Coronavirus en Belgique : où se trouvent les foyers ? Sont-ils analysés ? Profil d'une épidémie provisoirement sous contrôle

Aujourd’hui, le profil de l’épidémie est bien différent de celui du mois de mars. A l’époque, on ne testait que les personnes malades qui rentraient pour la plupart de vacances de carnaval. Elles avaient déjà propagé le virus sur leur lieu de travail dans leur sphère privée de façon généralisée. Il faut dire que l’on avait mis un peu de temps avant de tester les malades. L’épidémie était généralisée à l’entièreté du territoire. Aujourd’hui, la première vague est passée et il y a réapparition de foyers.

Identifier les foyers, nous avons les outils

Axel Legay, ingénieur en cybersécurité à l’UCLouvain prépare l’application de traçage qui devrait être opérationnelle en septembre, il voit passer toutes les statistiques de l’épidémie, il reste serein et ne parle pas de deuxième vague : "Nous savons où se trouve la majorité des foyers, dans la sphère privée de certaines familles souvent (il faut le dire) défavorisées parce que leurs conditions de vie font qu’ils n’ont pas le confort de vie des gens aisés. Ils sont davantage, les uns avec les autres, ce qui favorise la propagation du virus. Ils travaillent le plus souvent dans des métiers à risques, pour lesquels le télétravail ne s’applique pas. C’est là que le virus se propage — un peu — car il circule mais de manière contenue."


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"Le virus circule dans des entreprises où les gens doivent être en contact physique comme les abattoirs ou les dockers au port d’Anvers mais aussi dans des bureaux où l’entreprise ne permet pas d’avoir seulement un employé sur deux présents et qui rappelle son personnel en présentiel au bureau. "A la différence du mois de mars": poursuit l’ingénieur, "On peut identifier ces foyers. Des outils de traçages ont été développés (même s’ils ont été mis en place tardivement) pour aller les chercher, les identifier et les isoler. Cela devrait nous éviter des mesures qui frappent tout le monde et qui paralysent le pays dans l’incompréhension générale."

Où se développent ces foyers ? En famille ? Au travail ?

Nous avons donc cherché à savoir où se trouvaient ces foyers et dans quelles proportions. Sont-ils apparus dans les familles ou plutôt lors de loisirs ou au travail ? Karine Moykens qui préside le comité Interfédéral Testing et Tracing rappelle :" Tout a commencé à Anvers dans des communautés juives, marocaine et turque et comme ces personnes souvent jeunes fréquentaient des salles de sport et de loisirs, le virus s’est rapidement propagé de manière diffuse. Je sais que certaines entreprises dont un abattoir en Flandre "Westvlees" a été touché. Là-bas, on a vite découvert qu’il se passait quelque chose, on avait seulement deux personnes contaminées, et l’inspecteur de l’hygiène accompagné du médecin du travail de la firme, ont décidé de tester tous ceux qui avaient été en contact avec les deux contaminés. Il y avait d’autres cas, alors on a décidé de tester tout le monde. En tout, il y a eu 74 cas. Mais pour le reste, ce sont les centres de contacts régionaux qui doivent normalement vous donner ces informations sur les foyers."

En Flandre, on n’a pas encore d’analyses des foyers

Joris Moonens, porte-parole de "Zorg &Gezondheid", l’agence flamande chargée du tracing, a bien tous les chiffres mais il n’a pas les proportions entre foyers détectés dans le privé ou dans le professionnel : "C’est surtout dans la sphère privée, et dans les activités sportives que se développent les foyers. Les entreprises qui utilisent des saisonniers, comme certains producteurs de carottes, ont été touchées".

En Wallonie, non plus

En Wallonie, l’Aviq, l’Agence pour une Vie de Qualité, a elle aussi bien du mal à donner des réponses. Certes, tous ces centres de contacts ont des chiffres mais n’ont pas vraiment calculé les proportions ni identifié précisément leur nombre et les lieux précis. Alexandra Alba Torres, de la cellule de surveillance des maladies infectieuses, coordonne les clusters de Covi : "On a une vision globale sur la Wallonie, je n’ai pas les chiffres parce que je n’ai pas le temps de faire ces proportions actuellement mais nous avons les chiffres et il y est tout à fait possible de savoir quelles sont les zones les plus touchées. Mais Sciensano le fait." En réalité, Sciensano nous a renvoyés vers les centres de contacts régionaux. L’experte nous confie alors que : "Cela fait partie des choses à améliorer et qui s’améliorent déjà. Tout ce dispositif a été mis en place dans l’urgence, tout se met en place quotidiennement ".

A Bruxelles quelques pistes mais sujet sensible

A Bruxelles, l’agence chargée du tracing sera la seule à nous donner quelques premières analyses. 40% des nouvelles contaminations sont des foyers ou clusters. Inge Neven, la Coordinatrice Hygiène de "Iriscare" suit les cas de covid : "Dans ces 40%, il y a vraiment 60% des cas qui sont dans des familles ou des communautés, à côté de cela, il y a 30 à 40% de cas dont la moitié, en maison de repos ou institutions de soins et l’autre moitié en entreprise."

C’est vrai que le sujet est "sensible", il peut stigmatiser certaines populations. "Géographiquement, à Bruxelles, par exemple, Emir Kir, le bourgmestre de St Josse a lui-même propagé l’info. Un petit foyer s’est développé dans la commune en raison de la densité de population couplée à des revenus souvent insuffisants pour la population" répond Axel Legay, "Mais il n’y a pas des foyers avec des 10 de milliers de personnes contaminées. Il faut des mesures proportionnées, et ne pas paralyser le pays à long terme, moralement les gens ne tiennent pas le coup, économiquement, on risque l’effondrement et cela aura un impact sur les soins de santé."

"Cibler les mesures sur les gens qui en ont besoin, c'est les faire devenir acteur de la mesure et ils verront grâce à leurs sacrifices locaux que la maladie évolue positivement. Et du coup, plus besoins de prendre toutes ces mesures restrictives pour toute la population." conclut l’informaticien.

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