Coronavirus : les vaccins contre le Covid-19 empêchent-ils la transmission du virus ?

Des messages remettant en cause l’efficacité des vaccins anti Covid-19 sont relayés sur différents groupes anti vaccins. Parmi les arguments avancés : l’effet de ces vaccins sur les contaminations serait nul. Selon les premières données scientifiques publiées, c’est plutôt faux.

Dans un certain nombre de groupes antivaccins actifs sur les réseaux sociaux comme la messagerie Telegram, les vaccins actuellement utilisés pour lutter contre la pandémie de coronavirus sont décriés. Parmi les arguments avancés, les vaccins actuellement déployés aux Etats-Unis et en Europe, ne seraient pas efficaces pour prévenir la transmission du virus. Un élément clé dans la perspective de parvenir à faire chuter le nombre de personnes qui contractent la maladie, même de façon asymptomatique.

Pourtant, si les performances des vaccins actuellement utilisés ont été prouvées dans le cadre de la prévention des cas symptomatiques, les fabricants de vaccins comme Pfizer, Moderna ou AstraZeneca ont reconnu lors de la mise en circulation de leurs vaccins que les effets ce ceux-ci sur les contaminations devaient encore être étudiés.


►►► Vous voulez vérifier une info ou consulter les derniers articles de fact checking ? : Rendez-vous sur Faky, la plateforme de la RTBF pour lutter contre la désinformation


Cependant, nous commençons à avoir un certain recul sur la vaccination et des études commencent à être publiées à ce sujet. Ces publications, dont certaines sont encore en "preprint", indiquent que les vaccins auraient également un impact positif sur la transmission du virus.

Par ailleurs, les pays qui sont les plus avancés en matière de vaccination de leur population affichent des courbes de contamination en baisse, un indicateur supplémentaire qui laisse penser que les vaccins sont également efficaces dans la prévention des contaminations.

Des premières études publiées qui vont dans le sens d’une diminution de la contamination

Parmi les pays les plus avancés en matière de vaccination, Israël a pris une longueur d’avance. Avec plus de la moitié de sa population ayant reçu les deux doses du vaccin Pfizer, le pays a rouvert début mars ses bars, restaurants, écoles et salles de spectacles.

Cette vaccination à large échelle qui a débuté fin décembre 2020 avec le vaccin développé par Pfizer livre des données importantes sur l’impact de ce vaccin sur le Covid-19. Ces données indiquent des résultats visibles sur les hospitalisations, les décès, mais aussi une baisse spectaculaire du nombre de cas de coronavirus.

Les résultats d’une étude publiée le 24 février dans le "New England Journal of Medicine" sur la campagne de vaccination en Israël indiquent que le vaccin Pfizer/BioNtech réduit le risque d’infections asymptomatiques de 90% après l’injection des deux doses.

Cette étude, qui a été menée sur deux groupes de près de 600.000 personnes, suggère donc que le vaccin diminue jusqu’à 90% le risque pour une personne vaccinée contre le Covid-19 de contaminer une autre personne. Ces résultats indiquent donc que le vaccin a un impact positif en empêchant la transmission du virus.

Une autre étude a été publiée le 10 mars. Elle concerne les deux vaccins utilisant la technique de l’ARN messager : le vaccin Pfizer/BioNtech et le vaccin Moderna. Les données présentées par les scientifiques portent sur 39.000 patients ayant reçu au moins une dose de l’un des deux vaccins. Elles indiquent que dès la première injection, le risque d’être porteur asymptomatique du virus est réduit de 80%.

D’autres études concernant le vaccin Pfizer ont également été publiées, notamment une étude rétrospective menée chez des résidents de maisons de retraite. Celle-ci indique qu’une dose de Pfizer réduit déjà les infections asymptomatiques de 63%.

Pfizer a également communiqué début mars concernant les données déjà rassemblées au cours de la campagne de vaccination d’Israël. Le communiqué de presse publié par le groupe pharmaceutique suggère également que son vaccin diminue significativement (94%) le nombre de personnes asymptomatiques (ce qui a un effet direct sur la transmission).

D’autres données concernant le vaccin Moderna vont également dans le sens d’une diminution des infections asymptomatiques.

