Coronavirus : le vaccin contre la tuberculose vieux de 100 ans pourrait aider les patients sévères

Le vaccin BCG, mis au point par l'institut Pasteur en France en 1921, est toujours utilisé pour des enfants de pays en voie de développement pour prévenir les formes sévère de tuberculose.
Le vaccin BCG, mis au point par l'institut Pasteur en France en 1921, est toujours utilisé pour des enfants de pays en voie de développement pour prévenir les formes sévère de tuberculose. - © Manjurul - Getty Images/iStockphoto

Des chercheurs britanniques de l’université d’Exeter viennent de lancer une étude clinique sur 1000 personnes pour vérifier si un vaccin vieux de 100 ans contre la tuberculose pouvait sauver des patients atteints du Covid. Au total pour cette étude, 10.000 volontaires surtout des travailleurs de la Santé seront recrutés et vaccinés, en Australie, aux Pays-Bas, en Espagne et au Brésil. L'étude publiée le 30 avril dernier, dans la revue scientifique "The Lancet", est cosignée par le patron de l'OMS, Tedros A Ghebreyesus.

Un vaccin mis au point en 1921 par l’Institut Pasteur

Le vaccin BCG, mis au point par l’institut Pasteur en France en 1921, est toujours utilisé pour des enfants de pays en voie de développement pour prévenir les formes sévères de tuberculose. Ce vaccin qui contient un bacille vivant atténué a déjà démontré son efficacité pour prévenir par exemple, des méningites tuberculeuses, mais aussi pour diminuer la mortalité infantile dans ces pays.


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"Dès son introduction en Europe, il y a un siècle, on a remarqué que parmi les enfants vaccinés, la mortalité avait diminué. Et que cette diminution n’était pas seulement due à la baisse des cas de tuberculose. En fait, le vaccin a aussi fait chuter le nombre d’autres infections respiratoires et bactériennes en début de vie" : nous explique Nicolas Dauby, infectiologue au CHU Saint-Pierre à Bruxelles, "et aujourd’hui, les scientifiques commencent à mieux comprendre ce mécanisme qu’on appelle l’immunité entraînée."

Un vaccin qui entraîne notre immunité innée

Le vaccin BCG va avoir un effet sur les premières lignes de défense de notre corps, notre immunité innée qui est le contraire de l’immunité adaptative, celle généralement donnée par un vaccin et qui s’adapte au microbe contre lequel le vaccin nous protège. Ici, donc le Vaccin BCG va entraîner en quelque sorte nos soldats en première ligne à réagir contre le microbe de la tuberculose mais aussi contre d’autres microbes.

Nicolas Dauby tente de nous éclairer : "Notre corps va réagir de manière plus efficace en produisant des messagers de l’immunité (des cytokines) qui vont combattre ces autres microbes. On espère augmenter, de manière très précoce, nos défenses contre le virus. On le sait, au début de l’infection, dans le cas du Covid, le virus se réplique. Et parfois, les défenses antivirales s’affolent, la santé du patient se dégrade avec une réaction inflammatoire disproportionnée qui conduit à la maladie du Covid 19 et ensuite souvent à l’hospitalisation."

On espère donc que cette immunité innée sera renforcée avec le vaccin contre la tuberculose et qu’en ayant une meilleure défense, on pourra diminuer la quantité de virus et donc le risque de faire la fameuse inflammation incontrôlée.

Une étude intéressante à prendre avec prudence

Cela dit il faut nuancer quelque peu l’optimisme de ces chercheurs prévient Nicolas Dauby : "Des pays qui ont un fort taux de vaccination au BCG comme en Amérique du Sud, ont aussi des taux de mortalités à cause du Covid très élevés. Des chiffres à ajuster avec le nombre d’obèses ou de diabétiques, des facteurs de risque pour le Covid."

Sur les 1000 volontaires vaccinés, les uns avec le vaccin et les autres avec un placébo, on va suivre ceux qui seront malades et iront aux soins intensifs, ceux qui seront décédés et on comparera les proportions dans les deux groupes. A terme, l’étude se mènera sur 10.000 personnes pour pouvoir valider les résultats.

"L’étude est intéressante": nous confie Nicolas Dauby, "c’est un vaccin pas cher, bien connu, qui donne peu d’effets secondaires, qui a été administré à des centaines de millions d’enfants dans le monde même si ce ne sera pas la solution miracle, le nombre de labos capable de le produire est limité."

Ce vaccin contre la tuberculose super utile dans les pays plus pauvres. La tuberculose est la première cause de mortalité par maladies infectieuses dans le monde. Elle fait un million de morts chaque année.

 

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