Coronavirus : pourquoi le TEC et De Lijn mettent une bâche pour isoler le chauffeur de bus et pas la Stib ?

La bâche ou le plexi empêche toute possibilité que des micros-gouttelettes atteignent le chauffeur", extime Yves Coppieters.
La bâche ou le plexi empêche toute possibilité que des micros-gouttelettes atteignent le chauffeur", extime Yves Coppieters. - © RTBF

Si vous voyagez en bus sur le réseau TEC ou De Lijn, vous l’avez déjà certainement vue : cette bâche qui isole le poste de conduite du compartiment voyageurs. Une mesure supplémentaire jugée utile pour ces opérateurs de transport public.

Pourtant, à Bruxelles, la Stib n’est pas de cet avis, malgré la demande insistante des chauffeurs de bus et d’anciens trams. Même les 1300 chauffeurs qui ont utilisé leur droit de retrait pour obtenir gain cause ont dû se résigner. À la place, une chaîne avec un panneau d’interdiction a été posée après la première rangée de chaises.

Nous avons tenté de comprendre pourquoi.

Un système difficile à mettre en place ?

Une bâche comme celle placée dans les bus TEC et De Lijn ne semble pourtant pas difficile à installer. C’est du moins ce qu’a tenté de prouver à ses collègues et à la direction un chauffeur de bus de la Stib en plaçant une tout seul. Mais il s’est fait réprimander comme nous l’explique ce chauffeur qui a préféré garder l’anonymat : "Il avait acheté le matériel lui-même, il a mis ça en place lui-même. Cela lui a pris 20 minutes. Il est sorti avec son bus du dépôt et un peu plus tard, sur le réseau, un inspecteur réseau l’a interpellé et a exigé qu’il l’enlève. A ce moment-là, il lui a dit : 'Soit je la laisse soit je rentre parce que si je l’enlève, je ne me sens plus en sécurité'. Et c’est ce qu’il a fait […], il est rentré au dépôt ".

D’après de nombreux témoignages que nous avons récoltés, ces chauffeurs ne comprennent cette décision. Et s’ils ont tenté de demander des explications à leur hiérarchie, les réponses sont restées vagues, voire inexistantes.


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D’autres affirment avoir eu des pressions (ce que dément la Stib). D’ailleurs, rares sont ceux qui acceptent de parler face caméra, par peur de représailles.

En attendant, une majorité d’entre eux estime aujourd’hui être les dindons de la farce : "Pendant le confinement, on roulait, c’était bien : 'Ah les gens de la Stib, ils sont là, ce sont des héros'. Le lendemain, puisqu’on demande de la sécurité, qui n’est pas que pour nous mais aussi pour les voyageurs, on est devenus des fainéants. Donc c’est triste en fait. On va travailler mais avec la boule au ventre", explique cet autre chauffeur.

Une configuration des véhicules de la Stib différents ?

Mais à la Stib, on affirme que cette décision a été prise après analyse de risques : "Cette analyse de risques démontre que les mesures complémentaires que nous avons prises sont des mesures qui sont suffisantes et ne nécessitent pas un ajout de plexiglas. Lorsque l’on voit l’isolation du poste de conduite du bus, la vitre monte très haut, presque jusqu’au plafond et elle est largement supérieure à ces plaques de plexiglas que l’on peut rencontrer dans les grandes surfaces, notamment, ou dans d’autres commerces", déclare, Françoise Ledune, porte-parole de la Stib. Alors que dans les bus De Lijn et du TEC, les postes de conduite sont davantage ouverts, ajoute-t-elle.

Une barrière supplémentaire

Pourtant, pour Yves Coppieters, professeur de Santé Publique à l’ULB, une protection supplémentaire n’est pas inutile pour ces travailleurs à risque : "C’est-à-dire que l’on empêche toute possibilité que des micros gouttelettes atteignent le chauffeur. Je pense que c’est intéressant. Surtout dans un bus où il y a quand même beaucoup de gens qui circulent, il y a potentiellement des gens qui toussent. Il y a aussi des aérations un peu dans tous les sens. Donc à mon avis, c’est un principe de précaution intéressant pour ces travailleurs".

Protéger au maximum ses travailleurs. C’est d’ailleurs l’objectif de la direction du TEC en prenant exemple sur De Lijn : "C’est une barrière naturelle supplémentaire. Quand vous avez un masque, c’est une barrière supplémentaire de protection", explique Stéphane Thiery, porte-parole du TEC.

Et d’ajouter : "Si nos conducteurs tombent malades, et ils transporteront de plus en plus de monde dans les prochains jours… Le transport en commun se dégrade s’ils tombent malades".

Taux d’absentéisme de 18%

Cette mesure pourrait donc faire baisser le taux d’absentéisme à la Stib. Un taux qui se situe aujourd’hui aux alentours des 18%, contre 8% habituellement selon Françoise Ledune.

Autrement dit, c’est une manière pour l’employeur de préserver ses chauffeurs de la charge psychosociale, puisqu’il s’agit ici aussi de pouvoir rassurer le personnel.

Un personnel déjà bouleversé par le décès récent d’un de leurs collègues du COVID-19.

Précisons que plus de 200 chauffeurs à ce jour ont décidé de mandater un cabinet d’avocats pour les représenter. De nouvelles actions dans les transports en commun bruxellois ne sont pas à exclure.

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