Coronavirus : "Il n'y a pas de scandale belge sur le remdésivir", affirme Jean-Christophe Goffard (Erasme)

Coronavirus : "Il n’y a pas de scandale belge sur le remdésivir", affirme Jean-Christophe Goffard (Erasme)
Coronavirus : "Il n’y a pas de scandale belge sur le remdésivir", affirme Jean-Christophe Goffard (Erasme) - © Tous droits réservés

La Belgique a commandé pour 4,3 millions d’euros de remdésivir alors que cet antiviral fait polémique dans le monde scientifique. Une étude rendue publique mi-octobre et menée dans plus d’une trentaine de pays avec le soutien de l’OMS concluait que le remdésivir n’avait pas prouvé de bénéfices en termes de réduction de la mortalité. Le 20 octobre, l’OMS recommandait de ne pas administrer de remdésivir aux malades du Covid-19 hospitalisés. Mais quelques mois auparavant, fin mai, une étude, publiée dans la revue américaine New England Journal of Medicine, concluait que le remdésivir réduisait légèrement la durée de récupération des malades du Covid-19 hospitalisés (de 15 à 11 jours en moyenne).

C’est sur cette base, que le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a), signait un accord de 4,3 millions d’euros avec la compagnie pharmaceutique Gilead, le 28 octobre dernier. La Belgique a donc commandé 12.300 doses au prix de 345 euros l’unité. 6 doses sont nécessaires par patient, cela permet donc de traiter 2050 patients.

Sciensano ne déconseille pas le remdésivir

Le professeur Nicolas Dauby est spécialiste des maladies infectieuses au CHU-Saint-Pierre à Bruxelles, il a aussi corédigé, le 16 octobre, les recommandations de l’institut de Santé Publique Sciensano concernant l’utilisation du remdésivir à l’hôpital. Il explique : "L’étude de l’OMS, montre effectivement que le remdésivir n’a aucun effet sur la mortalité des patients qui ont un Covid 19 sévère à l’hôpital. Une première étude, sponsorisée par l’institut de recherche américain, avait comparé le remdésivir à du placebo. Elle montrait déjà que le remdésivir n’avait pas d’effet sur la mortalité. Mais dans un sous-groupe de patients, à savoir des patients hospitalisés sous oxygène avec lunettes, il y avait un bénéfice au niveau de la vitesse de résolution des symptômes, leur séjour à l’hôpital était réduit de 5 jours. Concrètement, le patient ne va pas avoir un risque diminué de mourir ou d’aller vers les soins intensifs mais il va être sevré plus rapidement de l’oxygène. Cela veut dire que le remdésivir ne sauve pas des vies mais permettrait, potentiellement, de libérer un lit d’hôpital plus rapidement."


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Il poursuit : "C’est dans ce contexte, au mois d’octobre, alors qu’on était dans la phase ascendante de la 2e vague, que nous avons écrit, le 16 octobre une recommandation à Sciensano. L’avis dit ceci : si un patient arrive rapidement à l’hôpital, dans les 5 jours après le début des symptômes, on peut analyser la possibilité de lui administrer du remdésivir car cela permettrait, potentiellement, de libérer plus rapidement un lit d’hôpital. Et dans le cadre de la phase exponentielle de la 2e vague, cela pouvait avoir un grand intérêt. Mais ce n’était pas une obligation."

Je ne trouve pas cela scandaleux

Un avis que rejoint également, Jean-Christophe Goffard, chef du service de médecine interne et responsable des unités Covid 19 à l’hôpital Erasme : "La Belgique a commandé pour 4,3 millions d’euros de remdésivir, cela peut paraître beaucoup mais cela ne représente rien par rapport à tout le reste et notamment aux conséquences économiques du Covid19. Entre médecins, nous avons du mal à estimer les bénéfices et les risques du remdésivir. Les études montrent que, s’il n’y a pas d’effet sur la mortalité, il peut y en avoir un sur la réduction de la durée d’hospitalisation. C’est un sujet très important, si cela permet de réduire l’hospitalisation d’un ou deux jours, cela peut être intéressant, donc je peux comprendre la prise de risque du gouvernement. Je ne trouve pas cela scandaleux C’est un investissement qui n’est pas énorme, c’est peut-être à risque, mais c’est peut-être utile."

L’efficacité de l’antiviral jamais prouvée sur l’homme

Ce qui est plus interpellant, pour Nicolas Dauby, c’est le fait que le remdésivir est avant tout un antiviral dont l’efficacité a été prouvée sur le singe mais jamais sur l’homme. "Cet effet antiviral a été prouvé sur des singes. On leur a administré le remdésivir 24 heures après leur avoir inoculé le virus du Covid 19. Il y avait effectivement une amélioration clinique, les singes développaient moins de pneumonies. Mais ce délai de 24 heures est quasiment impossible chez l’homme car les patients arrivent en moyenne 7 jours après les premiers symptômes à l’hôpital. Gilead, le laboratoire qui fabrique et vend le remdésivir, malgré ses budgets de milliards de dollars de recherche et de développement, n’a jamais fait cette étude sur l’homme. Elle vend un antiviral qui n’a pas démontré son effet antiviral sur l’homme mais que sur des singes."


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Par ailleurs une enquête, publiée dans le journal le Monde ce vendredi 27 novembre, explique comment Gilead a modifié au mois d’avril les critères d’efficacité de son médicament en se basant sur la durée de récupération et pas sur la mortalité. C’est, notamment, ce changement qui a permis au laboratoire de vendre au moins 640.000 doses pour déjà plus de 220 millions d’euros.

Le ministre Frank Vandenbroucke attend de nouveaux résultats

De son côté, le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke explique qu’à la mi-octobre, les résultats de l’étude de l’OMS en étaient à un stade "intermédiaire". Et fin octobre, lorsqu’il a passé commande, il ne prenait en compte "que les directives européennes", qui n’étaient pas défavorables. Une nouvelle étude de l’Agence européenne des médicaments (EMA) serait aujourd’hui en cours. Frank Vandenbroucke affirme que si l’inefficacité de ce médicament est confirmée par cette dernière étude, la Belgique ne passera plus de nouvelle commande.

Sujet JT 19H30 de ce 30/11/2020 : " Fallait-il acheter du Remdesivir en masse ?"

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