Coronavirus : les salles de spectacle, avec mesures sanitaires, présentent deux fois moins de risque de contamination qu'un supermarché, selon une étude

Les salles de spectacle présentent deux fois moins de risque de contamination qu'un spermarché selon une récente étude allemande
Les salles de spectacle présentent deux fois moins de risque de contamination qu'un spermarché selon une récente étude allemande - © GABRIEL BOUYS - AFP

Alors que les salles de spectacle sont fermées au public depuis l’automne en Belgique, voici une étude interpellante pour nos autorités et encourageante pour les professionnels de la scène. Elle émane de l’Institut Hermann-Rietschel de Berlin. Elle a quantifié et comparé les risques de contamination par aérosols (microgouttelettes en suspension dans l’air) dans différents lieux publics. Il en ressort que les lieux de spectacle qui respectent les mesures sanitaires présentent deux fois moins de risque d’être contaminé qu’un supermarché où nous faisons notre shopping !

Intitulée Infection à la Covid-19 via des particules aérosols – Évaluation comparative des espaces intérieurs selon la situation, l’étude a été réalisée par l’Institut Hermann-Rietschel, qui dépend de l’Université technique de Berlin. Elle est cosignée par Martin Kriegel, le directeur de l’institut, médecin en immunobiologie, qui est également professeur à l’université privée de Yale à New Haven aux États-Unis, et Anne Hartmann, ingénieure et associée de recherche. Ces deux chercheurs ont élaboré un modèle mathématique de risque d’infection en prenant en compte un certain nombre de paramètres techniques (débits volumiques d’air, flux de volume respiratoire, force de gonflement).

Nous pourrions imaginer rouvrir les salles de spectacle pendant une heure avec une jauge remplie à 30%

Muriel Moser est immunologiste à l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Elle a lu l’étude et nous précise d’emblée que l’étude n’a pas été "reviewée" par les pairs, ni confirmée. Mais, elle reconnaît la rigueur de l’approche : "Ils tiennent compte de la dynamique des gouttelettes et du statut respiratoire des personnes et de l’aération c’est-à-dire le mouvement de l’air contenant les aérosols. ".

Les chiffres de l’étude sont en tout cas éloquents. Ils sont quantifiés selon un indice de circulation du virus (R), dont la valeur de référence (fixée à 1) est conventionnellement l’exposition dans un supermarché avec masque. Cela permet de comparer les résultats à cette valeur de référence. On observe que les théâtres, opéras et musées (avec port du masque et jauge de public à 30%), obtiennent le meilleur score, 0,5, ce qui signifie que le risque de contamination via les aérosols y est deux fois moindre que dans un supermarché (1) et dans un restaurant à 25% d’occupation (1,1).

Avec port du masque, le risque est de 1,5 dans les transports en commun de longue distance (50% d’occupation) et de 1,6 dans les bureaux (20% d’occupation), soit trois fois supérieur à celui des lieux culturels. Et ce sont les écoles qui arrivent au sommet du classement, avec 2,9 avec masque à 50% d’occupation (6 fois plus que les lieux culturels).

Muriel Moser reste prudente car l’étude ne tient pas compte des variants, 30% à 50% plus contagieux. Mais effectivement, elle conclut : "Nous pourrions imaginer ouvrir les lieux de culture (opéra, théâtre, salle de concert) pendant une heure avec une jauge d’occupation 30%. à condition que le public ne se retrouve pas dans un goulot d’étranglement à l’entrée et à la sortie de la salle."

La séance serait donc plus courte et avec port du masque.

Un mannequin placé dans une salle de concert de Dordmund parle

Il n’empêche, cette nouvelle étude en corrobore une précédente menée par l’institut Fraunhofer Heinrich Hertz sur le mouvement des particules en suspension. Cette étude-là, réalisée dans une salle de concert de Dortmund, partait du modèle d’un mannequin émettant des aérosols et placé dans la salle. Elle concluait également que le risque de contamination à la Covid-19 est négligeable dans une salle correctement ventilée si les participants portent des masques, a fortiori si elle est à moitié remplie, avec une occupation des sièges en damier.

Pour Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l’ULB et au CHU Saint-Pierre, cette étude va à l’encontre de ce qui avait été démontré et publié précédemment. Dans des lieux clos où des gens parlent fort ou chantent, il y a des émissions de microparticules qui se projettent à cinq ou six mètres de distances. Un chœur composé de 50 personnes dont l’un des membres était contaminé à la Covid-19 s’est rapidement retrouvé avec 70% de son effectif contaminé.

Le public attend des mesures cohérentes

Selon lui, être dans un endroit fermé avec des personnes sans masque est à très haut risque. Cependant, il nous précise : "Des études ont prouvé que correctement ventilée, une salle de concert assez grande permet aux aérosols de se diluer rapidement. Ça veut dire que participer à un concert, un spectacle, un opéra dans une grande salle ventilée avec des personnes qui portent un masque, le risque relatif d’être infecté est quasi égal à zéro."

L’infectiologue insiste : "Il est important de différencier les lieux selon qu’ils soient à volume important ou pas et si les gens portent des masques ou pas. Les personnes qui se sont rendues à la mer le week-end dernier étaient dans des trains bien remplis. Je suis sûr que la foule présente dans ces compartiments dépassait tout à fait la jauge que nous pourrions admettre dans une salle de spectacle où les gens sont à deux mètres les uns des autres et portent un masque."

Nathan Clumeck, conclut en appelant à des mesures cohérentes : "Quand les experts et le gouvernement affirment qu’il ne faut pas plus de 15 personnes dans un lieu de culte par exemple. Ça n’a aucun sens dans une salle comme la basilique de Koeckelberg. On ne peut pas appliquer les mêmes règles pour toutes les salles. Le public attend une adaptation à la réalité."

 

Sur le sujet de la culture: JT 20/202/2021

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