Coronavirus : la colchicine, un médicament millénaire comme remède miracle contre les complications du Covid-19 ?

Coronavirus : la colchicine un médicament millénaire comme remède miracle contre les complications de la covid-19 ?
Coronavirus : la colchicine un médicament millénaire comme remède miracle contre les complications de la covid-19 ? - © ROBERT BROOK/SCIENCE PHOTO LIBRA - Getty Images/Science Photo Libra

La colchicine, vous connaissez ? C’est un médicament vieux comme le monde, les anciens d’Egypte l’utilisaient déjà pour lutter contre la goutte. Aujourd’hui, il revient au-devant de la scène, comme traitement possible des complications du Covid-19, liées aux tempêtes de cytokines. Ces orages inflammatoires toucheraient près d’un patient Covid hospitalisé sur Cinq.

Une grande étude scientifique sur 6000 patients est en cours au Canada. Chez nous, on n’en parle pas.

Un pneumologue contaminé l’a testé lui-même avec succès

Pierre Lemaire est à la fois, pneumologue et gériatre, il y a 5 ans lors d’une péricardite (une inflammation de la paroi du cœur), il a déjà pu se rendre compte des bienfaits de la colchicine. Mais il y a trois mois, lors de l’épidémie du Coronavirus, il a une nouvelle fois pu éprouver son efficacité : "Après une semaine d’infection au coronavirus, ma température s’est remise à monter avec insuffisance respiratoire et une dégradation de mon état général. J’ai été hospitalisé dans mon service et j’ai donc décidé de prendre une nouvelle fois de la colchicine après avoir lu le compte rendu d’une étude de Jean-Claude Tardif, un professeur de l’Institut de Cardiologie de Montréal au Canada. 48 heures plus tard, j’ai pu sortir de l’hôpital."

Un médicament vieux comme le monde revisité

Utilisé depuis des millénaires, cet alcaloïde du colchique des prés, est de mieux en mieux connu. Au plus, on avance dans la compréhension des phénomènes inflammatoires, au plus on se rend compte qu’il peut être efficace dans ce qu’on appelle les tempêtes de cytokines. Un moment donné, notre corps, quand il est infecté, va réagir d’une façon disproportionnée par rapport à l’agression.


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Il va alors commencer à provoquer des dégâts au sein de ses propres organes. Et dans le cas du SARS-Cov2, il va s’attaquer surtout aux poumons, provoquant chez les patients des détresses respiratoires. Ce phénomène survient à peu près huit jours après le début de l’infection. Il n’a plus rien à voir avec le virus lui-même. La Colchicine parviendrait en quelque sorte à calmer cette tempête inflammatoire dévastatrice. Pour le moment, on utilise de la "Dexaméthazone", une cortisone, dont les effets secondaires sont plus délétères que ceux de la colchicine qui elle, aux doses préconisées, n’en aurait quasi-pas.

Remède miracle ? Peut-être pas mais molécule intéressante

Le professeur Jean-Claude Tardif, cardiologue à Montréal, a lancé une vaste étude sur 6000 patients. Il n’en est pas à son coup d’essai. Il y a quelques mois, il publiait dans le très sérieux "New England Journal of Medicine", une étude démontrant que la Colchicine permettait d’éviter les complications inflammatoires dans le cas d’infarctus du Myocarde. C’est ce qui lui aurait donné l’idée de tester la colchicine pour lutter contre les complications inflammatoires du Covid-19.

Pour Nicolas Dauby, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre, utiliser la colchicine fait sens : "On sait que la molécule a des propriétés anti-inflammatoires et on connaît ses mécanismes d’action. Elle empêche la migration de certains globules blancs vers le niveau pulmonaire. C’est justement quand ces globules blancs affluent dans les poumons, qu’ils vont être responsables d’une inflammation incontrôlée. Et on sait aujourd’hui que c’est la cause des insuffisances respiratoires et des décès chez les patients Covid. Prise assez tôt après le diagnostic, la colchicine devrait permettre d’éviter ces tempêtes dévastatrices. L’étude est menée par un institut canadien réputé internationalement. Pour moi, elle est scientifiquement sérieuse. On attendra les résultats."

Etude scientifique sérieuse sur 6000 patients

"C’est une étude en double aveugle" explique Pierre Lemaire, "On donne de façon aléatoire aux patients sélectionnés, le médicament ou un placébo (exemple, une pilule de sucre). Le personnel médical ne sait pas qui reçoit le vrai médicament. Quand l’étude s’achève, on identifie les deux groupes. Et on comptabilise combien de patients qui ne l’avaient pas reçu, devront être hospitalisés et combien vont décéder par rapport à ceux qui auront reçu le traitement. L’étude sera scientifiquement validée et va prendre plusieurs semaines. Idéalement, il faudrait donner la colchicine dès le diagnostic de l’infection au Coronavirus, pour espérer éviter les complications."

Une première étude à petite échelle, en Grèce sur deux groupes de 50 patients Covid vient de montrer que les dégradations dues aux complications de l’infection étaient très largement inférieures dans le groupe qui avait reçu le traitement. Une première indication avant d’avoir les résultats de l’étude canadienne.

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