Un "passeport immunitaire" pour accompagner le déconfinement : comment ça marcherait ? Est-ce que ça serait fiable ?

Coronavirus : l'idée d'un passeport immunitaire fait débat
Coronavirus : l'idée d'un passeport immunitaire fait débat - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

C’est la dernière idée en date pour faciliter les stratégies de déconfinement : l’idée d’un passeport immunitaire.

Gouvernements et organisations à travers le monde réfléchissent à l’utilisation de ce type de passeport, alors que plusieurs pays se préparent à alléger les restrictions de mouvements imposées pour endiguer la pandémie de coronavirus.

Un tel passeport permettrait aux personnes déjà infectées et guéries de pouvoir reprendre des activités quasiment normales.

Comment ça fonctionne ?

Si l’on suit le résonnement de la start-up Onfido, ces certificats pourraient être l’un des outils utilisés pour aider à sortir du confinement, en identifiant les personnes ayant des anticorps contre le virus. Il s’agirait d’un document papier ou numérique qui faciliterait le retour à des activités "normales".

Onfido, qui est en discussion avec le gouvernement britannique et d’autres autorités, affirme que l’immunité serait déterminée par un kit à utiliser chez soi, qui serait validé par les autorités sanitaires.

Ces tests vireraient au vert si la personne est immunisée, à l’orange si elle ne l’est que partiellement et au rouge si elle ne l’est pas du tout. Les résultats pourraient être modifiés dans une base de données si nécessaire.

Problème de fiabilité.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment averti qu’il n’y avait "actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps soient prémunies contre une seconde infection", avant de sembler faire marche arrière un peu plus tard.

Elle a en effet précisé qu’elle s’attendait à ce que les personnes infectées "développent des anticorps qui fournissent un certain niveau de protection", tout en ajoutant que "ce que nous ne savons pas encore, c’est quel niveau de protection et combien de temps il durera".


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Eric Muraille, biologiste, Immunologiste et Maître de recherches FNRS à l’Université Libre de Bruxelles ajoute : "Il y a un doute concernant l’immunité vis-à-vis des coronavirus, mais il n’y a pas non plus de raison majeure de croire qu’on serait dans un cas très particulier où il n’y aurait pas du tout d’immunité".

Pour le professeur Muraille, le passeport immunitaire pourrait installer une forme de discrimination : "Est-ce que cela vaut le coup de faire un passeport, sachant qu’on a peut-être que 5% de la population qui est potentiellement immunisée ? Personnellement je ne suis pas convaincu". Le professeur Muraille se dit plutôt favorable à une stratégie de doubles tests pour sortir de l’épidémie de coronavirus.

Certains voudront tomber malades

Un autre problème pourrait se poser. Ces systèmes pourraient avoir un effet pervers, qui pousserait certaines personnes à chercher à être infectées, afin d’obtenir le précieux sésame, pour pouvoir retourner au travail ou à leurs activités d’avant la pandémie.

Claire Standley, professeure et chercheuse spécialisée dans la santé publique à l’université de Georgetown, développe : " Il y a des gens qui souffrent, économiquement et socialement", dit-elle, jugeant probable que certains "envisagent de mettre en danger leur santé s’ils y voient un moyen de sortir du confinement".

Certains vont même plus loin comme Jules Polonetsky, patron du Future of Privacy Forum, basé à Washington, il estime qu’utiliser des passeports immunitaires sera "probablement inutile et nocif".

Il ajoute : "Si les gens veulent reprendre le travail, ce sera un motif énorme pour tricher ou trouver le moyen de partager un code, ou d’obtenir un de ces certificats pour pouvoir travailler", assure-t-il.

Actuellement le Chili est le seul pays à délivrer des certificats aux personnes guéries du coronavirus. Des discussions sont en cours sur ce sujet en Allemagne et ailleurs.
 

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