Coronavirus : "Nous sommes des Jaunes, des Chinetocs ou des Jacky Chan"

Avec la progression du coronavirus en dehors des frontières chinoises, la peur d’une contamination devient presque irrationnelle notamment envers la communauté asiatique. Les réactions et les comportements de certains sont plus que stigmatisants. Certaines remarques relèvent même de l’insulte raciste.

Je n’ose même plus tousser en public de peur d’être dévisagée

C’est l’une des réflexions qui nous est le plus souvent revenu. De nombreuses personnes d’origine asiatique remarquent que leur présence dans les magasins ou dans les transports en commun gênent ou provoquent des comportements d’évitements. "Cette semaine pour un déplacement professionnel, j’embarque dans un avion à destination de Barcelone et lorsque mon voisin de siège m’a aperçu, il a enfilé un masque pour se couvrir le nez et la bouche. J’ai halluciné", raconte un Belge d’origine vietnamienne.

Coronavirus, connerievirus

Dans le quartier asiatique du centre de Bruxelles, le coronavirus est sur toutes les lèvres. Pas un restaurant ou un bar où on n’en parle pas. Surtout pour dénoncer les remarques et les attitudes déplacées. Dans les restaurants, il faut parfois comme se justifier. "Hier soir, j’avais à une table une famille qui m’a demandé de quelle origine j’étais. Je leur ai alors répondu que ma famille était chinoise et là j’ai bien vu qu’il y avait de l’inquiétude. Ils ont insisté en me demandant si j’avais encore de la famille là-bas et quand je leur ai dit que je n’avais plus quiconque en Chine, cela les avait soulagés", explique My Hoa Lam, responsable d’un restaurant asiatique du centre-ville.

A quelques pas de là, dans une boutique de mangas, le patron a lu et entendu de nombreuses anecdotes de ce type. "Je ne comprends pas cette hystérie. C’est vraiment de la bêtise. Il n’y a même pas encore eu un seul cas en Belgique. Mais je l’entends, même par des vannes entre copains. Ils m’appellent en me demandant si on peut être contaminé en allant au restaurant ou en allant au supermarché asiatique. Je sais que ce sont des blagues, mais certaines personnes pensent vraiment cela", raconte Thomas Nguyen.

Le coronavirus a mis en lumière la banalisation du racisme anti-asiatique

Depuis plusieurs jours, la page Facebook de l’association Asia 2.0 Belgique reçoit des dizaines, des centaines de messages de ce type: "Trois asiatiques sur 10 nous rapportent des faits discriminatoire depuis le début du coronavirus", explique le fondateur de l'association, Renaud André. "Le coronavirus n'a pas augmenté le racisme que l'on connait au quotidien, mais il l'a mis en lumière". Il ajoute : "ce sont parfois des boutades, mais tout de même cela a un impact sur la conscience collective".

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