Anticorps de lama, monoclonaux, course au vaccin : le point sur les pistes de traitements contre le coronavirus

Coronavirus : le point sur les traitements existants, les médicaments et les vaccins bientôt sur le marché
Coronavirus : le point sur les traitements existants, les médicaments et les vaccins bientôt sur le marché - © DOUGLAS MAGNO - AFP

Essais cliniques, utilisation de médicaments existants, mise au point de vaccins, la bataille contre le coronavirus bat son plein au sein des blouses blanches au point que nous ne savons plus très bien quels sont les traitements réalisés sur les patients, actuellement, quels sont les vaccins et quand ils seront bientôt disponibles. Etat de la situation :

Dernier venu très prometteur : le tocilizumab

Le tocilizumab, un immunomodulateur employé dans la prise en charge des maladies auto-immunes, est parvenu à améliorer le devenir de patients Covid-19 dans un état moyen ou sévère, hospitalisés et placés sous oxygène. Pour les médecins qui l’ont essayé sur leurs patients, il s’agit, selon eux, du premier traitement vraiment efficace contre le covid-19 à un stade avancé et sévère.

La molécule a permis de réduire le nombre de patients placés en soins intensifs ou décédés dans un essai clinique randomisé. L’annonce a été faite ce lundi 27 avril par les hôpitaux universitaires de Paris.

Le tocilizumab est employé depuis une dizaine d’années (notamment en Belgique, où il est agréé) dans la prise en charge des cas modérés ou sévères de polyarthrite rhumatoïde, une maladie auto-immune touchant les articulations. Une "piste intéressante aussi exploitée dans notre pays", selon le Pr. Yves Van Laethem, nouveau porte-parole interfédéral Covid-19.

Sujet JT sur le tocilizumab du 29 avril:

Des anticorps pour neutraliser le virus

C’était le premier axe de recherche, la découverte d’anticorps capables de neutraliser le virus.

En Belgique, l’Institut flamand de recherche en biotechnologie (VIB) à Gand. tient la corde. Il a trouvé un anticorps capable de neutraliser le virus Covid-19. Son principe est simple, il s’attaque à la paroi externe du virus c’est-à-dire sa couronne et essaie ainsi de bloquer l’extension externe du virus pour l’empêcher de se fixer aux cellules du poumon.

Et pour les produire, l’université de Gand mise sur… les lamas, qui produisent des anticorps spéciaux que les autres espèces ne fabriquent pas. "Sur la surface du virus, vous avez de très grosses protéines qui sont importantes pour permettre au virus de s’accrocher. Ce que fait cet anticorps, c’est justement empêcher cet accrochage à nos cellules."

Les anticorps du lama testé sont reproduits en masse, sous "de multiples formes. Et nous sommes en train de tester le plus performant", ajoute Bert Schepens, responsable scientifique du centre de biotechnologie médical VIB-Ugent.

Les essais cliniques sont planifiés, au plus tôt, cet automne.


►►► À lire aussi : Le VIB, Institut flamand de recherche, annonce avoir développé un anticorps capable de neutraliser le virus covid-19


Avantage du traitement : les patients n’ont pas besoin de produire leurs propres anticorps.

Un anticorps offre une protection immédiate mais de plus courte durée qu’un vaccin. Ce type de traitement est particulièrement adapté aux médecins et personnel soignant exposés plus que les autres à une contamination.

Explications dans notre journal télévisé de ce lundi 04 mai:

Le plasma de patients guéris pour soigner les malades

La Croix‑Rouge prélève du sang de patients guéris du coronavirus. Depuis ce mardi 7 avril, elle commence à collecter le plasma de ces patients. Ce liquide contient de nombreux composants utiles à la médecine, dont les fameux immunoglobines, les fameux anticorps.

La Croix-Rouge s’adresse spécifiquement aux hommes. En effet, les femmes ne peuvent pas participer en raison d’un risque de réponse immunitaire indésirable de certains de leurs anticorps lorsqu’elles ont une grossesse notamment.

Tous les hommes testés positifs au Covid‑19 et qui en ont guéri, peuvent s’inscrire à l’aide d’un outil en ligne et remplir un questionnaire. Sur la base du questionnaire, la Croix-Rouge peut les inviter à l’un des centres de donneurs.

Leur plasma ne peut pas encore servir aux patients dans les hôpitaux. Une étude clinique doit encore être réalisée et, pour l’instant, aucune université belge ne l’a déjà lancée.

