Coronavirus : pourquoi la Belgique compte-t-elle le plus de morts par habitant au monde ?

On a dépassé hier les 20.000 morts du Covid en Belgique, comment expliquer que notre pays soit parmi les plus sévèrement touchés ? Quelle responsabilité politique dans la gestion cette crise ? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités : Marius Gilbert, responsable du Laboratoire d’Epidémiologie spatiale de l’ULB, et Bertrand Henne, journaliste RTBF.

Une multitude de facteurs qui se conjuguent

Depuis le début de l’épidémie, 20.078 personnes sont mortes du Covid en Belgique, dont 8705 en maison de repos. Une mortalité qui a valu à notre pays d’être taxé de pire élève d’Europe et même du monde. Marius Gilbert l’attribue tout d’abord à deux vagues épidémiques qui ont présenté une transmission très importante. "Ensuite, on a toute une série de facteurs qui se conjuguent", explique l’épidémiologiste.

"Le premier c’est la densité de population : les zones fortement peuplées, fortement urbaines, ont été fortement touchées. Deuxièmement, on est un pays à la charnière entre différents pays, au centre de l’Europe. Il y a d’autres éléments qu’on connaît moins : la taille des foyers est nettement plus élevée en Belgique que dans d’autres pays, la pyramide des âges, la proportion de personnes habitant en ville mais aussi un facteur culturel. Ce sont tous ces facteurs conjugués qui nous placent, de façon dramatique, parmi les pays où les taux de décès sont les plus élevés".

Quel rôle a joué la "lasagne institutionnelle"?

Pour expliquer la gravité de la situation belge, on a aussi pointé la pluralité des ministres de la santé dans notre pays, la fameuse "lasagne institutionnelle", et une certaine cacophonie entre les partenaires du gouvernement autour des mesures sanitaires. Bertrand Henne veut rester prudent sur le rôle des "dysfonctionnements à la belge" dans la surmortalité liée au covid. "Il est très difficile de discriminer ce qui est de l’ordre des facteurs épidémiologiques et puis les facteurs de mauvaise gouvernance. Mais on sait que les choses auraient pu mieux fonctionner et faire moins de morts", explique le journaliste.

"Les problèmes de gouvernance semblent plus importants dans la non-préparation de la deuxième vague", poursuit Bertrand Henne. Concernant la première vague, "ce qui me frappe dans ce pays, ce n’est pas que nous ayons neuf ministres de la santé, mais qu’à un moment nous n’en avions plus du tout. A l’absence d’un ministre de la santé [Maggy De Block, Ndlr] s’est ajouté la faiblesse de l’administration de la santé, soit le SPF Santé Publique […] Cela explique aussi que Marius Gilbert et d’autres experts ont été appelés à la rescousse".

Comment l’Allemagne s’en est mieux sortie

Est-on mieux armé pour la vaccination ?

"Indirectement, on va tirer profit de l’ampleur notre deuxième vague", répond Marius Gilbert, "on n’en est pas à l’immunité collective mais on part avec une certaine longueur d’avance par rapport à d’autres pays, puisqu’une grande partie de notre population a déjà été infectée par la deuxième vague et maintenant on vaccine les personnes à risques. Même si les chiffres sont modestes, on vaccine maintenant des personnes susceptibles d’être hospitalisées. Ce sont deux éléments qui jouent en notre faveur dans cette course contre la montre contre une troisième vague éventuelle", explique l’épidémiologiste.

Sur le plan politique, poursuit Bertrand Henne, "la force du duo De Croo – Vandenbroucke permet une gestion plus claire de la crise et peut nous donner à croire que les prochains mois seront encore dominés politiquement par ce duo-là, qui s’imposera même s’il y a encore des contestations de certains partis dans les régions. La communication et les décisions du gouvernement sont aujourd’hui beaucoup plus claires. Ils ont compris que le cafouillage c’était de la perte pour tout le monde".

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