Coronavirus et vaccin Spoutnik V : "le coup de poker" russe pourrait s'avérer payant selon le professeur J-M Dogné

Ou comment la Russie est en train de marquer des points dans la course au vaccin. C’est que le vaccin mis au point par Moscou depuis le mois d’août vient de franchir une nouvelle étape, importante : "The Lancet", une des trois publications médicales les plus influentes au monde, vient de publier une étude élogieuse quant à son efficacité91,6%.

Nous avons à ce sujet interrogé Jean-Michel Dogné, professeur et directeur du service de pharmacie à l’UNamur.

Celui-ci se dit impressionné. "C’est quand même remarquable. Quand on voit l’efficacité des autres vaccins du même type (à savoir à adénovirus) comme AstraZeneca qui a 60 à 70% d’efficacité (suivant le sous-groupe étudié), et Johnson et Johnson avec ses 66%, ça prouve qu’ils ont un savoir-faire remarquable".


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Et cela, avec les effets secondaires classiques des autres vaccins (à ARN messager, par exemple). "Autrement dit, le coup de poker qu’ils ont fait au mois d’août dernier, sur base de leurs données, est en train de payer. Je les trouve cohérents, engageants et rassurants par rapport à leur vaccin" poursuit Jean-Michel Dogné. D’autant que cette opération de rigueur et de transparence (c’est-à-dire soumettre le vaccin à une étude du Lancet), "ils n’étaient pas obligés de la faire".

C'est du sérieux 

Et le professeur d’avouer qu’il n’était pourtant pas avare en doutes : "Ethiquement, c’était quand même inacceptable. Faire une étude sur une septantaine d’individus de commencer à administrer le vaccin à des populations plus larges. Mais donc, ils ont fait leur étude clinique en parallèle sur près de 40.000 personnes". Ensuite une étude de phase 3 sérieuse et dans les clous ("randomisée, double aveugle, placebo contrôlé, multicentrique sur 40.000 individus") qui a commencé officiellement dans le courant du mois de septembre. "Avec des résultats logiquement un peu décalés par rapport à Pfizer qui avait débuté en juillet, mais dans des pays assez intéressants car assez variables. Donc on ne peut nier que tant maintenant leur transparence et leur rigueur scientifique paye avec ce type de publication et de résultats".

Lancement de la campagne de vaccination en Russie, le 5 décembre dernier (JT)

Grâce à ces résultats d’efficacité, Spoutnik V serait donc en train de détrôner le vaccin d’AstraZeneca sur la troisième marche du podium. Pfizer, Moderna et maintenant Spoutnik auraient en effet une efficacité évaluée à plus de 90%, et pour "Astrazeneca, on descend de classe, avec environ 70% d’efficacité". Notons tout de même qu’une efficacité moindre dans la population n’est pas forcément gage d’une mauvaise façon de lutter contre l’épidémie. Il faut juste vacciner plus de personnes pour favoriser l’immunité collective.


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A la lumière de ses engageants résultats, une autorisation de l’Agence européenne du médicament serait-elle souhaitable ? "Ce serait une excellente chose pour garantir et valider les données déjà publiées dans The Lancet" explique Jean-Michel Dogné.

Les autorités russes seraient aussi en pourparlers avec les européennes. Si une autorisation était déclarée, Spoutnik pourrait donc s’engager sur le marché du Vieux continent. "Mais il faudra qu’il trouve sa place. Ce qui pourrait par exemple être le cas pour certains pays (comme la Hongrie, qui a déjà approuvé son autorisation)". Des avantages indéniables seraient qu’il pourrait trouver sa place aussi dans un climat de problèmes d’approvisionnement des autres vaccins, il est moins cher que ceux basés sur l’ARN messager et ne demande pas des infrastructures aussi importantes que d’autres pour sa conservation.

Un écueil cependant, ce vaccin est un vaccin, comme celui d’AstraZeneca et de Johnson&Johnson, qui est biologique. "La production de ce type de vaccin est plus fluctuante. Plus qu’avec les vaccins à ARN Messager. Donc ce n’est pas le tout d’avoir un vaccin, c’est avoir un vaccin à des prix raisonnables et dans des délais acceptables".


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Géopolitique mondiale

L’Europe pourrait donc s’avérer devenir un nouveau débouché pour le vaccin russe. Mais ce ne serait pas forcément la priorité. Pour le professeur à l’Université de Namur "Ils ont déjà un marché colossal. Inde, Brésil, Amérique centrale… Il devrait dans le monde s’installer une grande concurrence entre Spoutnik et Sinopharm (le vaccin chinois déjà autorisé en Serbie et aussi approuvé en Hongrie, soit dit en passant, nldr)". Ce dernier est déjà bien en cours d’implantation sur le continent africain et dans le golfe arabique, notamment.


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La course au vaccin est donc plus que jamais en cours sur notre planète, ébranlée par la pandémie.

Sujet sur les disparités au niveau mondial, dans notre JT du 29 janvier :

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