Duve à l’UCLouvain. "Et c’est le cas pour tous les vaccins", ajoute-t-elle.

Aucune protection avant deux semaines donc. C'est pourquoi, en février, les spécialistes n'ont pas été surpris d'apprendre que 18 résidents d’une maison de repos avaient été testés positifs au Covid-19 dix jours après avoir reçu leur première dose.

Et après ces deux semaines ?

Ensuite, deux semaines après la première dose, "on va commencer à avoir des anticorps, dont la concentration monte progressivement. La protection, qui vient avec ces anticorps, ne va alors faire qu’augmenter", précise Sophie Lucas. Mais l’immunologiste le souligne : cette protection se fait petit à petit et elle est loin d’être optimale. A ce moment-là, continue-t-elle, "on ne peut pas considérer qu’on est protégé contre la maladie. Ce serait dangereux et contreproductif".

L’immunologiste insiste : il faut attendre la deuxième dose. Et ce n’est "que deux semaines après cette deuxième dose qu’on sera correctement protégé", dit-elle.

En résumé donc : 2 semaines après la première dose, la protection commence petit à petit. 2 semaines après la 2e dose, la protection est optimale et atteint les taux de protection annoncés par Pfizer/Moderna/AstraZeneca.

Quand modifier son comportement ?

Pour beaucoup, l’enjeu est évidemment de savoir quand ils vont pouvoir se comporter comme avant. Selon Sophie Lucas, c’est seulement à partir des deux doses, "qu'on peut commencer à réfléchir à modifier les comportements, comme le fait d’enlever le masque". Mais ça, ajoute-t-elle, "à condition que tout le monde soit vacciné dans le groupe".

Elle insiste : "Penser qu’on est protégé et non-contagieux après la première dose du vaccin et  - de ce fait - recommencer à se comporter comme avant, ce n’est pas une attitude raisonnable. Ce n’est pas soutenu par nos connaissances et nos observations."

Et si on a déjà fait le Covid ?

Selon certaines données, les personnes qui ont déjà contracté le Covid pourraient être protégées avec une simple dose contre le virus. Et ce, grâce aux anticorps produits lorsqu’elles ont contracté la maladie. Mais, selon Sophie Lucas, il faut rester prudent.

C’est vrai, dit-elle, on peut considérer qu’avec une simple dose, "elles ont probablement autant d’anticorps neutralisants qu’une personne dite naïve, c’est-à-dire qui n’a jamais fait le Covid et qui a reçu ses deux doses". Mais ce n’est pas une vérité absolue. "Ça dépend du temps qui s’est écoulé depuis qu’elle a fait le Covid et de l'ampleur de sa réponse immunitaire", souligne l’immunologiste.


A lire aussi : Combien de personnes vaccinées contre le Covid-19 dans votre commune ? Voici les chiffres (cartes interactives)


"L’ampleur de la réponse immunitaire au Covid est extrêmement variable d’une personne à l’autre. La création d'anticorps semble être plus faible lorsqu’on fait une forme moins symptomatique, un 'petit Covid'. Il faut donc se méfier", explique-t-elle. 

"Quand on fait une bonne réponse anticorps à une infection Covid, celle-ci persiste au moins 6 à 12 mois. Mais c’est une réponse moyenne. Une personne ne peut pas prédire toute seule combien de temps perdura sa réponse anticorps. Tirer des conclusions générales de son expérience personnelle est inapproprié et dangereux," conclut l’immunologiste.

De leur côté, les autorités belges avaient réfléchi au fait de n'administrer qu’une seule dose aux personnes qui avaient déjà contracté le Covid. Mais elles ont finalement opté pour la double dose pour tout le monde, à cause de l'émergence des variants.

Protégés, mais contagieux ?

Le vaccin contre le Covid offre une protection contre le risque d’infection et de maladie symptomatique. C’est-à-dire qu’il "protège très très bien contre toutes les formes symptomatiques de la maladie. Surtout contre les formes sévères, les hospitalisations et la mort", explique Sophie Lucas.

Actuellement, "on ne sait pas encore à quel point il protège contre les formes asymptomatiques mais contagieuses. Néanmoins, on pense qu’il protège aussi contre ces formes indétectables", ajoute-t-elle.

Ici aussi, il faut se montrer prudent car "on ne peut pas considérer ne plus être contagieux après une première dose de vaccin", insiste-t-elle encore.

Quelle durée de protection ?

Le patron de Pfizer a récemment déclaré qu’une troisième dose du vaccin serait probablement nécessaire. Cela amène la question : combien de temps le vaccin est-il effectivement efficace ? "C’est ce qu’on est en train d’examiner", répond l’immunologiste, "beaucoup de vaccins nécessitent des rappels, ça n’a rien d’exceptionnel."


A lire aussi : Les réponses de la Task force vaccination à ceux qui craignent les vaccins anti-coronavirus


L’émergence des variants est aussi une nouvelle variable. "On sait que certains variants résistent partiellement aux réponses immunitaires induites par le vaccin. Contre cela, le mieux est de renforcer la protection, de s’assurer que les anticorps dans la population restent à un niveau très important", explique Sophie Lucas, qui conclut : "Face aux variants actuels et futurs, il est raisonnable de penser que les rappels seront sans doute nécessaires."

 

Vaccin: stratégie revue (JT 24/04/2021)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK