Coronavirus : les trouvailles du Professeur Didier Raoult, entre scepticisme et enthousiasme

Le professeur Didier Raoult à Marseille, le 20 mars 2020.
Le professeur Didier Raoult à Marseille, le 20 mars 2020. - © GERARD JULIEN

Charlatan ou précurseur ? Spécialiste des maladies infectieuses, le professeur Didier Raoult est "pêcheur de microbes" depuis plus de 30 ans à Marseille. Et il défend son pari de lutter contre le Covid-19 avec la chloroquine, désormais vantée aussi par le président américain Trump.

Derrière son allure de vieux druide fantasque, ce fils de médecin militaire né en 1952 à Dakar (Sénégal) est un des experts mondiaux en matière de maladies infectieuses et tropicales, à la tête de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, dans la deuxième ville de France.

De petits marquis parisiens

Et il s’amuse de ceux qui s’échinent à battre en brèche ses travaux. "De petits marquis parisiens", balaie d’un revers de main celui qui est un des 11 membres du conseil scientifique Covid-19 auprès du gouvernement français.


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Fin février, via une vidéo, il annonce la "fin de partie" contre le nouveau coronavirus parti de Wuhan en Chine : la chloroquine, une banale molécule utilisée contre le paludisme, serait l’arme principale pour l’annihiler. Des tests cliniques en Chine menés sous la direction du professeur Zhong Nanshan auraient confirmé les tests in vitro effectués auparavant.

Trop facile pour être vrai ?

Trop facile pour être vrai ? Les critiques affluent, notamment de FakeMed, un collectif de scientifiques en lutte contre les fausses informations dans le domaine de la santé, et de professeurs mettant en garde contre les effets indésirables de ce médicament.

"Une vidéo m’accusant de diffuser des 'Fake News' a même été vue 450.000 fois sur Facebook, mais ça m’a fait une publicité considérable, qu’ils continuent à dire des horreurs comme ça", se gaussait-il mi-mars.

Sur 24 patients traités à l’IHU Méditerranée Infection avec de l’hydroxychloroquine, 75% présentent une charge virale négative au bout de six jours, affirme-t-il. En clair : le virus a disparu, le patient n’est plus contagieux. En comparaison, 90% des patients traités sans chloroquine, à Nice et Avignon, seraient encore contagieux au bout de cette même période.


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Mais c’est l’intervention du président américain Donald Trump, ce jeudi, qui a mis en lumière ces résultats prometteurs, même si la Food and Drug Administration (FDA), l’organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, a ensuite tempéré l’enthousiasme présidentiel.

Je ne joue pas à Nostradamus

"C’est juste la preuve que ce sont des gens sérieux", a réagi Raoult auprès de l’AFP.

Collectionneur de bactéries et de virus, il en a plus de 3000 parmi les plus dangereux au monde, dans ses locaux de Marseille, au cœur de l’hôpital de la Timone, ce père de deux enfants, marié à une psychiatre, s’était déjà fait remarquer par ses découvertes.

Spécialiste mondial des Rickettsies, ces bactéries intracellulaires à l’origine notamment du typhus, Didier Raoult a aussi décrypté le génome de la bactérie à l’origine de la maladie de Whipple, près d’un siècle après l’apparition de cette pathologie.

Les trouvailles du Professeur Raoult

Sur ses paillasses, dans ses laboratoires, au cours de sa carrière marseillaise, dans cette ville où il est arrivé à l’âge de neuf ans avec ses parents, de retour d’Afrique, il multiplie les trouvailles. Comme Mimivirus, ce virus géant qu’il identifie en 1992 et baptisera en l’honneur de "Mimi l’amibe", ce héros inventé par son père quand celui-ci lui racontait des histoires pour lui expliquer l’évolution. Puis c’est Spoutnik qu’il repérera, grâce à Mimivirus : ce virus nain est exceptionnel car virophage, capable d’infecter un autre virus pour prospérer.

Avec ses équipes, il identifie des dizaines de nouvelles bactéries pathogènes, dont deux portent son nom aujourd’hui, Raoultella planticola et Rickettsia raoultii.

Pionnier de la paléomicrobiologie, Didier Raoult est d’abord un chercheur. Mais aussi un capitaine d’industrie, comme quand il propose au ministre de la Santé, Jean-François Mattei, au début des années 2000, de créer sept "infectiopôles", "des forteresses à la Vauban" contre les maladies infectieuses.

Dix ans plus tard, six IHU sont créés à travers la France, chacun sur un thème différent : Imagine à Paris, sur les maladies génétiques ou Méditerranée Infection, à Marseille, qu’il dirige depuis 2011.

Parti bourlinguer sur un navire de la marine marchande, à 18 ans, Didier Raoult a passé son bac, littéraire, à 20 ans, en candidat libre avant de faire médecine. Et de se faire un nom, à force de travail et de prises de position tonitruantes, comme quand il dénonce l’interdiction du voile à l’université, en 2016, ou quand il exprime ses doutes face au réchauffement climatique et à ces modèles mathématiques catastrophistes qui ne seraient qu’une forme moderne de "divination".

"Je ne joue pas à Nostradamus, toutes les prévisions sont fausses, on ne peut jamais faire que de l’ajustement au quotidien", lançait-il fin février.