Coronavirus : "L'hydroxychloroquine déjà donnée aux patients dans les hôpitaux, c'est ce qu'on appelle la médecine de guerre"

Coronavirus : "L'hydroxychloroquine déjà donnée aux patients dans les hôpitaux, c'est ce qu'on appelle la médecine de guerre"
Coronavirus : "L'hydroxychloroquine déjà donnée aux patients dans les hôpitaux, c'est ce qu'on appelle la médecine de guerre" - © BartekSzewczyk - Getty Images/iStockphoto

La chloroquine remède miracle ou fausse bonne idée, la polémique enfle entre pro et anti-chloroquine, sur les réseaux sociaux, depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Une polémique scientifique aussi, puisque rien n’est encore prouvé par des essais cliniques en bonne et due forme. Dans le même temps, sur le terrain, dans plusieurs hôpitaux, depuis le début de la crise, des infectiologues l’administrent aux patients. Dans l’unité Covid-19 de l’hôpital universitaire Erasme, le Dr Jean-Christophe Goffard nous le confirme : "Nous avons un virus émergeant de la même famille de coronavirus que ceux responsables du SARS en 2002 ou du Mers au Moyen-Orient. De l’autre nous avions des drogues anciennes contre la polyarthrite ou le paludisme dont la toxicité bien connue, à court terme – le traitement ne dure que quelques jours – est proche de zéro (pour autant qu’il n’y ait pas d’autres comorbidités cardiaques, par exemple)."

Médecine de crise, médecine de guerre

Alors, le médecin n’a pas tergiversé longtemps : "Il faut savoir que le virus est responsable de dégâts à certains organes mais qu’il provoque aussi une inflammation. Or, il a été démontré in vitro, en laboratoire, que l’hydroxychloroquine a une action anti-inflammatoire et qu’elle diminuait la production de virus. Avant l’arrivée de l’épidémie chez nous, nous avons donc commandé des stocks de ce médicament. Dès le début, nous l’avons administré à tous nos patients infectés. Nous l’avons fait de manière empirique dans une médecine de crise voire de guerre, sans attendre les preuves scientifiques, en tablant sur le fait que s’il n’y a pas de bénéfice pour le patient, sa charge virale, son taux de virus allait diminuer, ce qui permettait de protéger aussi le personnel soignant."


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5 jours de traitement, sans effets secondaires, facile et pas cher

A l’hôpital universitaire Saint-Pierre aussi, on a choisi de l’administrer aux patients. L’infectiologue Stéphane de Wit travaille dans le centre Covid-19 de l’hôpital : "Dans la situation actuelle, nous n’avons pas grand-chose à proposer. Dans ce contexte, on donne de l’hydroxychloroquine, parce que c’est facile à prendre, cela ne coûte pas cher, il y en a sur le marché et c’est un traitement de 5 jours sans effets secondaires. En Belgique, cela fait partie des recommandations et de nombreux hôpitaux le prescrivent. Mais cela reste empirique. Nous attendons avec impatience les résultats de deux grosses études dans lesquelles l’hydroxychloroquine est comparée à d’autres stratégies antivirales et à rien du tout. Puisque pour le moment, on le rappelle, on ne sait pas si l’un de ces traitements apporte un bénéfice ou pas."

Remède miracle ? Non. On attend les preuves

Alors la chloroquine remède miracle ? "Non", nous répond le Docteur Goffard : "nous n’avons pas mesuré une diminution de la mortalité par rapport à d’autres hôpitaux qui ne l’utilise pas. Et nous ne savons pas si cela a vraiment aidé nos malades".

Il faudra donc attendre les preuves scientifiques. L’étude "Discovery" avec des essais cliniques a commencé en Europe pour prouver ou non, l’efficacité de quatre traitements (dont la chloroquine) sur près de 3000 patients, dont une centaine, en 3 semaines, à Erasme. L’autre, Solidarity lancée par l’OMS (l’organisation mondiale de la santé) est aussi en cours avec des centaines de patients. Les premiers résultats pourraient déjà filtrer dès la fin du mois d’avril.

"Elles vont surtout servir à fermer des portes, prévient le docteur De Wit, elles vont surtout montrer ce qui ne marche pas, peut-être ne va-t-on rien montrer du tout. Toutes les hypothèses sont ouvertes. C’est pour nous, les scientifiques, la seule façon d’avancer et de savoir si ce que nous faisons a une quelconque utilité."

En attendant, étant donné le poids colossal de cette épidémie, les deux médecins continuent d’en prescrire car si cela peut faire quelque chose, il fait le faire. Même si a posteriori, on devait se rendre compte que cela n’a servi à rien.

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