Coronavirus : "La Belgique a encore du temps"

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Emmanuel André est médecin, microbiologiste, professeur à la KUL, membre du laboratoire de référence Coronavirus. Il travaille sur le virus SARS-CoV-2 (ou Coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2, le nom officiel du virus) depuis son apparition. Pour le professeur, "la situation est préoccupante depuis le début. C’est un virus que l’être humain ne connaissait pas il y a quelques mois. Et aujourd’hui, ce virus est capable de se transmettre très rapidement. On sait aussi qu’il est capable de provoquer dans une minorité de cas des infections extrêmement sévères. C’est la raison pour laquelle on s’inquiète. Car pour le moment, on ne dispose pas de moyens pour diminuer la rapidité de diffusion de ce virus, mis à part les mesures actuellement en place en Chine faites pour limiter les déplacements. Mais pour le moment, on n’a pas de traitement, pas de vaccin qui nous permettrait d’ajouter des outils pour combattre la diffusion de cette épidémie."

En 2003, l’épidémie du SARS avait provoqué une alerte mondiale lancée par l’OMS. 645 personnes avaient perdu la vie, 8346 cas avaient été recensés dans 30 pays de part le monde, dont 5900 rien qu’en Chine où le virus est apparu pour la première fois. A l’époque, la Chine avait été accusée d’avoir manqué de transparence et d’avoir mal communiqué. La situation est-elle comparable aujourd’hui ? Pour le professeur André, non : "Je pense que tout le monde a bien pris conscience de l’ampleur de ce problème. Il y a des contacts entre professionnels, qui préexistent même à l’apparition du virus. Aujourd’hui, la communication a été extrêmement rapide. On a été très vite informé de l’émergence du virus et très rapidement, on a pu se préparer pour commencer à lancer les premiers travaux de recherche."

Que fait la Belgique ?

Peut-on s’inquiéter chez nous ? Quelles sont les mesures prises ? "On a développé des tests pour diagnostiquer ce nouveau virus, ça a été prêt en l’espace de quelques jours. On réalise tout un travail pour dépister activement les personnes qui reviennent de pays à risque. Le jour où on se retrouvera – peut-être – dans une situation où il y a de la circulation non-détectée de personnes atteintes du virus, on va probablement développer d’autres outils pour aller dépister les proches de ces personnes". Vu l’absence de traitement (ce qui est normal, la connaissance du virus est encore limitée), le Pr. André estime qu’une seule "solution" n’est pas suffisante. "Toutes les mesures de prévention, de santé publique, sont extrêmement nécessaires. Mais c’est certain qu’on veut très rapidement donner aux médecins qui traitent les malades des antiviraux qui permettront de freiner l’évolution des symptômes mais aussi de rendre les personnes moins ou même plus du tout infectieuses. Trouver ces nouveaux antiviraux, c’est quelque chose qu’on a déjà commencé, les recherches sont en cours, en Chine, chez nous, dans d’autres pays, pour essayer de trouver rapidement le meilleur traitement."

Faut-il s’inquiéter ? On pourrait, "si on ne fait rien" estime Emmanuel André. Le professeur se veut néanmoins rassurant : "La Belgique a du temps, et on essaie encore d’en gagner, pour pouvoir mieux se préparer, mieux voir l’épidémie naturellement diminuer. Ce temps gagné va nous permettre de trouver de nouveaux médicaments. En étant extrêmement proactif dans le dépistage des personnes qui sont possiblement infectées. On ne doit pas surcharger nos hôpitaux, au cas où un nombre important de malades devait arriver. Mais ce n’est pas d’actualité."

L’expert de la KUL le rappelle, il n’y a, en Belgique, qu’un seul cas, qui a été détecté directement.

Les masques, uniquement pour les malades !

Depuis la fin janvier, les masques sont en rupture de stock chez nous. Le professeur André insiste pourtant pour que ceux-ci ne soient pas utilisés. Les personnes qui doivent porter les masques, ce sont en fait les malades : "L’utilisation des masques, dans le cadre d’une épidémie, c’est quelque chose d’utile, pour les personnes qui sont infectantes, pour protéger les autres. Aujourd’hui, si vous n’êtes pas malade et s’il n’y a pas de personnes malades autour de vous, utiliser un masque n’a aucun intérêt. Il faut utiliser les masques de façon rationnelle, car si un jour on en a besoin, ce serait dommage de les avoir tous dispersés." Pas de panique, donc. Et si la situation devait évoluer, le professeur André, comme les autres experts de la santé, communiqueront…

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