Coronavirus: Faut-il changer radicalement de stratégie?

"Le virus fait de nouveau pression sur nous", indique le centre de crise ce mardi, relayant des contaminations en hausse. Entre tour de vis et assouplissement, faut-il adopter une autre stratégie, plus radicale, pour venir à bout du virus? On en débat sur le plateau de CQFD avec Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses à l’ULB et au CHU Saint-Pierre, et François Perl, directeur général du service des indemnités de l'INAMI. 

Une stratégie compatible avec notre société démocratique

"Il faut voir si les chiffres se confirment", commente Nathan Clumeck, "[...] surtout au niveau des hospitalisations en soins intensifs et au niveau des décès. Mais que le virus circule plus dans la tranche de population qui peut le supporter, cela n'est pas à dramatiser". François Perl rappelle que les deux premières vagues ont été précédées par des hausses de cas, mais confirme que c'est bien le nombre d'hospitalisations qu'il faut sonder.

Quid de l'efficacité de nos mesures qui semblent faire du yoyo au gré de ces évolutions? "C'est en tout cas une stratégie compatible avec notre société démocratique, toute autre stratégique est généralement beaucoup plus répressive et entrave davantage nos libertés", répond Nathan Clumeck, pointant notamment la Chine.

Eradiquer le virus = fermer les frontières?

"Le modèle qui veut éradiquer le virus a pour corollaire la fermeture des frontières", poursuit l'infectiologue citant la Nouvelle-Zélande comme exemple, "c'est intéressant de voir que ce sont des îles qui ont le plus réussi à éradiquer le virus".

Une stratégie de l'éradication du virus transposable chez nous? François Perl émet deux réserves: "on écarte d'office le modèle chinois, un régime autoritaire et dictatorial, la Corée du Sud est un modèle intéressant [...] mais il faut arriver au constat qu'il n'y a pas de consensus en Europe pour accepter ce niveau de renonciation aux libertés individuelles [...] La question à se poser c'est peut-on encore se permettre quelques mois de "yoyo" de cette épidémie qui commence à user tout le monde?".

On n'a pas tiré les leçons de la première vague

Quelle stratégie à l'échelle européenne?

Alors après avoir globalement assoupli les restrictions pour les fêtes de fin d'année, la plupart des pays européens ont durci leurs règles, chacun en fonction de leurs courbes, pour éviter une troisième vague. Un reconfinement plus ou moins stricte, avec des échéances variables. On reste loin d'une stratégie européenne commune.

"C'est la solution mais soyons réaliste, l'Europe n'arrive déjà pas à s'entendre sur une défense commune. La santé n'est pas une compétence européenne", réagit Nathan Clumeck. "Actuellement, nous devons savoir vers quel modèle nous allons, mais le modèle européen, ça sera probablement pour la prochaine pandémie. On n'arrivera pas à se débarrasser de ce virus, il faudrait une stratégie mondiale. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'on va pouvoir continuer à vivre comme ça, en faisant très mal à certains secteurs - la culture par exemple, qui ne contribue en rien à l'aggravation de l'épidémie - Il faut aller vers une stratégie du "vivre malgré le virus", soit maintenir des secteurs ouverts avec des mesures protectrices nécessitant des investissements à long terme, ventilations etc.", estime-t-il.

"L'enjeu, ce n'est pas que de préserver des groupes cibles mais de préserver un système de santé", conclut François Perl, "il faut se demander si oui ou non la santé est un secteur essentiel".

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

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