Coronavirus: Jusqu'où mettre nos libertés entre parenthèses?

Coronavirus: Jusqu'où mettre nos libertés entre parenthèses?
Coronavirus: Jusqu'où mettre nos libertés entre parenthèses? - © Tous droits réservés

L'épidémie de coronavirus bouscule nos habitudes de vie et inquiète une bonne partie de la population. Alors ce soir et toute cette semaine, sur le plateau de CQFD, nous vous proposons un entretien avec un spécialiste pour faire le point sur la situation, et vous permettre de poser vos questions. Notre invité, ce mardi: Olivia Venet, présidente de la Ligue des droits humains.  

L’urgence sanitaire impose des mesures qui nous paraissaient impensables il y a encore une semaine: annulation de toutes les activités récréatives, fermeture des cafés, bars, restaurants, mesures de plus en plus restrictives dans les commerces, limitation des déplacements, tout cela à l'heure où l'Europe ferme ses frontières. L'article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme consacre pourtant le droit pour toute personne "de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État, de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays".

Quand peut-on légalement déroger aux droits humains?

"La défense des droits humains et des libertés et essentielle", concède Olivia Venet qui précise aussi: "le cadre des droits humains prévoit aussi des situations d'état d'urgence, en l'article 15 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme, permettant de déroger à certains de ces droits [...] Dans certaines conditions, un Etat doit pouvoir prendre des mesures qui vont porter atteinte à nos libertés, parce que c'est nécessaire. Aujourd'hui, on fait face à quelque chose d'exceptionnel, à une menace visiblement grave. Et le gouvernement, qui poursuit un objectif légitime, est bien dans les conditions de cet article 15 et peut prendre ces mesures, à condition qu'elles soient proportionnées, limitées et réévaluées dans le temps".

Des "pouvoirs spéciaux" temporaires

Le gouvernement fédéral va être doté de "pouvoirs spéciaux", c'est-à-dire qu'il pourra prendre des mesures d'urgence pour gérer la crise du coronavirus, sans devoir passer par le parlement et des procédures parfois longues. Les gouvernements wallon, de la Fédération Wallonie Bruxelles et de la Région Bruxelloise vont également en être dotés, pour une période limitée à 6 mois. 

"Ça va rester temporaire", commente la présidente de la Ligue des droits humains, "il est hors de question de voir nos démocraties se transformer en pseudo-démocraties où des pouvoirs spéciaux ou états d'urgence se prolongeraient en régimes d'exception ou dictatures. Ça c'est inacceptable. Par contre, un gouvernement qui prend ses responsabilités pour réagir efficacement et rapidement, c'est nécessaire. Et je pense que nous citoyens, nous devons aussi nous responsabiliser par rapport à cette crise. S'il y a une perte de confiance dans les institutions, c'est notamment parce qu'il y a une trop grande distance entre elles et les citoyens. Et cette crise, c'est peut-être l'occasion pour nous de nous réapproprier ces institutions".

On doit travailler ensemble et en confiance: citoyens et institutions

En Chine, l'épidémie de coronavirus a aussi donné l'occasion au régime de renforcer son contrôle sur une population déjà étroitement surveillée. Pour remonter les chaines de contamination, les autorités chinoises ont en effet trouvé de nouvelles manières de collecter des données personnelles, via les outils du big data et de l'intelligence artificielle. 

Par exemple, l'obligation de scanner un QR code pour se rendre à certains endroits, et via une application, répondre à des questions, comme donner sa température corporelle, son adresse, ses déplacements récents... De quoi identifier les personnes qui ont été en contact avec celles infectées au coronavirus. On parle aussi de drones prenant la températures des habitants à leur balcon ou rappelant à l'ordre les personnes sans masques en rue... Des mesures qui ont certes aidé le pays à endiguer l'épidémie, mais aussi, immanquablement, à renforcer sa surveillance sur la population.

"Il faut différencier démocratie et dictature", commente Olivia Venet, "on voit qu'en Chine, les institutions sont presque en lutte contre leurs citoyens pour endiguer le virus, absolument pas dans une relation de confiance ou de collaboration. On est nous dans un rapport inverse, on doit travailler ensemble et en confiance: citoyens et institutions. Et c'est en nous montrant citoyens responsables et acteurs de nos démocraties qu'on préserve cette relation".

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.