Coronavirus : le Remdesivir, cet antiviral qui se vend en masse contre le covid mais dont l’efficacité laisse les scientifiques perplexes

Le médicament antiviral Remdesivir, utilisé pour les malades hospitalisés du Covid-19, a déjà rapporté à son fabricant Gilead Sciences près de 900 millions de dollars au troisième trimestre, a annoncé le laboratoire pharmaceutique américain mercredi dans une mise à jour de ses résultats financiers pour le troisième trimestre.


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A la faveur des ventes de ce produit, initialement développé en vain contre la fièvre hémorragique Ebola, le groupe a ainsi vu son chiffre d’affaires trimestriel augmenter au total de 17% à 6,58 milliards de dollars, contre 5,6 milliards de dollars il y a un an, faisant plus que dépasser les attentes du marché.

D’ailleurs, Gilead tire la majeure partie de son chiffre d’affaires des médicaments contre le VIH et le sida. Au cours du dernier trimestre, ceux-ci ont représenté un chiffre d’affaires de près de 4,6 milliards de dollars, contre 4,2 milliards de dollars un an plus tôt.

Un traitement qui ne convainc pas

Gilead a annoncé le jeudi 22 octobre, avoir reçu l’autorisation (sous la marque Veklury) pour le médicament de la part de l’Agence américaine des médicaments (FDA). Elle souligne qu’il est le seul traitement spécifique contre le Covid-19 ainsi autorisé après une procédure de vérification plus rigoureuse et définitive.

Ne fonctionne pas avec les patients les plus atteints

Mais cette autorisation en urgence est temporaire, concédée sur la base de données moins complètes que pour une pleine autorisation, et peut être révoquée à la fin de l’état d’urgence sanitaire. Dans la revue académique Science on trouve l’avis de Martin Landray (Université d’Oxford), il est le co-auteur la plus grande étude mondiale en ce qui concerne les traitements du Covid-19. Pour lui le Remdesivir : "Ne fonctionne pas avec les patients les plus atteints où une avancée thérapeutique pourrait avoir lieu grâce à ce médicament". Le chercheur reconnait une efficacité du Remdesivir à des stades moins avancés de la maladie.

En février 2020 à travers une étude dénommée "Solidarity", l’OMS a recommandé d’évaluer les traitements existants utilisés pour le COVID-19. Elle a comparé l’efficacité de quatre médicaments antiviraux sur la mortalité de patients COVID-19 hospitalisés : le Remdesivir, l’Hydroxychloroquine, le Lopinavir (combiné avec Ritonavir) et l’Interferon. Il s’agit d’une étude randomisée, où chaque groupe de patients traités a été comparé à un groupe-contrôle.


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Conclusion de l’étude : tant le Remdesivir, que l’Hydroxychloroquine, le Lopinavir ou l’Interferon n’ont que peu ou pas d’effet sur les patients COVID-19 hospitalisés, tant en ce qui concerne la mortalité générale, que l’admission, la mise sous respirateur, ou la durée du séjour à l’hôpital.

La validation par la FDA pose donc encore plus question. Surtout lorsque plusieurs chercheurs demandent à Gilead des données sur les effets observés lors des essais. Dans la revue Science, un pharmacologiste de l’université de Liverpool est preneur de ces informations : "Cela fait 30 ans que je travaille sur des antiviraux, et lors de chaque étude on rapporte systématiquement les effets observés en les publiant. C’est sûrement le cas de Gilead, mais où sont ces données ? C’est très étrange".

Un pari sur Donald Trump ?

Le président Donald Trump avait également reçu le médicament, principalement vendu aux Etats-Unis, lorsqu’il avait contracté le virus. L’infectiologue Nicolas Dauby confirme lui aussi qu’il n’y a aucune preuve que le Remdesivir diminue la quantité de virus présente dans le corps. Selon lui, le seul effet bénéfice à ce traitement se manifeste chez les patients ayant besoin d’oxygène : il résorbe plus rapidement les symptômes important.

L’Union Européenne bonne cliente

En juillet dernier, l’UE avait déjà passé commande à hauteur de 63 millions d’euros, soit de quoi traiter environ 30.000 patients. Mais débuts octobre le stock étant arrivé à son terme, plusieurs États membres ont demandé à la Commission de bénéficier à nouveau de ce traitement.

Finalement le 8 octobre un contrat est passé entre la Commission européenne et la firme pharmaceutique américaine Gilead. Une commande pour la fourniture de traitements d’antiviral Remdesivir à 500.000 patients atteints de la Covid-19. Ce contrat pour des traitements de Veklury (nom commercial du Remdesivir) indique une possibilité d’aller au-delà des 500.000 commandés.

Il n’y a pas eu consultation de l’OMS

Suite à cette commande et aux résultats de l’étude "Solidarity", l’équipe de Science a interpellé un porte-parole de la Commission afin de connaitre la motivation de cette commande en dépit des résultats très maigres et ciblés de ce traitement controversé. "La Commission a été à l’écoute des résultats de l’étude Solidarity le 9 octobre lors du rapport de la Task Force Covid", a rapporté le porte-parole interrogé. Avant qu’il ne poursuive : "Il n’y a pas eu consultation de l’OMS sur l’étude en cours en amont de la signature du contrat conclu avec Gilead".

L’Agence européenne des médicaments (EMA) indique sur son site qu’en décembre de cette année, un rapport final sur le Veklury aura lieu. Pour cette commande, l’EMA a suivi une étude de l’Institut national américain des allergies et maladies infectieuses.

De son côté, la Belgique ce n’était pas en manque début octobre. L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a indiqué le 6 octobre que le stock était actuellement cinq fois supérieur à ce qui a déjà été distribué dans les hôpitaux du pays.

Les Etats-Unis autorisent la vente de l'antiviral Remdesivir, images du 16/10/2020

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