Par contre, une étude pilote chinoise portant sur dix patients et dix donneurs est arrivée à la mi-mars avec les premiers résultats et ils étaient carrément positifs. Après quelques jours, la fièvre, la toux, l’essoufflement et les douleurs à la poitrine ont disparu ou se sont améliorées. Le scanner des poumons a également montré moins de lésions pulmonaires.

Un essai clinique consistant à transfuser du plasma sanguin de personnes guéries du Covid-19 vers des "patients en phase aiguë de la maladie" aussi démarré le 7 avril en France.

L’essai clinique baptisé Discovery

Le deuxième axe de recherche est le traitement.

Actuellement, l’Europe a commencé des essais cliniques sur 3200 malades infectés au Covid-19. L’essai clinique Discovery, c’est son nom, expérimente quatre traitements. Le plus connu et le plus médiatisé est celui du Dr Raoult réalisé à base d’hydroxychloroquine.

" C’est avant tout un traitement anti-lupus ", commente Yves Van Laethem, virologue au CHU Saint-Pierre et spécialiste des maladies infectieuses. " C’est aussi un antipaludique efficace mais il faut l’essayer sur plusieurs centaines de patients pour voir quels sont ses effets réels dans le traitement du Covid-19. Jusqu’à présent le Pr Raoult, le célèbre infectiologue de Marseille ne l’a testé que sur des patients relativement peu malades et, en tout cas, pas au stade de la réanimation. L’intérêt de la molécule est intéressant s’elle améliore l’état clinique et préserve de la réanimation, ou sauve de la réanimation. Le fonctionnement de l’hydroxychloroquine est plufactoriel. Il inhibe l’activité virale. Mais nous manquons actuellement d’études cliniques suffisantes. On a envie que ça fonctionne mais en tant que scientifique, nous manquons de données qui nous prouvent que ça fonctionne bien. Il y a, malgré tout, des effets secondaires cardiaques. C’est un médicament à double tranchant et certainement pas à utiliser comme traitement préventif. Actuellement, la prescription est interdite en d’autres lieux que les hôpitaux. "


Coronavirus : un essai clinique européen pour tester quatre traitements


Avantage : le médicament ne coûte rien et il est disponible immédiatement sur le marché y compris sous forme générique. Mais il a depuis montré de nombreux effets secondaires, et son efficacité n’a pas (encore) été démontrée.

Un antiviral contre Ebola : le remdesivir

C’est aussi un des quatre traitements testés par Discovery. Il été developpé pour Ebola. " In vitro, il marche très bien, commente Yves Van Laethem, malheureusement il ne s’est pas montré très efficace sur des patients Ebola. "

Mais il a été prometteur dans le traitement de patients atteints du coronavirus en Chine, selon des médecins, et a été utilisé pour aider à soigner deux patients aux États-Unis et en France. L’entreprise Gilead, une firme américaine très puissante, lance la dernière phase des essais cliniques en Asie. On attend les protocoles de recherche menés en Chine. On ne les a pas encore.

Avantage du remdesevir : les essais cliniques avancés en Asie. Désavantage : zéro stock, coût de lancement élevé. Le médicament est donc cher.

L’Avigan japonais ou favipiravir

Dans sa quête de médicaments efficaces contre le nouveau coronavirus, le ministère chinois de la Science et de la Technologie a affirmé que les essais cliniques sur le favipiravir, le principe actif du médicament antigrippal Avigan de Fujifilm, avaient donné de "très bons résultats" pour traiter le Covid-19.

Peut-être même parmi les meilleurs jusqu’à présent réalisés. Alors que la chloroquine continue de susciter le débat, le favipiravir est-il en passe de porter un autre coup au SARS-CoV-2 ? Plusieurs signaux pourraient le laisser croire, même si son efficacité semble surtout vérifiée en début de pathologie et hors complications graves.


Cure anti-coronavirus : après la chloroquine, le favipiravir japonais (ou Avigan) ?


Au Japon, le favipiravir devrait faire l’objet d’une approbation pour une utilisation à grande échelle afin de traiter le coronavirus. Cette autorisation pourrait intervenir dans le courant du mois de mai.

Avantage de l’Avigan : A déjà prouvé son efficacité à Wuhan. Désavantage : peu de stock, pour l’instant Fujifilm n’envisage pas d’exporter son produit phare.

Un anticorps testé sur des souris Superman

Le Sarimulab est un anticorps développé et commercialisé depuis deux trois ans par le groupe américain Regeneron. Il s’agit, en fait, d’un " anticorps monoclonaux ", qui a permis d’améliorer le taux de survie de patients touchés par Ebola.

