Coronavirus : quel est l’impact du télétravail sur la baisse des contaminations ? Une étude française l’a quantifié

A quelques jours de la première rentrée avec une population largement vaccinée contre le Covid-19, quelle organisation de la société se révèle la plus efficace pour continuer à contrôler l’épidémie ? Une étude menée par plusieurs chercheurs en France, publiée ce jeudi sur le site PLOS, apporte des pistes de réflexion. Elle s’est intéressée à la transmission du virus au sein des écoles ou sur les lieux de travail, en utilisant des modèles mathématiques. Ses conclusions devraient éclairer nos décideurs sur les stratégies à mettre en place pour éviter les clusters.

Rotation ou alternance

Plusieurs chercheurs en France ont cherché à comprendre ce qui se passe au début de l’épidémie, comment et à quelle vitesse le virus se transmet. Ils voulaient aussi connaître la meilleure stratégie pour limiter les contaminations dans une communauté, en sachant que le télétravail total donne le meilleur résultat et le présentiel total le moins bon.

D’autres stratégies existent entre ces extrêmes. Les chercheurs du CNRS France en ont étudié deux grandes. La première, la rotation, consiste à diviser le groupe en deux et ces deux groupes alternent soit un jour sur deux à l’école ou au travail, soit une semaine sur deux. Il y a toujours, autrement dit, quelqu’un à l’école ou sur le lieu de travail. Dans la deuxième stratégie, l’alternance ou on/off, le groupe est soit sur place à 100%, soit en télétravail à 100%. Il alterne un jour sur deux, voire une semaine sur deux. Il y a donc des périodes avec personne à l’école ou sur le lieu de travail.

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Source : Mauras S, et al, PLOS Computational Biology, CC BY 4.0 © Jeremy Dehertogh – RTBF

Trois communautés étudiées

Les chercheurs du CNRS ont complété leurs recherches en utilisant les données relatives à trois communautés, collectées par le projet Sociopatterns (http://www.sociopatterns.org), soit un groupe de 242 enfants d’une école primaire, un groupe de 329 élèves répartis en 9 classes dans une école secondaire et un dernier groupe de 232 salariés travaillant sur un même lieu de travail.

Sociopatterns avait équipé tous les participants de capteurs pendant plusieurs jours. Quand les individus se trouvaient à moins d’un mètre cinquante l’un de l’autre, le capteur enregistrait un contact. A la fin de l’expérience, un graphique de contacts des communautés étudiées a ainsi été réalisé.


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"Ces données existaient déjà là avant notre travail pour les trois groupes (école primaire, école secondaire, lieu de travail, ndlr). Nous avons ensuite intégré les paramètres épidémiologiques du Covid-19 à ces données", explique la directrice de recherches au CNRS à l’Université de Paris, Claire Mathieu.

Un porteur du virus a ainsi été introduit dans le groupe et les scientifiques ont observé ce qui se passait au début de l’épidémie, avec trois points d’attention particuliers : la probabilité qu’un cluster apparaisse, le moment où le cluster apparaît et le nombre final de personnes infectées au sein de la communauté.

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Source : Mauras S, et al, PLOS Computational Biology, CC BY 4.0 © Jeremy Dehertogh – RTBF

Des stratégies efficaces, surtout la rotation des élèves

"La première conclusion que nous pouvons tirer", analyse la directrice de recherches Claire Mathieu, "c’est que les quatre stratégies sont efficaces quand le virus n’est pas trop contagieux, autrement dit quand le taux de propagation local du virus est proche de 1,25 [une personne contaminera en moyenne 1,25 individu au sein de la communauté étudiée, ndlr]. C’est vrai quand ce taux est de 1,1 ou 1,3 mais ce n’est plus le cas s’il est de 2".

Si l’on veut être efficace pour contenir le Covid-19, il faut donc agir vite et le télétravail (ou le travail en distanciel) apparaît comme un outil efficace. "L’intuition est qu’en divisant le nombre de contacts par deux, le nombre d’infections sera lui aussi réduit. Notre étude quantifie cette intuition, en considérant d’autres effets comme le fait qu’une alternance hebdomadaire augmente la probabilité qu’une personne soit en télétravail lors de sa période infectieuse", commente Simon Mauras, coauteur de l’étude et doctorant à l’Université de Paris.


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Il ressort également, quelle que soit la communauté étudiée, que certaines stratégies sont plus efficaces que d’autres. Ainsi, la rotation est plus efficace que l’alternance (on/off). L’organisation hebdomadaire est par ailleurs plus efficace que l’organisation quotidienne mais la différence est minime. "La différence est tellement peu importante que ce n’est pas l’efficacité de la lutte contre le Covid-19 qui sera déterminante pour choisir la stratégie mais plutôt des considérations pratiques", selon la scientifique Claire Mathieu.

Le rôle des asymptomatiques

Enfin l’étude montre que les personnes contaminées par le Covid-19 mais ne présentant aucun symptôme, les asymptomatiques, contribuent de manière significative à la transmission du virus et au développement de l’épidémie. Dans le schéma relatif aux chaînes de transmission ci-dessus, chaque point est une personne et chaque flèche indique une contamination. Les flèches rouges constituent les contaminations dues aux personnes symptomatiques et les bleues aux asymptomatiques.

En regardant le graphique, le rôle que jouent les asymptomatiques dans la transmission du virus est considérable et saute aux yeux. Un rôle logique puisque la personne asymptomatique, ignorant être porteuse du virus, ne s’isole pas. L’étude indique que c’est vrai même si la charge virale d’un malade asymptomatique est moins importante que celle d’un malade symptomatique.

Et le variant Delta ?

L’étude menée par les chercheurs en France est aussi intéressante parce que l’on peut extrapoler ses conclusions à d’autres groupes de la société. "Nous avons essayé de trouver les propriétés communes aux trois groupes (élèves en école primaire, élèves en école secondaire et salariés sur leur lieu de travail) alors que ce sont des groupes assez différents. On peut supposer que ces conclusions s’appliquent aussi à d’autres groupes", commente Claire Mathieu.


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Bref, elle constitue un outil non-thérapeutique intéressant quand un directeur d’école, un chef d’entreprise voire un décideur public devra prendre des mesures pour prévenir ou contenir un cluster. Un outil parmi d’autres alors que la rentrée se profile et que certains experts, comme le microbiologiste Emmanuel André sur Twitter, avance que "Durant les semaines qui viennent, le nombre d’infections va recommencer à monter et des classes d’école vont de nouveau devoir fermer. Et ce bien plus souvent à Bruxelles qu’ailleurs, car une couverture vaccinale plus faible freine de façon moins efficace la propagation du virus".

Le seul bémol est que les chercheurs n’ont pas spécifiquement analysé la propagation du Covid-19 en tenant compte du variant Delta puisque l’étude avait débuté avant son apparition. "Ça ne nous inquiète pas parce que nous avons fait varier tous les paramètres", explique la directrice de recherches au CNRS à l’Université de Paris, Claire Mathieu. "L’apparition du variant Delta ne change pas nos conclusions qualitatives qui sont robustes. Notre méthodologie donne une portée générale à nos conclusions".

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JT du 11/05/2021

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