Coronavirus : les tests de dépistage par le nez avec écouvillon "ne sont pas destinés aux moins de 18 ans"

Pour la société Any-Shape, il y a des règles à respecter lors du test.
Pour la société Any-Shape, il y a des règles à respecter lors du test. - © Chris McGrath - AFP

Au "Drive-in dépistage" de Lasne, les tests PCR s’enchaînent pour détecter les personnes contaminées ou pas par le coronavirus. Vous l’avez sans doute vu dans notre JT de vendredi soir, ces images d’un prélèvement nasal sur une enfant qui s’avère particulièrement douloureux. "La dernière fournée de frottis qu’on a reçu est malheureusement de mauvaise qualité", indique une membre du personnel sur place, la docteure Aurélie De Meyer, médecin généraliste à Lasne.

"Ce sont des frottis qui sont beaucoup plus traumatiques pour les narines, beaucoup plus épais et beaucoup plus durs", ajoute celle-ci. "Et donc plus difficiles à insérer dans les narines d’enfants. Et donc on fait plus de lésions au niveau des muqueuses nasales avec ces frottis-là."

Pour Gaël Thiry, le médecin généraliste lasnois en charge de l’organisation du dépistage dans sa région, il faut rapidement du matériel de qualité. Une mission de l’Etat fédéral. "Ces écouvillons (NDLR : ces tiges que l’on introduit dans le nez pour effectuer le prélèvement d’échantillons permettant de déceler la présence du coronavirus) irritent, ils font mal aux enfants et aux personnes âgées. Ils abîment la paroi nasale et on a du sang qui coule du nez", nous explique-t-il.

650.000 écouvillons produits par Any-Shape

D’où proviennent ces écouvillons dits problématiques ? Ils ont été produits par la PME Any-Shape, à Flémalle. Cette entreprise créée en 2015 est spécialisée dans l’impression 3D. En avril dernier, elle a annoncé le démarrage d’une production de 100.000 écouvillons par semaine.

Au début de la crise sanitaire, Any-Shape a produit des visières, des pièces pour respirateurs et des masques FFP2 avant de passer aux écouvillons, dont 500.000 unités ont été acquises par l’Etat fédéral sur les 650.000 produits. Cette mise sur le marché a été rendue possible "suite à une dérogation accordée par Madame la Ministre De Block et l’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé de Belgique (AFMPS) pour la commercialisation et l’implémentation de dispositifs médicaux non marqués CE".

Son modèle d’écouvillon est souple et en nylon. "Les écouvillons 3D sont stérilisés à la vapeur ou par oxyde d’éthylène (EO). Ils sont emballés individuellement ou par 3 pièces dans une pochette médicale à ouverture aisée. Le design unique de l’écouvillon assure un bon prélèvement de l’échantillon ainsi que son placement optimal dans le tube de transport", précise Any-Shape.

Comment doit-il être utilisé ? Il faut "insérer l’écouvillon 3D à tige flexible dans la narine, parallèlement au palais (donc, pas vers le haut) jusqu’à la rencontre d’une résistance ou jusqu’à ce que la distance parcourue soit équivalente à celle de l’oreille à la narine du patient, ces deux signes indiquant le contact avec le nasopharynx. L’écouvillon doit atteindre une profondeur égale à la distance entre les narines et l’ouverture externe de l’oreille". Ensuite, il faut "frotter légèrement et rouler l’écouvillon" puis "maintenir l’écouvillon en place pendant plusieurs secondes afin qu’il absorbe les sécrétions". Enfin, l’écouvillon est retiré doucement, en le faisant tourner.

Déconseillé aux patients sous traitement anticoagulant

Mais voilà, selon les constatations faites à Lasne, des lots posent problème et blessent les plus jeunes et les plus âgés. A moins que les précautions d’usage n’aient pas été prises ? Comme on peut le lire dans la notice d’Any-Shape, l’écouvillon "n’est pas destiné aux patients pédiatriques" et "est déconseillé aux patients sous traitement anticoagulant. Dans tous les cas, lors du prélèvement de l’échantillon sur le patient, ne jamais utiliser une force ou une flexion excessive sur l’écouvillon afin d’éviter la rupture accidentelle de la tige de l’écouvillon."

