Coronavirus et vaccins : quel est le profil de ceux qui croient aux théories du complot ?

Coronavirus et vaccins : quel est le profil de ceux qui croient aux théories du complot ?
Coronavirus et vaccins : quel est le profil de ceux qui croient aux théories du complot ? - © FrankyDeMeyer - Getty Images/iStockphoto

Difficile de tirer le portrait-robot de ces personnes enclines à croire aux théories du complot. Même si les jeunes semblent davantage y adhérer, on trouve des adeptes de ces théories dans toutes les catégories de population (autant les jeunes que les plus âgés, autant les femmes que les hommes). C’est ce que nous confie d’emblée, Grégoire Lits, Expert en communication de l’UCLouvain.

Covid -19 : Vaste étude sur la diffusion des fake news et des théories du complot

Il a coordonné pour la Belgique une vaste étude dirigée par des Canadiens de l’Université Quebecoise de Sherbrooke, sur la communication autour du Covid-19 et plus particulièrement sur la diffusion des "fake news" et des théories du complot.

Deux vagues d’enquêtes, 1000 personnes interrogées par pays, au Canada, en Belgique mais aussi en Suisse, en Grande-Bretagne, en Nouvelle Zélande, à Hong Kong et aux Philippines.

"Il faut d’abord distinguer, nous explique Grégoire Lits, ceux qui sont extrêmement convaincus et qui vont adopter presque le rôle de militant. Ceux-là, on peut les qualifier de complotistes. Ils n’hésiteront pas à partager sur les réseaux sociaux pour convaincre. Et puis, il y a ceux qui vont avoir des incertitudes. Ils vont croire que le virus a été fabriqué en Chine, mais ils ne sont pas sûrs. Ils doutent de l’info 'officielle'. Ce sont les profils les plus courants."

Les complotistes et les hésitants

Combien sont-ils ? Pour le mesurer ces chercheurs ont posé une série d’affirmations qui se raccrochent aux théories du complot. Par exemple, "Croyez-vous que le gouvernement nous cache des informations importantes, que le virus est dû à la 5G ou que l’industrie pharmaceutique est impliquée dans la diffusion du virus ?".

Il y a davantage de monde d’accord avec les infos que le gouvernement nous cacherait. Ce ne veut pas dire qu’ils sont certains à 100%. Mais sur une échelle de certitudes de 1 à 10, ils s’estiment à 7. Les réponses dépendent des affirmations. Pour la 5G à l’origine de l’épidémie, il y a beaucoup moins de personnes dans notre pays, d’accord avec cette affirmation.

La Belgique bonne élève à propos des fausses infos

Les résultats de l’étude nous enseignent qu’il faut bien distinguer ceux qui croient aux fake news, aux fausses informations. Ceux-là pensent que le virus ne touche pas les plus de 55 ans ou qu’avaler une boisson chaude peut prévenir l’infection. Ils sont plutôt mal informés. Et ceux qui croient aux théories du complot. Ceux-ci ne représentent pas les mêmes proportions de personnes dans la société et ne sont pas non plus forcément les mêmes personnes que les précédentes.

C’est dans notre pays et au Canada qu’il y a le moins de gens qui croient aux fake news. Selon notre expert, la population belge est bien informée sur la réalité du virus et sur l’épidémie. Les mauvais élèves de la classe sont les Etats-Unis, les Philippines et Hong Kong. Pour le complotisme, notre royaume est en milieu de classement avec la Grande-Bretagne. Les mauvais élèves restent les mêmes, le contexte politique y joue sans doute un rôle.

Les plus vulnérables face à ces théories, les vulnérables infodémiques

Mais revenons à notre profil type du complotiste. Grégoire Lits préfère parler des "plus vulnérables" face à ces théories, les plus susceptibles d’y croire. Des scientifiques d’Oxford ont mis au point un indicateur pour l’établir, ils l’ont baptisé "Vulnérabilité infodémique" (le flux massif d’informations sur le virus parfois difficile à traiter).

Quatre profils dont 3 à risque

"On croise deux variables": nous détaille l’expert en communication, "La fréquence de consultation par une personne, des médias traditionnels que sont la radio, la télé, la presse écrite et en ligne avec la confiance qu’elle a en eux. Cela semble intuitif que plus on les consulte et plus on a confiance en eux, moins on sera enclins à croire aux théories du complot. Mais cet indicateur permet de le mesurer statistiquement."

Selon l’étude, on obtient ainsi quatre profils, le premier, le moins à risque, ceux qui s’informent et qui font confiance au média. Ils représentent 47% de la population en Belgique francophone. Deux profils intermédiaires, où la vulnérabilité infodémique augmente, ceux qui ont confiance dans les médias mais qui s’informent peu ou pas, environ 13% et ceux plus problématiques, qui s’informent tous azimuts mais qui n’ont aucune confiance aux médias traditionnels, 20%.

C’est là que l’on trouve le plus de complotistes. Pour eux, il faut adapter la stratégie de communication sur les réseaux sociaux. Comme, par exemple, cette vidéo qui circule depuis hier, enregistrée par de nombreux médecins de différents hôpitaux francophones pour expliquer combien se faire vacciner est important.

1 personne sur 5 qui ne s’informe pas et n’a pas confiance aux médias

Enfin, ceux que les chercheurs d’Oxford appellent les vulnérables infodémiques, qui ne s’informent quasi pas dans les médias et n’ont pas confiance en eux, ils représentent 19% de la population.

Grégoire Lits précise : "C’est dans ce groupe-là que nous avons mesuré l’adhésion à la vaccination et le respect des mesures sanitaires le plus faible. Faire une campagne médiatique ne sert à rien pour eux, il faut plutôt sensibiliser leur entourage, le médecin de famille, les proches."

Les deux derniers groupes représentent 39% de notre population francophone.

Nous faisons d’abord confiance aux experts et aux professionnels

L’étude mesure également le niveau de confiance de la population envers les différentes sources d’information, quel que soit le profil. Résultat ? Pour nous informer, nous faisons confiance en priorité aux professionnels et aux experts de la santé. Viennent ensuite les gens que nous connaissons personnellement, les proches. Au-delà des médias, le rôle des leaders d’opinion, c’est-à-dire de l’entourage direct (médecin, famille, amis), est très important. " Une stratégie de communication pourrait dès lors faire en sorte qu’à la fois les experts médicaux mais aussi chacun d’entre nous à notre niveau individuel puissent discuter de la vaccination avec les hésitants. Cette stratégie doit prendre en compte le fait, qu’aujourd’hui, le public est actif dans la diffusion et la production de l’information " conclut l’expert.

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