Et les autres vaccins ?

L’essai clinique réalisé par Johnson & Johnson indique également que son vaccin Janssen aurait une efficacité dans la prévention des infections asymptomatiques de 74%.

L’essai clinique réalisé par AstraZeneca rapporte, lui, une réduction de 50-67% d’infections asymptomatiques après vaccination.

Pour Océane Sorel, docteure en immunologie et vaccinologie de l’ULiège, ces premières données sont très encourageantes : "Les données s’accumulent mais on attend plus d’études, les résultats dont on dispose actuellement vont tous dans le sens d’une réduction des formes asymptomatiques chez les vaccinés et donc d’une diminution du risque de transmettre le virus".

Elle estime également qu’étant donné que les personnes vaccinées qui contractent le coronavirus ont aussi une charge virale inférieure (moins de quantité de virus) 12 à 28 jours après la première dose d’un vaccin à ARNm, cela diminue donc le risque de contamination. "Cela reste à confirmer avec plus d’études mais ces résultats sont hyper encourageants, et logiques", juge la Docteure Sorel.

Celle qui fait également de la pédagogie autour des virus sur son compte Instagram, estime que "si des données similaires continuent de s’accumuler cela voudra dire que les individus vaccinés ont moins de risque de transmettre le virus à d’autres personnes".

Elle insiste cependant : aucun vaccin n’est efficace à 100% et "il est important de maintenir les mesures barrières, le port du masque et la distanciation sociale en attendant plus de données sur les risques de transmission et jusqu’à ce que la majeure partie de la population soit vaccinée". Un point sur lequel a également insisté ce vendredi 26 mars le porte-parole interfédéral Covid Yves Van Laethem.

L’impact sur les contaminations dans les pays qui ont les taux les plus élevés de vaccination

En plus des premières données scientifiques, un aperçu des chiffres du coronavirus de certains pays peut également fournir des indices qui vont dans le sens d’une diminution de la propagation du virus. Les pays qui ont les taux de vaccination les plus élevés voient également une corrélation avec la diminution du nombre de cas.


Lire aussi: Yves Van Laethem : "Même si vous êtes vaccinés, vous devez continuer à respecter les mêmes mesures"


 

Un taux élevé de vaccination n’est évidemment pas la seule donnée qui influe sur le nombre de contaminations (il y a bien sûr les autres mesures comme la limitation des contacts rapprochés, le port du masque, etc.), cependant, l’observation des courbes de vaccination et des contaminations en Israël, aux États-Unis, aux Émirats arabes unis ou au Royaume-Uni indique une diminution des contaminations au fur et à mesure que la vaccination progresse.

Le cas particulier du Chili

2 images
Captures d’écran du nombre de cas déclarés de Coronavirus au Chili (gauche) et nombre de personnes vaccinées au 24 mars 2021 (droite). Source Google, Our World in Data. © Google

L’exception à ces exemples, c’est le Chili. Le pays a progressé rapidement dans sa campagne de vaccination avec plus de 30% des habitants ayant reçu une première dose de vaccin mais le nombre de cas est toujours en augmentation.

Pour Océane Sorel, cela s’explique par le fait que seuls environ 16% des habitants ont pour l’instant reçu les deux doses nécessaires à procurer une couverture optimale. "C’est insuffisant pour limiter la propagation du virus. Si les mesures barrières ne sont pas maintenues en attendant l’immunité de groupe (que l’on estime a 70-90% de la population vaccinée), le virus continue de se transmettre et on peut avoir une vague de contamination (ce qui est en train de se passer probablement), cela ne veut absolument pas dire que le vaccin ne fonctionne pas".

L’hypothèse de la vaccinologue est que le virus est très certainement en train de circuler au sein des 70% de la population non vaccinée : "sachant que seulement la moitié des personnes vaccinées au Chili ont reçu les deux doses donc les autres 15% ne sont que partiellement vaccines pour l’instant. Donc 70% de non vaccinés + 15% de vaccines partiellement… Cela ne fait pas beaucoup d’immunité efficace pour limiter la transmission pour le moment. On ne peut donc pas conclure que le vaccin ne limite pas la transmission sur base de ces données".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK