Coronavirus et éducation : "On s’est adaptés aux défis technologiques et pédagogiques, mais on a perdu tout le sens de l’humain", regrette Jérôme Chantraine, directeur d’école

La crise du Covid-19 a durement frappé les écoles, obligées de passer à l’enseignement à distance. Pour certaines, ce fut plus dur que d’autres, comme au Collège Saint-Martin de Seraing. Cet établissement, qui accueille des jeunes dont le milieu social et familial est particulièrement défavorisé, a fait l’objet d’un documentaire de Thierry Michel, intitulé "L’école de l’impossible", diffusé lundi dernier sur la Trois. Invité sur le plateau du JT de la Une ce dimanche soir, le directeur de l’école Jérôme Chantraine parle d’un "suicide pédagogique", auquel les professeurs n’étaient pas préparés. "On s’est adaptés, on a répondu en résilience par rapport aux situations et aux défis technologiques, pédagogiques, on a réinventé la façon d’enseigner, affirme-t-il. Mais on a perdu tout le sens de l’humain."

On voulait savoir ce qu’ils devenaient, s’ils n’étaient pas en désuétude totale

Selon le directeur, ce n’est pas qu’une question pédagogique. "On enseigne à nos jeunes, on leur apprend des savoirs, des acquis, on les évalue, mais au-delà de ça, ils font un chemin avec nous, et ils grandissent aussi avec nous, ils se développent en tant que personnes", explique-t-il. Le confinement a notamment fait décrocher de nombreux jeunes, que l’école a dû rechercher pour ne pas les perdre définitivement. "On ne les a pas perdus en tant qu’élèves, mais en tant que personnes, précise Jérôme Chantraine. Au-delà du simple espoir de pouvoir leur enseigner, c’était pour savoir ce qu’ils devenaient, ce qu’ils faisaient, s’ils n’étaient pas en désuétude totale de relation sociale." D’après lui, les élèves viennent à l’école pour "retrouver un confort, un confort de règles, d’adultes de référence qu’ils souhaiteraient devenir".


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Mais le directeur garde espoir, notamment en ce qui concerne les résultats. Il ne mise pas sur un gros taux de redoublement. "Dans une pensée collective et pédagogique, on tend à toujours vouloir évaluer les élèves sur leurs acquis, sur ce qu’ils pourront révéler l’année prochaine", note-t-il. Et surtout, Jérôme Chantraine espère un retour des élèves dans les murs des écoles après les vacances de Pâques. En espérant pouvoir tirer le meilleur de la crise du Covid-19 : "si on arrive à conjuguer l’expérience qu’on a acquise dans le distanciel, au travers de la technologie avec le présentiel et l’art de l’enseignant, on va arriver à de très belles choses", affirme le directeur.

 

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