Roger Cocle, l’un des fondateurs d’Any-Shape, insiste. "Nous avons toujours dit que cet écouvillon n’est pas destiné aux enfants, en tout cas en dessous de 18 ans." Deux modèles d’écouvillons ont été produits, une première version en avril et une deuxième en mai, "plus confortable" mais toujours proscrite aux plus jeunes.

Tout est aussi dans la délicatesse du geste

Roger Cocle l’a constaté au travers des images diffusées dans les journaux télévisés : "Une fois sur deux, la position de l’écouvillon n’est pas correcte. La meilleure position pour effectuer un prélèvement, ce n’est pas en étant assis dans une voiture, dans un drive-in."

Any-Shape rappelle que des "dizaines de milliers de prélèvements ont été réalisés dans des hôpitaux et les retours ont toujours été positifs. Il n’y a eu que très peu de critiques. Après, est-ce que cette méthode est confortable ? C’est très patient-dépendant". En d’autres termes, tout dépend du niveau de tolérance à la douleur de la personne testée. "Tout est aussi dans la délicatesse du geste, de la bonne position de l’écouvillon…"

Pour ce qui est des personnes âgées plus sensibles ? "Je ne suis pas médecin." En tout cas, Any-Shape rappelle avoir mis une vidéo en ligne expliquant comment réaliser correctement le prélèvement. Un explicatif est également disponible sur le site de Sciensano.

Rappelons que les écouvillons d’Any-Shape ne sont pas les seuls à circuler dans les centres de dépistage. La Belgique a également commandé des modèles auprès de sociétés flamande et hollandaise.

Il n’y a pas de pénurie

Autre critique, une pénurie d’écouvillons. Le centre de Lasne a dû fermer ses portes plus tôt, exemple dimanche, en raison d’un manque de matériel de testing. "Il n’y a pas de pénurie", veut rassurer Philippe De Backer, ministre en charge du matériel pour lutter contre le coronavirus. "Il y a deux manières de se fournir en écouvillons : d’un côté les centres de tri qui travaillent avec les laboratoires cliniques et les centres de tri qui travaillent avec la plateforme nationale qui fournit chaque jour. S’il y a un besoin d’écouvillons supplémentaires, il y a moyen de passer commande et même d’avoir des livraisons en urgence ni nécessaire."

Les écouvillons utilisés sont récoltés chaque jour. C’est à ce moment que la commande pour le lendemain doit être passée, ajoute le ministre, avec possibilité d’obtenir un matelas de sécurité.

Selon Philippe De Backer, plusieurs millions d’écouvillons ont été commandés et le stock national actuel est d’environ un million. "Il y a beaucoup de personnes qui se font tester. C’est bien ! Mais il faut prévoir quand les jours et les semaines qui viennent, cela va encore augmenter. Si nécessaire, nous augmenterons le nombre d’écouvillons à livrer."

Avec les tests salivaires, il y a une baisse de la 'sensitivité'

La Belgique a opté pour des prélèvements nasopharyngés, procédé qui a ses limites. La question de l’arrivée des tests salivaires se pose. En Belgique, ils ne sont pas encore validés.

"Nous avons demandé une étude qui a démontré qu’avec les tests salivaires, il y a une baisse de la 'sensitivité'. Si on effectue des tests salivaires, on rate un pourcentage de personnes qui ont malgré tout le virus, en comparaison avec les tests avec écouvillon normal. Pour le moment, deux études sont en route, à Liège et Anvers, auprès d’étudiants. Nous sommes ouverts à l’utilisation de tests salivaires, comme c’est le cas en ce moment à Liège et Anvers. Mais nous allons voir comment l’appliquer plus tard. Nous avons demandé un avis aux experts pour voir comment et où les utiliser, par exemple pour réaliser des screenings dans les écoles pour les étudiants. Mais on risque de passer à côté de personnes porteuses du virus mais qu’on ne détecte pas par un test salivaire."

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