Coronavirus: le travail essentiel, mais difficile, des logopèdes dans les unités COVID

Boire, avaler sa salive ou encore tousser. Des mécanismes qui peuvent paraître simples, et pourtant, pour les patients atteints du COVID-19 et hospitalisés, cela n’a pas toujours été facile. Ils sont beaucoup à faire de fausses déglutitions. Même la salive passe par le mauvais trou, et ces fausses routes à répétition, même discrètes, c’est le risque de développer une pneumonie. D’où l’intérêt de réaliser un bilan de déglutition chez tous les patients hospitalisés. C’est le cas notamment à l’hôpital Brugmann situé à Bruxelles. C’est ce que nous avons pu constater dans l’unité 83, l’unité de revalidation COVID.

Deux catégories de patients principalement

"Quand elle avale, je touche la gorge pour sentir que le larynx monte bien. C’est un mécanisme protecteur quand on avale, on protège nos voies respiratoires. C’est pour ça que je vérifie", explique Mathilde Dubois, logopède au CHU Brugmann, alors qu’elle est en train de faire une réévaluation du bilan de déglutition d’une patiente d’un certain âge. "Je lui demande de tousser aussi pour voir au niveau du réflexe de toux si Madame avale de travers, est-ce que la toux sera efficace pour qu’elle puisse se désencombrer".

Et d’ajouter qu’il y a surtout deux catégories de patients à prendre en charge : "Ce sont les patients des soins intensifs qui ont malheureusement dû être sous assistance respiratoire et donc intubés pendant plusieurs semaines. Ce qui a de grosses conséquences au niveau de la déglutition, et donc à ce moment-là, eux vont avoir besoin d’une grosse prise en charge au niveau déglutition mais aussi au niveau de la voix. Il y a une autre catégorie de patients : c’est surtout les patients gériatriques. Donc les patients plus âgés que l’on prend en charge, qui ont parfois déjà des problèmes de déglutition avant de venir à l’hôpital, et donc ces patients-là, vont avoir une dégradation d’état général et on va réévaluer les capacités de déglutition de ces patients".

La déglutition est un mécanisme très sensible aux affections générales, "nous avons aussi ici des patients qui n’ont pas été intubés et pour qui les logopèdes sont tout à fait utiles. Des personnes âgées ou moins âgées où l’alitement prolongé, la perte musculaire fait que les troubles de la déglutition peuvent être perturbés sans même avoir eu une intubation", précise le Dr Marie-Dominique Gazagnes, responsable du département neuro-revalidation du CHU Brugmann.

Adapter l’alimentation pour qu’elle ne soit pas un danger pour le patient

Ce bilan de déglutition permet ensuite d’adapter l’alimentation de ces patients, histoire d’éviter qu’elle ne devienne un danger pour eux.

"Quand la logopède évalue un patient et qu’il ne peut pas avoir de pain, on est obligé d’enlever les tartines du plateau, mais il faut remplacer cet apport par autre chose. Donc des aliments normaux comme des compotes, des yaourts et autres. Mais cela ne suffit pas toujours et donc on va avoir recours à des petites boissons hyper énergétiques pour combler ce déficit", explique Nathalie Woiemberghe, diététicienne au CHU Brugmann.

"Moins d’infections, c’est un patient qui va mieux beaucoup plus vite !"

Un travail d’équipe auquel s’ajoutent le personnel infirmier et le médecin. Et les résultats sont plus qu’intéressants : "Tout simplement moins d’infections pulmonaires ; moins d’antibiotiques nécessaires ; et une évolution chez nos patients. Quand on les revalide, ils vont beaucoup mieux et plus vite. Chaque fois qu’un patient fait une infection pulmonaire, il régresse. On le met au fond d’un lit. On lui donne des antibiotiques. Il va moins bien et l’hospitalisation dure plus longtemps", affirme le Dr Gazagnes. Autrement dit, "moins d’infections, c’est un patient qui va mieux beaucoup plus vite !"

Un travail essentiel, mais difficile à mettre en place

Et pourtant, leur intervention en unité COVID n’a commencé qu’il y a trois semaines environ : "Au départ, il y a eu des réticences, même des hiérarchies de dire on va les mettre en danger. Aller travailler dans la bouche de quelqu’un dont le germe se transmet par voie orale… On dit à tout le monde, tenez-vous à 1,5 mètre et on va dire à une logopède aller voir ce qui se passe dans la bouche d’un patient ? Comment on fait pour rééduquer, pour évaluer, un patient dont le germe, si contagieux, se trouve dans la bouche ? Pour une logopède, la bouche, c’est son lieu de travail !", témoigne la responsable du département neuro-revalidation du CHU Brugmann.

Il a donc fallu prendre le temps de trouver comment les protéger. Notamment grâce à l’équipement complet auquel s’ajoute le double masque, les lunettes, les visières en plexiglas dans certains cas, comme les soins intensifs.

Reste que c’est un travail qui n’est pas donné à tout le monde : "Des fois, les troubles de la déglutition, ça ne saute pas aux yeux d’un quidam. Or, notre logopède va quand même repérer que les liquides partent dans les poumons, même si c’est discret", ajoute le Dr Gazagnes.