Coronavirus : l'inquiétude des professionnels de santé mentale est au paroxysme

Le conseil Supérieur de la Santé alerte sur l'urgence de la santé mentale
Le conseil Supérieur de la Santé alerte sur l'urgence de la santé mentale - © RTBF

"Les messages d’alerte se multiplient", constate le Conseil Supérieur de la Santé (CSS). Les jeunes de 3 à 25 ans expriment un mal-être lancinant et les médecins généralistes soulignent avec force la détresse de leurs patients. La dernière enquête du CSS sur l’impact psychosocial de la pandémie met en évidence de façon criante le manque de prise en compte de l’impact de la crise du coronavirus sur la santé mentale de toute la population.

La santé mentale oubliée par les autorités

149 professionnels (membres de services de soins en santé mentale, praticiens libéraux, directeurs et coordinateurs de maisons et réseaux de soins, chercheurs ou académiques et acteurs du bien-être au travail) ainsi que 46 patients et aidants proches ont participé à cette enquête de fin octobre 2020 à janvier 2021. Le constat est unanime : "La santé mentale n’a pas été prise suffisamment en compte dans cette crise".


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Et de pointer ensuite "le manque flagrant de vision claire quant aux perspectives ainsi que celui d’une approche globale et concertée de la crise par les autorités". Les professionnels de la santé mentale se plaignent amèrement du manque de reconnaissance pour leur travail. Ils se sont "sentis mis sur le côté alors que le secteur est historiquement sous investi et que le contexte est particulièrement difficile et anxiogène".

Un climat de peur exacerbé

Les intervenants déplorent par ailleurs la difficulté d’accès à des informations suffisantes, claires et fiables. "Les incohérences et contradictions entre 'experts' ont été monnaie courante contribuant à un détestable chaos médiatique et entretenant un climat de peur et de culpabilité", analyse le CSS. Il ressort également très clairement que "les personnes les plus vulnérables n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritent".

Il s’agit des groupes à faible statut socio-économique et les patients souffrant de maladies chroniques, dont les troubles psychiques. Le rapport souligne en conclusion "la nécessité de disposer d’outils permettant d’évaluer de manière objective la situation en santé mentale et les besoins de la population". Les défis en santé mentale sont immenses et "il s’agit de trouver des pistes d’action créatives".

Développer une stratégie de communication harmonisée

La population est submergée par un excès d’informations de qualité variable, parfois contradictoires et même erronées, qui créent la confusion par le biais de divers canaux médiatiques et d’experts divisés. Plus grave, pour le CSS, "les citoyens éprouvent des difficultés à rester motivés et à conserver une attitude positive face à la longueur de la crise. Les autorités et les responsables des médias doivent travailler ensemble pour développer une stratégie de communication efficace et non ambiguë".

Il est non seulement essentiel de disposer d’informations fiables, mais aussi de perspectives réalistes et positives. "Un langage effrayant, tout comme un ton autoritaire, n’y contribuent certainement pas", poursuit le CSS. Il convient de s’adapter aux groupes vulnérables ou qui n’ont qu’une connaissance limitée de la santé et qui ne sont pas atteints par les médias traditionnels. Enfin, "la communication doit se faire de manière moins anxiogène quant à l’adoption des comportements sanitaires protecteurs."

Le travail, un levier pour la santé mentale

Le travail est non seulement crucial sur le plan socio-économique, mais il contribue aussi au bien-être mental. Il apporte une stabilité financière, qui peut indirectement avoir un impact sur le bien-être psychosocial, mais donne aussi un sens, un but et une connexion sociale. Il peut donc être considéré comme un levier crucial et immédiatement opérationnel pour promouvoir le bien-être mental.

Les structures existantes devraient aussi être utilisées, voire renforcées, pour prévenir et détecter les problèmes de santé mentale sur le lieu de travail. L’expérience de crises passées montre qu’un tel investissement bénéficie à la relance de l’emploi en fin de crise. Pour le Conseil Supérieur de la Santé, "le temps des avertissements et des doléances semble révolu". Il est temps de passer à l’action.

 

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