Coronavirus : "On a une chance significative d'avoir un vaccin pour la fin de l'année" (Yves Van Laethem)

Yves Van Laathem.
Yves Van Laathem. - © THIERRY ROGE - BELGA

La course pour la recherche d’un vaccin est plus que lancée et le monde a les yeux rivés dessus. Normal, un vaccin est la seule solution pour se prémunir du coronavirus. Mais à quoi ressemble cette recherche et un vaccin de qualité, accessible à tous, est-ce vraiment réaliste ?

Tout d’abord, il faut rappeler que la recherche de ce vaccin c’est un peu comme chercher le mouton à cinq pattes. Il faut qu’il soit fiable, efficace, bon marché, facile à fabriquer à grande échelle.

Et de la petite structure au géant pharmaceutique, tout le monde participe à la course, entre nécessité sanitaire, velléités financières et compétition ce n’est pas forcément facile de s’y retrouver.

A la recherche d’un lead politique

Lorsque le géant Sanofi explique que les Américains seront servis en premier, ça pousse à s’interroger. D’abord sur les motivations du géant pharmaceutiques et ensuite sur la capacité d’action de nos gouvernements. Pour l’infectiologue au CHU Saint-Pierre à Bruxelles et porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, Yves Van Laethem, "nous savons tous que la puissance tant politique que financière peut jouer un rôle".


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Et dans ces circonstances, l’Europe doit prendre position. "Je pense que l’Europe est en train de se rendre compte depuis plusieurs semaines qu’elle doit jouer un rôle, ne fût-ce que pour le continent européen, et si possible aussi pour pouvoir disséminer sur d’autres parties du monde. Il y a clairement un rôle du politique qui doit encadrer des éventuelles dérives financières que certains pourraient avoir au niveau des firmes", analyse ainsi Yves Van Laethem.

Si elle n’est pas "à la traîne", l’Europe est plus discrète. Elle ne fait de déclaration tonitruante. "Je pense que l’Europe prépare les choses et il m’étonnerait qu’on n’ait pas une activité significative qui pousse les firmes à ne pas négliger ce marché européen", indique Yves Van Laethem.

Un vaccin, c’est vraiment possible ?

Selon les spécialistes, seul un vaccin pourra lutter efficacement contre le Covid-19. Mais est-on sûr de pouvoir en trouver un ? En tout cas les chances sont sérieuses. Et l’avantage c’est que, malgré tout, le coronavirus est un virus "classique", contrairement, par exemple, au HIV.


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"Il s’agit d’un virus plus classique, dit à ARN, et donc notre chance d’y arriver est nettement plus importante d’une part, et d’autre part certains vaccins contre le fameux SARS ou le MERS avaient déjà été expérimentés avec succès chez le singe, l’animal le plus proche de nous, et donc ça nous donne quand même de bons espoirs, me semble-t-il, pour les 6 à 12 mois devant nous", indique, optimiste, le virologue.

Et si oui, sera-t-il accessible à tous ?

C’est un peu là que les choses se compliquent. Non seulement "il y aura peut-être de meilleurs vaccins que d’autres, plus adaptés à certains publics" mais aussi en termes d’accès, d’achat du vaccin. Pour Yves Van Laethem, "il m’étonnerait que malgré tous les vœux pieux de l’OMS, par exemple, l’Afrique ait la même dotation en vaccination aussi précoce que les États-Unis et l’Europe occidentale".

Toutefois, ajoute-t-il, "globalement, ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que ce vaccin est fondamental pour protéger les populations fragiles et que si on parvient à avoir assez rapidement assez de vaccins pour protéger ce qui est à peu près un tiers de la population globale, cela pourrait certainement permettre de diminuer la pression sur la société si cette population est déjà protégée".

Quid de la Belgique ?

Et dans l’éventualité où l’on parvienne à un vaccin, est-ce que la Belgique pourra l’obtenir ? Si la réponse est européenne, groupée et importante, les chances seront alors plus grandes. Le marché européen c’est plus de 500 millions de consommateurs, il ne peut donc être laissé de coté.

"Je pense que la Belgique va s’inscrire dans le même programme que pas mal de pays européens, probablement d’un achat groupé de vaccins. C’est un vaccin qui est clairement sur base de marchés nationaux ou transnationaux, et pas du tout particuliers. Vous n’allez pas acheter votre vaccin comme le vaccin de l’hépatite pour aller en voyage, mais c’est l’État qui va acheter une certaine quantité de vaccins, avec le poids que l’État ou les États au niveau européen peuvent avoir et avec bien sûr des patients à vacciner en priorité par rapport à d’autres pour les premiers vaccins", informe Yves Van Laethem.