L’entreprise a génétiquement modifié des souris afin qu’elles aient un système immunitaire semblable à celui de l’homme. Les souris exposées à des virus ont ensuite produit des anticorps humains.

Ces anticorps, sélectionnés et isolés, sont alors cultivés dans des laboratoires, purifiés puis administrés à des humains par intraveineuse. Dans la recherche contre le coronavirus, les essais cliniques devraient commencer cet été. Le médicament pourrait fonctionner à la fois comme un traitement et un "vaccin", même si les effets ne seraient que temporaires.

En quête d’un vaccin

Il n’existe pour l’instant aucun vaccin agréé contre le virus Covid-19, mais de nombreux laboratoires y travaillent depuis des semaines. La firme pharmaceutique américaine Johnson&Johnson veut lancer la production d’un vaccin pour début 2021. Jamais un vaccin très efficace contre un membre de la famille des coronavirus n’a été conçu pour les humains.

Celui mis au point par Johnson&Johnson se base sur un vaccin mis au point pour le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Cependant, il faut rester prudent selon Yves Van Laethem : " Tous les coronavirus sont à ARN. Ça veut dire qu’ils mutent sans arrêt. On ne peut donc pas garantir que le vaccin sera protecteur contre des variantes en cours de route. Le Covid-19 mute 100 à 1000 fois plus qu’un virus classique. Cependant, il y a maintenant un vaccin efficace pour le singe pour le mers-cov (syndrome respiratoire sévère qui s’est répandu au Moyen-Orient) ".

CureVac, un laboratoire allemand, travaille également au développement d’un vaccin. Subsidiée par l’Union Européenne pour un montant de 80 millions d’euros, jusqu’à présent, la firme espère présenter un projet pour validation clinique pour l’automne. Le laboratoire lancera en juin les essais cliniques en Allemagne et en Belgique.

D’autre part, une petite entreprise de biotechnologie allemande s’associe avec le deuxième plus grand groupe pharmaceutique au mode, Pfizer pour tester un vaccin qui pourrait être produit par millions de doses dès début 2021. Et si les résultats sont bons et que les moyens techniques suivent, la production pourrait atteindre des centaines des millions de doses en 2021.

Cette association avec Pfizer n’est d’ailleurs pas la seule en piste pour le moment, des scientifiques britanniques du Jenner Institute d’Oxford ont réalisé leurs premiers tests sur des humains.

Enfin, des essais cliniques ont débuté aux Etats-Unis avec un vaccin nommé mRNA-1273 et a été développé par des scientifiques des Instituts nationaux de santé américains (NIH) et de l’entreprise de biotechnologies Moderna. Un vaccin qui pourrait arriver sur le marché fin déjà au début de l’hiver prochain.

Un médicament contre les poux et la gale pour éradiquer le Covid-19

L’ivermectine est un antiparasitaire bien connu. Il est utilisé contre les poux et la gale. Une seule dose de cet antiparasitaire éradique, in vitro, tout le matériel génétique du virus en 48 heures et peut donc arrêter la croissance du Covid-19 en culture cellulaire.

Mais cette découverte de l’Université Monash en Australie, publiée dans la revue Antiviral Research, doit encore être validée in vivo et chez l’Homme. Le " bon " dosage humain est évidemment très important. Les scientifiques du Royal Melbourne Hospital demandent que des tests soient désormais réalisés sur des patients positifs.

La société française MedinCell mène déjà un programme sur ce produit dans une version injectable et à longue durée d’action, pour une application contre le paludisme. Mais c’est son efficacité potentielle contre le nouveau coronavirus qui intéresse désormais la biotech montpelliéraine.

Un anti-inflammatoire qui traite la goutte testé au Canada et en Grèce

Enfin, des chercheurs canadiens ont lancé ce lundi 6 avril une étude visant à tester les effets d’un anti-inflammatoire, la colchicine, sur les risques de complications pulmonaires et de décès liés au Covid-19. Environ 6.000 participants seront suivis pendant une période de 30 jours. Plusieurs critères sont requis pour y prendre part, comme avoir été diagnostiqué positif au coronavirus, avoir plus de 40 ans ou ne pas être hospitalisé.

Ils prendront quotidiennement de la colchicine – un anti-inflammatoire bon marché habituellement utilisé pour traiter la goutte et la péricardite – ou un placebo. Une étude randomisée est également réalisée en Grèce avec deux groupes de patients : le groupe A reçoit le traitement à la colchicine deux fois par jour. Le groupe B reçoit un placebo.